Individualisme

Que serait notre société sans l’individualisme ?

Le respect mutuel (1)

C’est un matin comme les autres. Je me réveille tôt, pour me préparer à me rendre au travail. Comme l’ensemble des propriétaires et des locataires de l’immeuble, j’ai opté pour un réveil olfactif. Le principe ? Se laisser tirer des bras de Morphée par une odeur particulière, la vanille pour moi. Au début je ne croyais pas qu’une simple fragrance puisse me faire ouvrir les yeux, alors que les autres solutions comme le déclenchement de la radio, de la musique ou simplement une sonnerie stridente ont souvent échoué. Je dois dire que cette méthode est bien plus efficace. Et comme dit, l’ensemble des occupants de l’immeuble est passé à cette façon de se réveiller. Non seulement parce que c’est bien plus agréable, mais aussi par respect pour les voisins. J’étais très embêté lorsque j’avais un réveil sonnant plus fort que les trompettes de Jéricho, agaçant mon voisin qui ne se lève pas aussi tôt que moi. Désormais il y a un respect mutuel, je ne pense pas qu’à moi mais aussi à ceux qui sont en congés, ne travaillent pas ou qui n’ont pas besoin de se lever avec les poules pour être à l’heure au bureau.

Dans la salle de bains je ne passe pas plus de dix minutes sous la douche. Cela découle également d’un accord tacite avec mes voisins. Dans les charges de l’immeuble, la plus grosse dépense est celle de la facture d’eau. Alors, pour la faire diminuer, nous avons convenu que personne ne passerait plus de dix minutes sous la douche. Ce n’est pas uniquement bon pour le porte-monnaie mais également pour la planète. Cette solution, adoptée par tous, sans exception, nous permet d’économiser et de préserver un bien précieux. D’ailleurs, comme moi, plusieurs de mes voisins ont entrepris des travaux pour se débarrasser de leur baignoire, devenue inutile, symbole d’un gâchis incroyable, pour ne posséder plus qu’une douche. Je passe peu de temps devant mon miroir, je n’ai plus besoin de ces nombreux artifices dont je dépendais pour avoir une belle apparence. Les produits cosmétiques ne gèrent que les conséquences. Si l’on s’attaque aux causes, ils deviennent inutiles. Quelques gouttes de parfum, ni trop pour ne pas incommoder les autres, ni trop peu pour ne pas sentir la transpiration en cours de journée.

Pour mon anniversaire, mes amis m’ont acheté une belle machine Nespresso. Je m’interdis de l’utiliser de bon matin, car elle fait quand même énormément de bruit. Il ne s’agit pas d’une privation, simplement d’une marque de respect, encore une fois envers celles et ceux qui dorment. Alors, pour mon petit déjeuner rapide, je me contente de ma cafetière et d’un café filtre, moins bon mais silencieux, c’est le principal. Je ne mange qu’un fruit, différent chaque jour. C’est de cela dont je parlais en évoquant le traitement des causes qui nous obligent à utiliser des produits cosmétiques. Une alimentation saine est la base de tout et lorsque le corps est bien nourri, sans excès, il nous le rend en prenant une belle apparence, nous aurons l’occasion d’y revenir. Durant toute ma préparation matinale je garde mes chaussons. Les chaussures que je porte pour aller au travail ont un petit talon, suffisant pour claquer sur le parquet. Il n’y a rien de plus énervant pour les voisins du dessous que d’entendre le bruit de talons heurtant le sol durant les vas et viens matinaux. Alors, tout le monde fait de même : ne pas se chausser avant de sortir.

