Qu’est-ce que la réalité ?

L’origine divine

L’origine scientifique

Qu’est-ce que la réalité ?

Ce que j’observe et ce que je peux toucher constitue la réalité. Certes, il est possible de s’arrêter à ce stade et de continuer à vivre tranquillement en toute insouciance. Après tout, je sais parfaitement faire la distinction entre ces deux mots de la langue française : réalité et fiction. D’ailleurs j’arrive bien mieux à définir le second que le premier. Lorsque je regarde un film ou une série télévisée, je sais qu’il s’agit d’une fiction, j’en suis convaincu. Pourtant, d’une certaine manière, tout est réel. Les acteurs sont des êtres humains, le scénario est sorti d’un cerveau ou de plusieurs, les décors ont dû être fabriqués, les images filmées et souvent les histoires elles-mêmes sont tirées de faits réels. Du moins, tout scénario s’inspire de la réalité. On pourrait alors me dire que les décors ne sont pas toujours en dur puisque désormais nous utilisons des images de synthèse. Parfait, excepté que ces images sont elles aussi réelles puisqu’elles ont été conçues grâce à des machines, avec l’intervention de la main humaine à chaque stade. Et les dessins animés alors ? Tout comme la constations précédente, ils sont forcément le fait d’êtres humains et possèdent une matérialité. Ce que je considère comme des fictions a donc une certaine dose de réalité. La frontière n’est peut-être pas aussi explicite que je le pensais au premier abord.

Les romans, là j’en suis certain, il ne s’agit que de fictions. Qui s’inspirent largement de la réalité, mais tout de même des fictions. Pourquoi ? Parce que je ne peux pas vivre ce qui est écrit sur les pages d’un livre, donc je le range dans le domaine de l’imagination. Et c’est pour cette raison que les romances ont tellement de succès. Traverser des épreuves pour finalement vivre le grand amour, rencontrer son âme sœur, être heureux, ce n’est qu’une fiction, n’est-ce pas ? Je ne peux vivre ces événements qu’à travers les livres. Ce n’est pas si sûr, puisque tous les livres s’inspirent de la réalité. Il reste la science-fiction et même la fantasy. Mais la science-fiction n’est qu’une anticipation et la fantasy le reflet de ma propre réalité, transposée sous une autre forme pour transmettre un message. Les créatures fabuleuses et les monstres ne sont certes pas réels, physiquement, mais ils possèdent une forme de réalité puisqu’un auteur a pu les imaginer et qu’avec leur description je peux les visualiser. Pour qu’ils soient réellement une fiction il faudrait affirmer que ce que je pense n’est pas réel…

Parlons alors des rêves et des cauchemars. Là il s’agit de toute évidence de fictions. Il n’y a en apparence rien de matériel dans les rêves. Sont-ils pour autant dénués de réalité ? De même que les scénarios, tous les rêves et les cauchemars puisent dans des éléments de ce que je considère comme la réalité. Simplement parce qu’ils ne viennent pas de nulle part, ils sont produits par mon cerveau. Il devient alors difficile de les considérer comme hors de la réalité, comme de simples fictions. Rêves et cauchemars font partie intégrante de ma vie, ils s’en inspirent et peuvent influer sur mon comportement. Ils ont donc une réalité, même s’ils restent impalpables. Malgré cela, je continue à faire une distinction entre l’état de veille, que je considère comme l’indubitable réalité et l’état de sommeil qui revêt l’appellation de songe plutôt que de fiction, parce que je ne suis pas si certain de mon fait. Mon existence éveillée devient ainsi l’étalon de valeur pour définir ce qu’est la réalité. Ce qui m’entoure est concret, physique, tangible. Je ne peux pas me tromper, je sais encore ce qui est réel de ce qui ne l’est pas.

N’existe-t-il pas une infime possibilité que mon cerveau soit trompé en permanence ? Si je peux toucher un objet c’est que j’ai appris qu’il est tangible, palpable, solide. Ce n’est pourtant qu’un amas d’atomes combinés. Donc un assemblage de choses que je ne peux pas voir sans leur donner une consistance. Mais je peux aussi penser à un objet. Lorsque je le visualise, il n’est pas palpable. Est-ce à dire qu’il n’est pas réel ? La frontière est finalement assez ténue. Même loin de chez moi je peux penser à mon lit, à ma chambre, à tous les objets qui y sont concentrés. Dans ce cas, il existe une certaine ambiguïté. Je pense à des choses qui existent dans ce que je considère comme la réalité. Ma pensée est donc basée sur le réel et ce que je pense est réel puisque cela existe. Alors, dans le cas où je pense à quelque chose qui n’existe pas, est-ce moins réel ? Tout ce à quoi je peux penser est réel, ne serait-ce que dans le domaine de l’imagination. Si je suis seul dans le noir et que je commence à penser qu’il pourrait y avoir un fantôme je prends peur. Par la simple puissance de ma pensée je peux rendre une angoisse réelle. Je cherche alors à me convaincre que les fantômes n’existent pas, mais puisque j’y pense et que j’ai peur, c’est qu’ils ont une certaine forme d’existence, j’en tremble et je suis effrayé. Et ma vie, même sans m’en rendre compte, je la pense en permanence. Alors, ce qui m’entoure est-il réel ou une simple émanation de ma pensée, si puissante qu’elle peut me faire croire que certaines choses sont palpables ?

