Arthur Schopenhauer

Aphorismes sur la sagesse dans la vie

« Aussi les mêmes circonstances, les mêmes événements extérieurs, affectent-ils chaque individu tout différemment, et, quoique placés dans un même milieu, chacun vit dans un monde différent. Car il n’a directement affaire que de ses propres perceptions, de ses propres sensations et des mouvements de sa propre volonté : les choses extérieures n’ont d’influence sur lui qu’en tant qu’elles déterminent ces phénomènes intérieurs. Le monde dans lequel chacun vit dépend de la façon de le concevoir, laquelle diffère pour chaque tête ; selon la nature des intelligences, il paraîtra pauvre, insipide et plat, ou riche, intéressant et important. Pendant que tel, par exemple, porte envie à tel autre pour les aventures intéressantes qui lui sont arrivées pendant sa vie, il devrait plutôt lui envier le don de conception qui a prêté à ces événements l’importance qu’ils ont dans sa description. »

« Il est donc facile de voir clairement combien notre bonheur dépend de ce que nous sommes, de notre individualité, tandis qu’on ne tient compte le plus souvent que de ce que nous avons ou de ce que nous représentons. »

« Ainsi, la condition première et la plus essentielle pour le bonheur de la vie, c’est ce que nous sommes, c’est notre personnalité ; quand ce ne serait déjà que parce qu’elle agit constamment et en toutes circonstances, cela suffirait à l’expliquer, mais en outre, elle n’est pas soumise à la chance comme les biens des deux autres catégories, et ne peut pas nous être ravie. »

« Tout ce que nous pouvons faire à cet égard, c’est d’employer cette personnalité, telle qu’elle nous a été donnée, à notre plus grand profit ; par suite, ne poursuivre que les aspirations qui lui correspondent, ne rechercher que le développement qui lui est approprié en évitant tout autre, ne choisir, par conséquent, que l’état, l’occupation, le genre de vie qui lui conviennent. »

« L’homme intelligent aspirera avant tout à fuir toute douleur, toute tracasserie et à trouver le repos et les loisirs ; il recherchera donc une vie tranquille, modeste, abritée autant que possible contre les importuns ; après avoir entretenu pendant quelque temps des relations avec ce que l’on appelle les hommes, il préférera une existence retirée, et, si c’est un esprit tout à fait supérieur, il choisira la solitude. Car plus un homme possède en lui-même, moins il a besoin du monde extérieur et moins les autres peuvent lui être utiles. Aussi la supériorité de l’intelligence conduit-elle à l’insociabilité. »

« L’homme ordinaire ne se préoccupe que de passer le temps, l’homme de talent que de l’employer. »

« Aristote a dit : “Le bonheur appartient à ceux qui se suffisent à eux-mêmes”. En effet, toutes les sources extérieures du bonheur et du plaisir sont, de leur nature, éminemment incertaines, équivoques, fugitives, aléatoires, partant sujettes à s’arrêter facilement même dans les circonstances les plus favorables, et c’est même inévitable, attendu que nous ne pouvons pas les avoir toujours sous la main. »

« Ce que nous représentons, ou, en d’autres termes, notre existence dans l’opinion d’autrui, est, par suite d’une faiblesse particulière de notre nature, généralement beaucoup trop prisé, bien que la moindre réflexion puisse nous apprendre qu’en soi cela est de nulle importance pour notre bonheur. »

« Ce qui d’autre part rend encore les hommes sociables, c’est qu’ils sont incapables de supporter la solitude et de se supporter eux-mêmes quand ils sont seuls. C’est leur vide intérieur et leur fatigue d’eux-mêmes qui les poussent à chercher la société, à courir les pays étrangers et à entreprendre des voyages. »

« Les événements et les affaires qui nous concernent se produisent et se succèdent isolément, sans ordre et sans rapport mutuel, en contraste frappant les uns avec les autres et sans autre lien que de se rapporter à nous. »

« Nous devons avoir, pour ainsi dire, des compartiments pour nos pensées, et n’en ouvrir qu’un seul pendant que tous les autres restent fermés. Nous y trouvons cet avantage de ne pas gâter tout petit plaisir actuel et de ne pas perdre tout repos par la préoccupation de quelque lourd souci. »

« Nul ne peut voir par-dessus soi. Je veux dire par là qu’on ne peut voir en autrui plus que ce qu’on est soi-même, car chacun ne peut saisir et comprendre un autre que dans la mesure de sa propre intelligence. »