Sur ma porte d’entrée j’ai fait installer un frein. Lorsque je ne suis pas bien réveillé il m’arrive de laisser échapper la porte, qui claque dans un fracas effrayant résonnant dans l’ensemble de la cage d’escalier. Par respect pour les autres j’ai donc fait les aménagements nécessaires pour que même lorsque la porte m’échappe, elle ne fasse pas trop de bruit. Je descends sur la pointe des pieds, pour que mes talons ne frappent pas les marches en bois. J’ai laissé mes bouteilles en verre vides dans l’appartement, je les jetterai plus tard dans la poubelle dédiée. Les bris de verre de bon matin, ce n’est agréable pour personne, surtout pas pour les habitants du rez-de-chaussée. Depuis des années, lorsque je sors, je ne croise plus les éboueurs. Les industriels n’ont pas encore réussi à concevoir des camions poubelles discrets, ceux existants font un bruit infernal et inutile. Alors, il a été décidé que les éboueurs passeraient dans les rues à partir de dix heures, un horaire acceptable en semaine, et évitant ainsi les heures de pointe pour ne pas nuire à la circulation des automobilistes. Plus personne n’arrose les trottoirs pour les nettoyer. Il s’agissait d’un énorme gâchis d’eau et surtout, comme cela m’est arrivé plusieurs fois, le jet pouvait salir les piétons. De toute manière, nul ne jette plus ses déchets à même le sol. Les impôts permettent à la ville d’installer et d’entretenir des poubelles publiques, il faut les utiliser !

Avant de m’engouffrer dans la station de métro, je croise celui qui distribue les journaux gratuits. Il est là chaque matin depuis au moins deux ans. Je lui dis bonjour en souriant, il me rend la pareille, une simple question de politesse. Mon sourire n’est pourtant pas feint, il ne coûte rien et instille de la joie chez celui ou celle qui le reçoit, pourquoi s’en priver ? Il sait que je ne prends jamais les journaux gratuits donc il ne m’en propose pas. Alors même que je le croise chaque matin il serait dommage qu’il ne se souvienne pas de mon visage. Dans la station de métro je constate, sur le panneau d’affichage, que tout fonctionne normalement, comme d’habitude. Une rame passe toutes les deux minutes donc même si je vois qu’il y en a une qui entre dans la station maintenant, je ne me précipite pas, je prendrai le suivant. Les autres usagers ont la même attitude, personne ne se presse, la réaction inverse risquerait de provoquer des bousculades intempestives. Sur le quai je sens la brise légère du dispositif d’aération mis en place pour éviter la sensation d’étouffement dans les sous-sols de la ville, une initiative plus que salutaire.

J’attends patiemment sur le quai. Une rame arrive, elle est bondée. Ce n’est pas un souci, j’attends la suivante. Elle arrivera dans deux minutes. À quoi me servirait-il de me compresser contre les autres pour gagner quelques secondes ? Cela incommoderait les usagers déjà présents dans la rame et occasionnerait un mauvais voyage pour moi. Lorsque le métro suivant arrive, ceux attendant sur le quai se mettent de côté pour laisser descendre les usagers qui s’arrêtent à cette station. C’est une question de civisme, pourquoi voudrait-on pousser les autres ? Chacun réussira à entrer, dans le calme. Au bout de seulement quelques minutes, le métro s’arrête inopinément sous un tunnel. Il n’y a aucune forme de panique ou d’exaspération. Notre conductrice nous informe immédiatement de la situation, qui ne devrait pas durer très longtemps et elle nous tiendra informés en temps réel de l’évolution de la situation. Lorsque les usagers sont informés de ce qu’il se passe réellement, ils gardent leur calme et les quelques minutes d’arrêt ne paraissent pas durer une éternité.

Enfin une place se libère. Nous sommes deux à vouloir l’occuper pour profiter du reste du voyage en étant assis. Dans notre monde civilisé il n’est pas question de se disputer ou de s’insulter. La situation est assez claire. L’adolescent me cède volontiers la place, privilège de l’âge. Je suis assis entre deux personnes courtoises qui font en sorte de ne pas envahir mon espace vital. Tout le monde sent bon, nul ne penserait à prendre les transports en commun sans s’être lavé et légèrement parfumé. C’est une question de respect, personne n’a envie de commencer sa journée dans une odeur de gras ou de transpiration. Les vitres sont tout de même ouvertes. Il aurait été idiot de les laisser fermées, ce qui occasionnerait la formation de buée dans la rame et augmenterait de manière presque insupportable la température. Je ne risque pas de transpirer ou de sentir mauvais, ce voyage est absolument parfait. À la station d’arrivée, chacun sort dans le calme et descend les escaliers lentement. Le flux des usagers se déroule sans encombre, sans bousculade, sans se faire marcher sur les pieds. Quand tout le monde est civilisé, l’humanité est agréable et pas une once de stress n’est générée par cette cohabitation avec des inconnus.