Si seul ce que je peux toucher est réel, alors je deviens moins certain que le monde qui est hors de ma portée existe. Lorsqu’à la télévision je vois les images d’une inondation ou d’un incendie, comment puis-je être certain que la chose est réelle ? Si je vois les dégâts d’un typhon au Japon, ce n’est que l’équivalent d’une fiction à mes yeux. Je ne suis pas sur place, je n’ai jamais mis les pieds au Japon, comment être certains que ce pays existe vraiment ? Juste parce qu’il y a de nombreux témoignages pour corroborer l’information ? Juste parce qu’il y a des gens qui viendraient de ce pays et qui témoignent qu’il existe ? Je suis plein de certitudes et les contredire peut soudain soulever des questions sur ma santé mentale. Pourtant, à une époque, l’humanité pensait que la Terre était plate. Et tout le monde y croyait, simplement sur la base d’informations prenant l’apparence de l’affirmation. À une époque, pas si lointaine, la Terre était le centre de l’univers et tout, même le soleil, gravitait autour d’elle. Désormais la Terre est ronde et le Soleil est le centre du système. Je le crois, non pas parce que personnellement j’ai pu le prouver, mais simplement parce qu’il y aurait des indices solides pour confirmer ces hypothèses. Comme il y avait des indices pour les croyances précédentes. Pour revenir à mon échelle, à l’école j’ai appris que Pluton était une planète et désormais elle ne l’est plus. La réalité, ce que je crois, ce qui est palpable, est censé être concret et définitif, pas malléable…

Ce que j’observe et ce que je peux toucher constitue la réalité. Telle était l’affirmation de départ. Désormais, elle semble douteuse. Si je réfléchis, tout ce que je considère comme réel est ce qu’on m’a appris à considérer comme la réalité. Et je me défends de remettre en cause mes certitudes, pour ne pas être en permanence déstabilisé. J’affirme qu’il existe une réalité et une fiction. Mais mon existence est-elle si réelle que cela ? S’il n’y avait pas une part de fiction, le futur n’existerait pas. Car il m’est impossible de connaître le futur avec certitude. Ma vie s’écrit au fur et à mesure, l’instant qui suit n’est jamais défini à l’avance, n’importe quoi pourrait se produire et tout modifier. Ainsi ma vie s’écoule-t-elle comme une fiction, comme un scénario, comme un manuscrit. Deux options s’offrent à moi : soit de considérer que tout est réel, soit que tout est fiction. Y compris mon existence.

Il y a au moins un fait inéluctable, qui me permet encore d’affirmer que mon existence n’est pas une fiction mais bien la réalité. J’ai une origine, un point de départ, cet instant où j’ai émergé dans le monde. Et je suis né dans une réalité qui m’a précédé. Voilà peut-être la solution. À moins que l’idée de mon origine soit elle aussi une simple fiction…

L’origine divine

L’être humain éprouve le besoin de connaître son origine, principalement pour affirmer qu’il existe et surtout qu’il a une raison d’exister. Avant de nous pencher sur l’origine individuelle, la naissance, nous allons élargir le champ en revenant sur l’origine supposée de l’humanité.

Nous avons dans un premier temps pensé à une origine mythologique. Les récits à ce sujet sont nombreux et étrangement, malgré les distances géographiques et temporelles, ils sont tous à peu près similaires. Tout commence avec des divinités qui, pour une raison non élucidée, décident de créer le monde et tout ce qui y vit. La chose est étonnante puisque les divinités, par définition, sont parfaites. Or, ce qui est parfait se suffit à lui-même, rien ne peut y être ajouté ou retranché. Encore plus surprenant, les divinités parfaites n’ont réussi qu’à créer l’imperfection. Dès le départ il y a donc de nombreuses failles avec cette conception de l’origine, mais disons que tout a été créé pour l’adoration des divinités, pour flatter leur ego. Donc, selon les différentes mythologies, il y aurait eu plusieurs tentatives de création, insatisfaisantes et un certain nombre de destructions puis de recommencements pour arriver à la plus belle des créations possibles. Autant dire que vu le résultat, les divinités ne sont pas très douées. On pourrait presque croire que ces dernières en ont eu assez de multiplier les tentatives et ont fini par abandonner leur dernière tentative à son triste sort. Ce qui importe ici est qu’à l’origine nous émanons de la volonté des divinités. Nul ne peut comprendre pourquoi elles ont voulu tout ce qui existe, mais l’avantage des mythologies est de pouvoir affirmer que les choses sont ainsi et qu’il n’est pas nécessaire de se poser des questions.