De la quadruple racine du principe de raison suffisante

« Rien n’est sans une raison d’être. »

« Toutes nos représentations sont objets du sujet, et tous les objets du sujet sont nos représentations. »

« Le temps n’est perceptible qu’autant qu’il est rempli, et sa continuité ne l’est que par la variation de ce qui le remplit. La permanence d’un objet ne peut donc être reconnue que par le contraste du changement d’autres objets coexistant. »

« En dehors de son rapport au sujet, l’objet cesse d’être objet, et que, si on lui enlève ce rapport ou si l’on en fait abstraction, on supprime du même coup toute existence objective. »

« Lorsqu’un ou plusieurs objets réels passent à un nouvel état, celui-ci doit avoir été précédé d’un autre auquel il succède régulièrement, c’est-à-dire toutes les fois que le premier existe. Se “suivre” ainsi s’appelle “s’ensuivre” ; le premier état se nomme la cause, et le second l’effet. »

« Aussi la loi de la causalité se rapporte-t-elle exclusivement à des changements et n’a affaire qu’à eux. Tout effet est, au moment où il se produit, un changement, et, par là même qu’il ne s’est pas produit avant, il nous renvoie infailliblement à un autre changement qui l’a précédé et qui est cause par rapport au premier ; mais ce second changement, à son tour, s’appelle effet par rapport à un troisième dont il a été nécessairement précédé lui-même. »

« La cause est également un changement ; d’où il résulte que toute cette opération n’est simplement que l’enchaînement non interrompu des changements se succédant dans le temps. »

« La substance est permanente : c’est-à-dire, elle ne peut ni naître ni périr ; conséquemment, la quantité qui en existe au monde ne peut ni augmenter ni décroître. »

« Voilà pourquoi on ne peut pas percevoir la matière, on ne peut que la penser ; elle est quelque chose que l’on ajoute par la pensée, comme fondement à toute réalité. »

« C’est aussi pourquoi la loi de causalité ne peut être appliquée à la matière : cela veut dire que celle-ci ne peut être ni créée ni détruite ; elle est et elle persiste. »

« Le principe de la raison suffisante en général est l’expression, placée au plus profond de notre faculté de connaissance, de la forme fondamentale d’une liaison nécessaire entre tous nos objets, c’est-à-dire de la forme des représentations ; il est la forme commune de toutes les représentations et l’origine unique de la notion de nécessité qui n’a d’autre contenu et d’autre valeur que la production de l’effet quand sa cause est donnée. »

« La vérité est donc le rapport entre un jugement et quelque chose qui en diffère et que l’on nomme son principe ou sa raison. »

« Plus les hommes deviennent incapables de croire, plus le besoin d’acquérir des connaissances grandit. A l’échelle du développement intellectuel, il existe un point d’ébullition où toute croyance, toute révélation, toute autorité s’évaporent ; où l’homme aspire à voir par lui-même et où il demande qu’on l’instruise, mais qu’on le convainque aussi. »

« Toute connaissance suppose nécessairement un sujet et un objet. Il en résulte que même la conscience de soi n’est pas absolument simple ; elle se décompose, tout comme la conscience du monde extérieur (c’est-à-dire la faculté de perception), en quelque chose qui connaît et quelque chose qui est connu. Dans la présente classe, ce qui est connu se présente toujours et exclusivement comme volonté. »

« En conséquence, le sujet ne se connaît que comme voulant, mais non comme connaissant. Car le moi qui se représente, le sujet connaissant, ne peut jamais être lui-même représentation ou objet, parce que, étant le corrélatif nécessaire de toutes les représentations, il est leur condition même. »

« Il n’existe donc pas de connaissance de la connaissance ; car il faudrait pour cela que le sujet se séparât de la connaissance et pût néanmoins connaître la connaissance, ce qui est impossible. »

« Ce que nous connaissons en nous, en tant qu’objet de connaissance, ce n’est pas le sujet qui connaît, mais le sujet qui veut, le sujet de la volition, la volonté. »

« La motivation est la causalité vue de l’intérieur. »

« Vu que tout instant présent a pour condition l’instant précédent et, est lui-même la condition du suivant ; le temps ne peut donc avoir ni commencement ni fin. »

Essai sur le libre arbitre

« Le concept de la liberté, à le considérer exactement, est négatif. Nous ne nous représentons par-là que l’absence de tout empêchement et de tout obstacle. »