Il me faut encore dix minutes de marche pour arriver jusqu’à mon bureau. J’en profite pour m’aérer les poumons, la pollution est de l’histoire ancienne. Les automobilistes prennent soin d’entretenir leur voiture afin de réduire les émissions de particules fines. À chaque passage piéton j’attends sagement que le feu soit vert pour moi. Je peux traverser les yeux fermés puisqu’il ne viendrait à l’idée de personne d’accélérer lorsque le feu passe à l’orange. Chaque fois que je croise une personne je la salue d’un signe de tête et avec le sourire. Je reçois la même récompense qui me fait du bien. Ce sont certes des inconnus mais il n’est pas inutile de rester courtois. La politesse n’est pas inscrite dans la loi, elle est simplement une habitude naturelle qui permet de rendre la vie en société bien plus agréable. Je serais beaucoup moins motivé et optimiste si je commençais ma journée en croisant des personnes taciturnes, fixant le bitume, refusant d’échanger un simple sourire qui illumine les visages. C’est donc sans encombre que j’arrive sur mon lieu de travail, détendu, serein, sans avoir eu besoin d’une cigarette !

Chaque collègue que je croise, je le salue, avec un « bonjour » qui a pleinement sa signification puisque je lui souhaite sincèrement une bonne journée. Si les autres sont heureux, cela influe sur mon propre bonheur et je me sens forcément mieux, ainsi j’espère réellement que chacun passera une bonne journée. Je m’enquiers également de savoir si chacun va bien et on se soucie de moi en retour. Nous ne nous sommes certes pas quittés depuis longtemps mais en une soirée et une nuit la vie peut prendre un tout autre tournant. Alors comme eux, je n’hésite pas à m’exprimer lorsque je ne vais pas bien. Parler de ses problèmes aux autres, le simple fait de les verbaliser, permet de se sentir mieux. En retour je les écoute lorsqu’ils ont un poids sur la conscience. C’est ainsi que nous pouvons vivre en harmonie dans la société, qui est bien l’union de différentes individualités.

Je m’astreins à mon travail quotidien sans rechigner. J’ai conscience de la vacuité de cette occupation pourtant j’accepte ma condition. Si je me sentais mal dans cet univers je ne pourrais m’en prendre qu’à moi-même, il n’y a aucune raison d’en vouloir aux autres. D’abord parce que le parcours que j’ai effectué par le passé m’a conduit à occuper cette position, je suis ainsi le seul responsable de mon présent. Ensuite parce qui se j’ai vraiment le désire de faire bouger les choses il faut que j’agisse. Je ne peux pas compter sur un miracle venu de l’extérieur pour améliorer ma situation, je dois prendre mes responsabilités. Ainsi je n’ai aucun droit de me plaindre, si ce n’est envers moi-même, mon manque d’efforts et de volonté. Durant les pauses café nous prenons soin de ne pas faire trop de bruit, par respect pour les autres. Le respect mutuel, dans toutes nos actions, est la base d’une vie en société bien construite et apaisée.

Les journées passent, plus ou moins rapidement. Encore une fois je ne peux pas me plaindre puisque la rapidité ou la lenteur avec laquelle le temps s’écoule n’est que le fruit de mon état d’esprit. Lorsque je suis concentré et que je ne laisse pas mon esprit divaguer sur les événements à venir, le temps s’écoule rapidement. Lorsque je me sens frustré et que j’ai envie de me trouver ailleurs, chaque minute est égale à une heure. C’est une nouvelle fois un travail sur moi que je dois effectuer pour que ma journée se déroule le mieux possible. Les éléments extérieurs ne peuvent m’atteindre que si je les laisse faire. Il faut d’abord entreprendre un effort sur soi, en soi, avant de pouvoir accuser des coupables imaginaires. Je tente de ne pas être agacé par le comportement de certains de mes collègues. Ils ont beau faire attention, selon mon état d’esprit certains de leurs actes ou certaines de leurs paroles me déstabilisent. Ils ne sont pas fautifs, ce n’est que ma manière d’appréhender les événements qui les rend plus ou moins énervants.