Il faudrait, pour que cette façon de penser soit crédible, que les divinités soient réelles. Elles le sont, mais jamais hors de la pensée. Elles n’ont pas de consistance, de réalité hors de l’esprit humain. Pour autant elles existent puisque nous pouvons les visualiser et même les sculpter pour les vénérer. Elles ont une apparence, une histoire (la mythologie) et il semble y avoir des preuves de leur intervention. Ceci parce que le propre du polythéisme est de donner une fonction à chaque divinité. Celle de la pluie, du soleil, du vent, de l’agriculture, de la guerre, de la paix, des arts… Ce ne sont là que des indices conduisant à considérer les divinités comme de pures créations de l’esprit humain. Un esprit encore trop limité pour comprendre les mécanismes naturels et qui a donc eu besoin d’expliquer tout phénomène par l’intervention d’une entité supérieure. Si l’on va au bout de ce raisonnement, ce ne sont pas les divinités qui ont créé l’humanité mais bien cette dernière qui a créé les divinités. Ce qui pose un problème puisque de ce fait l’être est à l’origine des divinités qui sont à l’origine de l’être. Si l’équation mathématique était posée, nous en arriverions au résultat suivant : l’être est à l’origine de l’être.

Difficile à concevoir. Difficile aussi de maintenir une multitude de divinités alors que peu à peu nous avons compris les causes de la pluie, du vent, le fonctionnement du soleil, l’art de l’agriculture… Lorsque la science croît, les divinités de la mythologie s’essoufflent. Elles sont toujours représentées et ont toujours une existence, puisque nous continuons à y penser et à relater leurs aventures. Arrivée à ce stade, l’humanité avait l’opportunité de découvrir que l’origine de l’être est l’être lui-même. Une vérité trop lourde à porter, et qui pour être esquivée a réclamé la nécessité de croire en un Dieu unique. Pour ce qui est de celui des chrétiens, il a bâti le monde et tout ce qui le peuple en sept jours. Une métaphore, certes, mais encore une fois il est pertinent de se questionner quant au but de cette création ? Les textes expliquent le comment, pas la raison essentielle. Je me répète mais Dieu lui aussi est considéré comme parfait. Pour quelle raison la perfection aurait-elle besoin de créer un univers hors d’elle ? Et surtout, qui a créé Dieu ? La réponse est très rapidement donnée : il n’a pas d’origine puisque de toute éternité. Il existe, c’est certain, puisque ce à quoi l’on croit existe. Et si une seule personne y croit, alors l’entité possède une existence. On pourrait débattre pour savoir si Dieu est une invention de l’esprit humain ou une révélation faite aux Hommes.

Ce qui importe ici est que selon ce concept nous sommes originaires d’une puissance sans origine. De ce fait nous n’avons pas réellement d’origine, étant simplement la continuité d’une entité sans origine. Est-ce à dire que nous venons du néant ? Les croyants ne l’accepteront pas et de toute manière le néant n’existe pas. La définition du néant veut qu’il ne soit rien. Or, ce qui peut être pensé est, il y a donc là une contradiction. Si je peux penser le néant c’est qu’il possède une forme d’existence, il ne peut donc pas n’être rien puisqu’il est une pensée. Nous n’émanons ainsi pas de rien. Nous n’émanons sans doute pas non plus d’une divinité, quelle qu’elle soit, puisque notre imagination est à l’origine de ces entités supérieures qui ne sont qu’une explication transitoire de notre origine. Ce qui est intéressant est le fait que dans chacun de ces schémas, l’origine, l’émergence dans le monde est issue d’une volonté. Quelque chose ou quelqu’un a voulu que le monde soit. Ce qui signifie que pour être il faut le vouloir. Ai-je voulu exister ?