« Quand un homme veut, il veut aussi quelque chose : sa volition a toujours quelque objet vers lequel elle tend, et ne peut être pensé qu’en rapport avec cet objet. »

« Tu peux, il est vrai, faire ce que tu veux : mais à chaque moment déterminé de ton existence, tu ne peux vouloir qu’une chose précise et une seule, à l’exclusion de toute autre. »

« Il convient maintenant de nous rappeler ce qu’est une cause en général : la modification antécédente qui rend nécessaire la modification conséquente. Jamais aucune cause au monde ne tire son effet entièrement d’elle-même, c’est-à-dire ne le crée ex nihilo. Il y a toujours une matière sur laquelle elle s’exerce, et elle ne fait qu’occasionner à un moment, en un lieu, et sur un être donné, une modification qui est toujours conforme à la nature de cet être, et dont la possibilité devait donc préexister en lui. Par conséquent chaque effet est la résultante de deux facteurs, un intérieur et un extérieur : l’énergie naturelle et originelle de la matière sur laquelle agit la force en question, et la cause déterminante, qui oblige cette énergie à se réaliser, en passant de la puissance à l’acte. Cette énergie primitive est présupposée par toute idée de causalité et par toute explication qui s’y rapporte aussi une explication de ce genre, quelle qu’elle soit, n’explique jamais tout, mais laisse toujours en dernière analyse quelque chose d’inexplicable. »

« Une cause suffisante est aussi une cause nécessaire. D’où il est manifeste que tout ce qui est produit, est produit nécessairement. Car toute chose qui est produite a eu une cause suffisante, sans quoi elle n’aurait pas été produite : et c’est pourquoi aussi les actions volontaires sont nécessitées. »

Le fondement de la morale

« Le seul univers que chacun de nous connaisse réellement, il le porte en lui-même, comme une représentation qui est à lui ; c’est pourquoi il en est le centre. Par suite encore, chacun à ses yeux est le tout de tout : il se voit le possesseur de toute réalité ; rien ne peut lui être plus important que lui-même. »

Le monde comme volonté et comme représentation

« La réalité en elle-même ne doit être cherchée que pour elle-même : sans quoi on ne la trouvera pas, car toute préoccupation nuit à la pénétration. »

« Le monde est ma représentation. »

« Ce qui connaît tout le reste, sans être soi-même connu, c’est le sujet. Le sujet est, par suite, le substratum du monde, la condition invariable, toujours sous-entendue de tout phénomène, de tout objet ; car tout ce qui existe, existe seulement pour le sujet. Ce sujet, chacun le trouve en soi, en tant du moins qu’il connaît, non en tant qu’il est objet de connaissance. Notre propre corps lui-même est déjà un objet, et, par suite, mérite le nom de représentation. »

« Nous ne connaissons donc jamais le sujet ; c’est lui qui connaît, partout où il y a connaissance. »

« Le passé et l’avenir, abstraction faite des suites possibles de ce qu’ils contiennent, sont choses aussi vaines que le plus vain des songes, et il en est de même du présent, limite sans étendue et sans durée entre les deux. »

« Être cause et effet, voilà donc l’essence même de la matière ; son être consiste uniquement dans son activité. »

« L’essence vraie de la réalité, c’est précisément la simultanéité de plusieurs états. »

« On prétend attribuer aux objets un principe de connaissance, alors qu’ils ne peuvent avoir qu’un principe d’existence. »

« Le corps est donc considéré ici comme un objet immédiat, c’est-à-dire comme la représentation qui sert de point de départ au sujet dans la connaissance ; elle précède, en effet, avec toutes ses modifications directement perçues, l’emploi du principe de causalité, et lui fournit ainsi les premières données auxquelles il s’applique. »

« Le monde n’est que représentation, et, par suite, il a besoin du sujet connaissant comme support de son existence. »

« Le monde objet, ou le monde comme représentation, n’est pas la seule face de l’univers, il n’en est pour ainsi dire que la superficie ; il y a, en outre, la face interne, absolument différente de la première, essence et noyau du monde et véritable chose en soi. »

« L’animal sent et perçoit, l’homme pense et sait ; tous les deux ils veulent. »

« L’acte volontaire et l’action du corps ne sont pas deux phénomènes objectifs différents, reliés par la causalité ; ils ne sont pas entre eux dans le rapport de la cause à l’effet. Ils ne sont qu’un seul et même fait ; seulement ce fait nous est donné de deux façons différentes : d’un côté immédiatement, de l’autre comme représentation sensible. »