Le respect mutuel (2)

Le soir, je me rends à la salle de sport. Je ne commets pas l’erreur de vouloir entretenir mon apparence physique uniquement pour briller en société. Car cette vision de l’effort ne peut conduire qu’à un découragement rapide. Il est inutile de vouloir être beau physiquement uniquement pour les autres. Après tout, rares sont les personnes qui peuvent voir mes abdominaux, si ce n’est à la piscine ou dans les vestiaires, en comptant également les moments d’intimité. Le sport ne doit pas non plus être une activité individualiste. Si je m’astreins à ces exercices c’est pourtant uniquement pour moi, parce que j’ai envie de me sentir bien dans mon corps et ainsi me sentir bien dans ma tête. Il est certaines choses que l’on ne doit faire que pour soi afin d’entretenir la motivation et de ne surtout pas dépendre du jugement extérieur. Ainsi je ne risque pas les excès qui pourraient me conduire à une musculature outrancière ou à perdre du poids de manière dangereuse pour ma santé. Je ne fais rien dans le but d’avoir l’approbation du regard des autres, je ne m’active que pour mon estime de moi. Et si ce n’est pas individualiste c’est simplement parce que si je me sens bien, cela influe sur mon comportement au sein de la société et, autour de moi, je diffuse ce sentiment de bien-être.

Comme pour tous les éléments de ma vie, j’ai le plus grand respect pour les autres sportifs. Je pratique certainement une activité individuelle mais toujours au milieu des autres. À la salle de sport je suis respectueux de mes prochains comme ils le sont pour moi. Les règles sont assez simples, c’est à se demander comment il serait possible de ne pas les respecter. Je ne monopolise pas un appareil comme le tapis de course plus d’une demi-heure. Certes j’aimerais courir plus longtemps mais je sais que d’autres sportifs veulent en profiter alors je cesse de penser uniquement à moi pour que chacun puisse être libre de pratiquer les exercices qu’il veut. Sur les différents appareils je pose immanquablement une serviette afin de ne pas salir, par ma transpiration, un banc de musculation qui sera utilisé par les autres. D’ailleurs, j’accepte évidemment de partager chaque appareil que je n’utilise pas en permanence, encore une fois dans l’idée que chacun doit pouvoir passer son temps dans cette salle comme bon lui semble. Si chacun respecte des règles évidentes de civilité, il devient inutile de les écrire et de les afficher. Édicter des règles de bon sens est une faillite de la société.

Bien entendu, certains vont encore plus loin et évitent les sports solitaires. Ceux pratiqués en équipe sont une occasion de plus de se montrer respectueux envers les autres. Nous parlons généralement de l’esprit d’équipe, une excellente mentalité qui ne doit pas se limiter au temps passé à pratiquer un sport. Il faut être intègre, ne jamais jouer une sorte de double jeu. On ne peut pas être une personne dans un contexte et agir totalement différemment dans d’autres situations. Le respect et la politesse se répandent dans chaque instant passé en société.

Plus tard je me rends au cinéma. Il y a encore foule dans les rues. Les trottoirs sont uniquement réservés, comme leur nom le suggère, aux piétons. Heureusement, je ne risque pas de me faire renverser par une trottinette ou pire, par un vélo. Tout ce qui avance avec des roues doit évoluer sur la route, il s’agit moins d’une règle que d’une évidence. Je ne comprendrais pas que des cyclistes envahissent les trottoirs. Si chacun respecte ce qu’exige le bon sens, la vie en communauté est bien plus agréable. Les piétons eux-mêmes évitent d’avoir le regard posé sur leur smartphone. Ce serait assez impoli de se refermer ainsi sur soi et d’avancer sans prendre conscience des autres. Cela occasionnerait des collisions et serait une source d’énervement. De la même manière, chacun maîtrise son volume sonore lorsqu’il parle au téléphone, pour ne pas incommoder les autres. Il existe déjà bien des sources de bruit impossibles à maîtriser, autant limiter les agressions auditives qui peuvent être contrôlées.

