L’origine de l’amour

Tout commence avec « Le Musée des Amours Lointaines ». L’histoire continue sur « L’île aux Écureuils ». En 2019, la trilogie prend fin avec « L’origine de l’amour ».

Le dernier volet sortira au printemps 2019. En attendant, pour vous permettre de lire les précédents, les versions numériques sont proposées à 0.99€.

Pour celles et ceux qui ont déjà tout lu et pour patienter, je vous offre le premier chapitre du prochain opus. Avant de lire, assurez-vous de vouloir connaître l’origine de l’amour…

***

1.

 

Cité grecque, neuvième siècle avant notre ère.

 

Une femme et un homme courent à travers les bois. Ils semblent effrayés. Ils fuient. Il en va de leur survie. Ils sont poursuivis par des gardes armés, hurlant en direction des fuyards, déterminés à les arrêter par tous les moyens. Elle est la plus ravissante des femmes de la cité, convoitée par les puissants, admirée telle une déesse par le peuple. Elle porte le chiton, cette tunique constituée d’une pièce de lin rectangulaire savamment serrée à la taille par une ceinture et dont les plis recouvrent les jambes. On peut encore s’imaginer la délicatesse du vêtement en regardant les cariatides du Parthénon sculptées par des artistes au talent depuis inégalé. Elle se déplace à travers les arbres comme si elle ne touchait pas le sol en mousse. Elle est plus proche d’une apparition du monde onirique que de notre réalité. Certains diraient même qu’un halo de lumière blanche émane de sa personne.

 

Lui est un beau jeune homme né aux abords de la cité. Il porte également le chiton, beaucoup plus court, puisqu’il lui arrive au niveau des genoux. Loin des turpitudes de la vie en société, il vivait jusque-là reclus dans la modeste chaumière héritée de ses parents. Il subsistait grâce aux produits de la terre et du commerce de la laine de ses moutons qu’il traite comme s’il s’agissait de ses propres enfants. Rien ne devait perturber son existence mais l’amour n’a que faire des destinées qu’il vient perturber. Il a croisé les yeux de cette femme, dont la présence au milieu des champs n’a jamais été élucidée. Depuis, son cœur ne bat plus que pour elle. Ils auraient pu couler des jours heureux. Ils n’auraient pas pu imaginer que la jalousie des autres pourrait les mettre en péril.

 

Ils sont quasiment à bout de souffle mais lorsque sa vie est en jeu l’être humain est capable de dépasser toutes ses limites. Ils ne sentent plus leurs jambes, ils sont comme délestés de leurs enveloppes charnelles. Ils filent à travers les bois aussi lestement que les animaux surpris par les chasseurs.

– Que s’est-il passé ?

– Je n’ai fait que dire la vérité, oubliant que personne ne veut l’entendre.

Réussiront-ils à semer les assaillants ? Il est fort probable que non. La fin de cette course-poursuite effrénée est déjà écrite. Ils sont deux, épuisés, leurs opposants sont une dizaine, déterminés à les stopper. Ils ont ordre d’employer tous les moyens nécessaires pour capturer ceux qui ont commis un outrage envers l’un des dignitaires de la cité. La sentence a été prononcée, elle doit être exécutée.

– Je n’en peux plus.

– Tu dois continuer. Nous trouverons une issue. Il faut au moins réussir à atteindre la cascade.

La jeune femme refuse de perdre espoir. S’ils arrivent jusqu’à la rivière, ils pourront s’y jeter et se laisser porter par les flots. Être sauvé par les eaux : leur seule échappatoire. Il est trop tard. L’homme vient d’être touché par une lance. La blessure dorsale est grave, il s’effondre.

– Phaéton !

La divine jeune femme s’agenouille auprès de son amant. Elle tente de percevoir son souffle et les pulsations dans ses veines.

– Je suis désolée, je n’ai pas le choix, tu ne dois pas payer pour mon imprudence.

Elle pose ses mains sur le torse de l’homme qu’elle aime. Alors que les gardes ne sont qu’à quelques mètres, certains de leur victoire, elle prononce une formule dans une langue parfaitement incompréhensible. Les deux amoureux disparaissent, laissant leurs poursuivants décontenancés. Les fuyards se sont… évaporés !

 

Le couple est transporté dans un lieu merveilleux, au-dessus des nuages. Ici tout n’est que calme et volupté. Phaéton ouvre lentement les yeux. Il se sent parfaitement bien. Le haut de son chiton est maculé de sang, la jeune femme retire lentement la lance. Il ne ressent aucune douleur. La blessure se résorbe miraculeusement. Il regarde celle qu’il aime droit dans les yeux et semble la découvrir pour la première fois.

– Qui es-tu réellement ?

La question est d’autant plus surprenante qu’il la pose à la femme qui partage sa vie depuis près de dix ans.

– Je pense que tu as compris.

Il ne peut presque plus parler. Désormais, un vif halo de lumière blanche entoure l’objet de son amour, peu à peu elle dévoile sa véritable nature.

– Je ne pouvais pas te laisser périr par ma faute.

– Je ne veux pas que tu te sacrifies pour moi ! La vie n’aura plus de sens si…

– Chut ! Économise tes paroles. Tu sais que je vais poursuivre mon chemin.

– Nous serons séparés, je préfère m’en aller plutôt que de subir cette déchirure.

– Tu seras en sécurité et tu vivras une existence heureuse. Jamais je ne cesserai de veiller sur toi.

– Ne puis-je pas rester ici ?

Elle ne répond pas. Elle approche son visage de celui de son amant. Leurs lèvres entrent en contact avec une volupté indescriptible. Une vive lumière rouge enveloppe le corps de Phaéton. Il se sent transporté dans un autre monde : celui, pur, de l’amour.

 

La déesse verse une larme. Cette dernière passe lentement de sa joue à celle de Phaéton. Elle poursuit sa course, semblant connaître le chemin qu’elle doit emprunter, le but à atteindre. Elle s’élance le long de son cou, trace son chemin sur son torse et soudain disparaît, comme absorbée.

– Ce sera mon dernier cadeau.

Le jeune homme s’éloigne. Il regarde une dernière fois les yeux embués de celle qui a fait battre son cœur. Et c’est justement au niveau du cœur de Phaéton que la larme a disparu. Il ne s’agit pas d’une évaporation, elle est entrée dans le corps de l’homme pour l’animer.

 

Depuis la terre, quelques personnes ont pu noter l’apparition d’un étrange nuage de couleur rouge. L’événement sera rapidement conté dans la cité, commenté et analysé. Les sages en viendront à la conclusion que seuls les cœurs amoureux ont pu apercevoir le phénomène surnaturel. Surnaturel pour nous, pas pour les observateurs de l’époque qui ne s’étonnent en rien des phénomènes que la science humaine ne saurait expliquer. Sans comprendre ce qu’il s’est produit, il est décidé que ce jour sera consacré à l’amour, sous toutes ses formes, entre deux êtres. Si l’on s’en réfère au calendrier grégorien, nous sommes le quatorze février…

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