L’être humain ne peut pas s’arrêter à ce stade. L’hypothèse de l’origine divine est mise à mal et il convient donc de la remplacer. C’est alors que la science fait une entrée fracassante en apportant une explication à la naissance de l’univers. Nous allons ainsi pouvoir enfin définir notre origine, ou du moins émettre de nouvelles hypothèses…

L’origine scientifique

La science veut s’imposer comme étant rationnelle, par opposition aux explications mythologiques et religieuses. Elle manque pourtant de fiabilité puisqu’elle ne recourt qu’à un ensemble de théories et d’hypothèses, elle n’évoque jamais aucune certitude.

Si nous nous focalisons sur l’origine, il faut d’abord aborder la théorie de l’évolution. Notons bien qu’il s’agit d’une théorie, c’est-à-dire une chose qui peut être remise en cause au gré des découvertes. Ce n’est que l’explication la plus communément admise, sans lui conférer la valeur de vérité absolue. Ainsi, selon cette théorie, l’émergence de la vie se réduit à un être unicellulaire. Ce dernier se complexifie au fil du temps pour créer d’autres êtres, qui mutent et ces longues métamorphoses finissent par donner naissance aux animaux jusqu’à l’apparition de l’Homme. Il semble y avoir de nombreuses preuves accréditant cette théorie, même si tout n’est pas très explicite et que, pour le bien de la théorie, la science évoque des chaînons manquants. Car il y a tout de même certaines étapes de cette fameuse évolution qui restent troubles. Cette hypothèse de l’évolution ne décrit en réalité rien de notre origine. La science n’a pas encore véritablement révélé les raisons de l’apparition de l’eau sur la planète Terre ou même des végétaux. Tout cela vient certainement de l’espace et c’est un heureux hasard si tous les éléments nécessaires à la vie ont été réunis sur notre planète. L’heureux hasard est le terme qui, pour faire plus scientifique, remplace celui de miracle. Nous ne savons rien de notre origine et comme pour les religions, il faut simplement croire ce que dit la science. La science est ainsi une nouvelle croyance

Pour définir notre origine, en évacuant toute intervention divine, il faudrait pouvoir remonter à l’origine de l’univers. Là encore, c’est une théorie qui vient à notre secours, toujours pas une certitude. Cette théorie porte le doux nom de Big bang. Selon cette hypothèse, il y aurait eu une forte explosion libérant toute la matière qui constituera l’univers et ce qui le peuple. Ainsi tout était contenu dans un espace confiné avant d’être répandu… dans quoi ? La science ne se risquerait pas à définir ce qu’il y avait avant l’univers. C’est une jolie théorie, qui comme celle de l’évolution comporte de nombreuses failles. Mais qu’à cela ne tienne, ce que la science ne peut pas expliquer au niveau de l’univers est réuni sous le terme de « matière sombre », permettant ainsi d’évacuer tout ce qui pourrait remettre en cause le schéma majoritairement accepté. Comme pour les divinités créatrices, nous pouvons nous demander pour quelle raison, soudain, il y eut cette explosion ? La science, à l’instar des mythologies et des religions tente maladroitement d’expliquer le comment, elle ne se risque jamais à élucider le pourquoi. Nous pourrions en savoir plus s’il était possible de remonter jusqu’à l’instant originel, celui du Big bang. Étrangement, la science a érigé le mur de Planck, cette limite infranchissable qui nous empêche justement de voir cet instant originel. Cette théorie, il faut donc la croire sans pouvoir la voir, ce qui ne manque pas de nous rappeler quelque chose.

Pour l’instant, la science échoue donc également à donner une explication crédible à notre origine. Sa fiabilité est assez douteuse puisqu’elle-même peut être remise en cause. C’est là le défaut de la science. Si les mythologies et les religions restent stables, car il faut croire ce qui est dit ou écrit, la science quant à elle est malléable. Au gré des découvertes elle évolue, se modifie, des certitudes tombent, des théories sont remises en cause, des hypothèses sont balayées. Ce que nous prenons aujourd’hui comme acquis pourrait être totalement bouleversé demain. Car la science aime poser des limites qu’elle finit par briser. Le problème principal de la science est de chercher des explications à l’extérieur de l’être. Or, ce que nous constatons jusque-là, si nous voulons résumer, c’est que l’être est à l’origine des divinités, à l’origine de Dieu et à l’origine des théories scientifiques. Il semble ainsi être à l’origine de tout et nous en revenons à la conclusion suivante : l’être est à l’origine de l’être.

Nous développerons ce que cela signifie. Jusque-là nous avons cherché une origine globale. Et nous constatons que nous sommes incapables, quelle que soit l’option choisie, de découvrir avec certitude les tenants de cette origine. Alors il faut revenir à une notion plus concrète, celle de l’origine individuelle : la naissance de l’être.

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