À l’intérieur de la salle de cinéma ce sont encore le respect mutuel et le bon sens qui prédominent. Il n’est pas utile d’informer les spectateurs qu’ils doivent couper leurs smartphones et ne pas discuter durant la séance, ce sont des réflexes tout à fait naturels, la base de toute civilité et une politesse à laquelle nul ne saurait déroger. Ainsi le film peut être visionné par chacun dans le plus grand silence et le calme le plus complet. L’intérêt d’un tel lieu est de se retrouver à plusieurs pour partager un bon moment, rien ne doit venir entraver cet instant privilégié. Ainsi, ceux qui ne peuvent pas se retenir de manger quelque chose en arrivant au cinéma profitent-ils des publicités et des bandes-annonces pour finir leur pop-corn. Ceci uniquement dans le but de ne pas déranger les autres pendant le film par des bruits intempestifs. Tous ces éléments permettent de profiter pleinement de cet instant en commun, dans un respect mutuel.

De retour dans mon appartement je sais que je vais pouvoir être au calme. Les voisins font, comme moi, attention aux bruits qui pourraient nuire à la vie en copropriété. Les chiens ont été dressés pour ne pas aboyer de manière intempestive. Les enfants sont tous éduqués pour ne pas hurler outre mesure. Certains bruits sont inévitables mais ils sont rapidement canalisés, comme les pleurs des bébés qui peuvent toujours être stoppés. Lorsque certains cuisinent des plats dont l’odeur est certes excellente mais forte, ils prennent soin de fermer leurs fenêtres et d’activer la hotte afin de ne pas incommoder les autres. Lorsque des soirées sont organisées, chacun prend garde au volume sonore de la musique et les invités eux-mêmes sont respectueux en limitant les décibels, même en cas d’ébriété. La police n’a plus à se déplacer pour des cas de tapage nocturne ou diurne. La vie en communauté se déroule le plus merveilleusement du monde quand chacun respecte les autres, sans pour autant se priver soi-même du plaisir de cuisiner ou d’être ensemble. Il n’y a pas d’incompatibilité entre son propre bonheur et celui des autres.

De la même manière, je peux ouvrir mes fenêtres pour aérer mon appartement. Dans la rue il n’y a plus que les bruits inévitables, les autres ont été supprimés. Je ne risque plus d’entendre le vrombissement assourdissant des mobylettes aux moteurs trafiqués. Les fumeurs, qui ne peuvent plus succomber à leur vice à l’intérieur des bars et des restaurants, prennent garde à ne pas polluer l’univers sonore en parlant trop fort ou par des rires aussi stupides qu’inutiles. Dans tout le voisinage règne un respect mutuel qui finalement satisfait chacun. Il ne viendrait pas exemple à l’idée de personne de mener des travaux bruyants dans son appartement pendant le week-end. Il est aussi inconcevable que des voisins fassent tourner un lave-linge trop tôt le matin. Il est tout de même agréable de vivre dans un monde civilisé où chacun a le sens du respect de l’autre. La vie n’en est que plus belle.

Internet

 

J’allume mon ordinateur. Voilà encore une technologie qui pourrait me pousser à être totalement individualiste. Sauf dans un monde où chacun respecte les règles du bon sens. Je me sers de mon ordinateur personnel principalement pour me rendre sur Internet. Là, depuis fort longtemps, l’anonymat qui prévalait n’est plus la règle, même pas une exception. Les internautes ont cessé de se cacher derrière de faux noms et de faux profils pour déverser leur haine. Il est devenu impossible d’avancer masqué sur la toile mondiale, ce qui permet d’apaiser ce lieu finalement merveilleux qui est un univers de connaissances et une possibilité infinie de rencontrer les autres, de souder une communauté humaine sans entrave, sans frontières.

L’activité favorite des internautes est de poster des commentaires. Pour chaque produit qu’ils achètent, pour chaque lieu qu’ils visitent, pour chaque restaurant dans lequel ils ont déjeuner ou dîner, pour chaque hôtel où ils ont passé une nuit, pour chaque entrepreneur auquel ils ont dû faire appel… Moi-même je ne manque jamais de poster un avis chaque fois que j’utilise un service. À une époque il fallait donner une note, ou des étoiles, ce temps est révolu. La seule chose qui compte est le commentaire, en général bien détaillé. Et puisque l’anonymat a été proscrit, chaque avis engage celui qui le rédige. Ainsi, encore une fois il n’y a plus de méchanceté gratuite ou de règlements de compte par commentaires virtuels interposés. Chacun exprime son ressenti en toute honnêteté, sans en faire trop, sans volonté de nuire. Ainsi, la communauté formée par Internet peut se fier à chaque commentaire avant de choisir une destination ou un produit. Les critiques sont prises en compte et au lieu de mal le prendre, les sociétés font de leur mieux pour s’améliorer, c’est ainsi que le monde avance dans le bon sens.

Il fut une époque où les réseaux sociaux servaient principalement à diffuser des âneries. Plus la petite vidéo ou la photographie était idiote, plus elle rencontrait du succès. Sans compter les nombreuses personnes qui affichaient sur ces réseaux des photographies privées, finalement visibles par tout le monde : en vacances, en train de manger, jouant avec un chat, et bien entendu une déferlante de selfies. Tout à changer avec la disparition de l’individualisme. Les réseaux sociaux ne servent plus à promouvoir sa petite personne et à ne parler que de soi en espérant obtenir un maximum de « J’aime » afin de combler le manque de reconnaissance dans la vie réelle. Il y a certes encore des vidéos de chats très drôles ou des photographies d’aberrations rencontrées au détour d’un chemin. Mais désormais, les réseaux sociaux servent principalement à s’échanger des messages privés, à l’intérieur d’une communauté bien définie, composée uniquement de personnes que l’on connaît dans la vie réelle et non pas avec une foultitude d’amis virtuels.

Les sites pornographiques ont pratiquement disparu, ce qui a laissé énormément de place dans les centres de stockage des données. Aussi incroyable que cela puisse paraître, auparavant plus de la moitié des fichiers échangés sur le réseau mondial était des photographies et surtout des vidéos pornographiques. Beaucoup d’internautes avaient soif de ce genre de chose, encore une fois pour combler un manque, pour pallier ce que la vie réelle ne pouvait pas apporter. Mais désormais, Internet a repris son sens et ce sont surtout des connaissances qui sont échangées, non plus des obscénités. Dans le même temps, le cyber harcèlement a pratiquement disparu. D’abord grâce à la fin de l’anonymat, mais aussi parce que plus personne ne fait une utilisation idiote de sa connexion Internet. En effet, les internautes ne se montrent plus dénudés à faire des cochonneries devant leur webcam. Ce qui élimine de fait une grande source du cyber harcèlement.

Internet n’est plus le bras armé de l’individualisme. Le réseau mondial est enfin une véritable fenêtre ouverte sur les autres, donnant également accès à la somme incroyable des connaissances humaines qui ont été accumulées depuis l’origine. Les vieux manuscrits ont été numérisés et sont accessibles à tous, de même pour les conseils médicaux, les astuces pour réaliser des recettes culinaires… toutes les connaissances sont à portée de main, sûres, fiables et le monde entier en bénéficie. Internet est devenu un outil merveilleux depuis qu’il n’est plus utilisé par des nombrilistes assoiffés de reconnaissance et prêts à toucher les profondeurs de la bêtise pour se faire remarquer. Désormais, plus personne ne brille sur Internet, c’est l’humanité qui est élevée par cette technologie.

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