« Le corps entier n’est que la volonté objectivée, c’est-à-dire devenue perceptible. »

« La volonté est la connaissance a priori du corps ; le corps est la connaissance a posteriori de la volonté. »

« Le temps, l’espace, la pluralité, la nécessité de la cause n’appartiennent ni à la volonté, ni à l’idée (qui est un degré de l’objectivation de la volonté), mais uniquement aux phénomènes isolés. »

« La multiplicité ne convient qu’aux phénomènes, à cause de l’espace et du temps, et la loi de causalité n’est pas autre chose que la détermination du point dans le temps et dans l’espace où se produisent les phénomènes particuliers. »

« Aucune chose au monde n’a de raison de son existence générale et absolue, mais seulement une raison de ce qu’elle est ici ou là. »

« La connaissance de l’unité de la volonté comme chose en soi, dans la variété et la multiplicité infinie des phénomènes, nous donne seule la vraie explication de cette analogie merveilleuse, et qu’on ne peut méconnaître, entre toutes les productions de la nature, de cette ressemblance de famille qui les fait considérer comme des variations d’un même thème, qui n’est pas donné. »

« Chacun a conscience qu’il est lui-même cette volonté, volonté constitutive de l’être intime du monde ; chacun aussi, a conscience qu’il est lui-même le sujet connaissant, dont le monde entier est la représentation ; ce monde n’a donc d’existence que par rapport à la conscience, qui est son support nécessaire. Ainsi, sous ce double rapport, chacun est lui-même le monde entier, le microcosme ; chacun trouve les deux faces du monde pleines et entières en lui. »

« L’absence de tout but et de toute limite est, en effet, essentielle à la volonté en soi, qui est un effort sans fin. »

« La seule conscience générale d’elle-même qu’ait la volonté est la représentation totale, l’ensemble du monde qu’elle aperçoit. »

« Toutes ces Idées se manifestent dans une infinité d’individus, d’existences particulières, pour lesquelles elles sont ce qu’est le modèle pour la copie. Cette pluralité d’individus n’est intelligible qu’en vertu du temps et de l’espace ; leur naissance et leur disparition ne sont intelligibles que par la causalité ; or, dans toutes ces formes, nous ne reconnaissons autre chose que les différents points de vue du principe de raison, qui est le principe dernier de toute limitation et de toute individuation, la forme générale de la représentation, telle qu’elle tombe sous la conscience de l’individu en tant qu’individu. L’Idée, au contraire, ne se soumet pas à ce principe ; aussi est-elle étrangère à la pluralité comme au changement. »

« Ce qui dans la mort nous effraie, c’est qu’en somme elle est la disparition de l’individu, car elle ne nous trompe pas, elle se donne pour ce qu’elle est ; et c’est qu’aussi l’individu, étant la volonté même de vivre, manifestée en un cas particulier, tout ce qu’il est doit se raidir contre la mort. »

« Ce n’est donc pas l’événement seul qui est prédéterminé, c’est l’événement comme suite des causes antécédentes : ce qui est exigé par le destin, ce n’est pas le fait dernier tout seul, c’est aussi les moyens par lesquels il doit être produit. »

« Aussi le vouloir ni le pouvoir, à eux seuls, ne suffisent : il faut encore savoir ce qu’on veut, et saisir aussi ce qu’on peut ; c’est le seul moyen pour faire preuve de caractère, et pour mener à bien une entreprise. »

« Puisque l’homme n’est tout entier que la forme visible de sa propre volonté, il n’est rien assurément de plus absurde que d’aller se mettre en tête d’être un autre que soi-même : c’est là, pour la volonté, tomber en une contradiction flagrante avec elle-même. »

« Ce qui fait l’occupation de tout être vivant, ce qui le tient en mouvement, c’est le désir de vivre. Eh bien, cette existence, une fois assurée, nous ne savons qu’en faire, ni à quoi l’employer ! Alors intervient le second ressort qui nous met en mouvement, le désir de nous délivrer du fardeau de l’existence, de le rendre insensible, “de tuer le temps,” ce qui veut dire de fuir l’ennui. »

« Le désir, en effet, la privation, est la condition préliminaire de toute jouissance. Or avec la satisfaction cesse le désir, et par conséquent la jouissance aussi. »

« De là vient que l’esprit de l’homme, n’ayant pas encore assez des soucis, des chagrins et des occupations que lui fournit le monde réel, se fait encore de mille superstitions diverses un monde imaginaire, s’arrange pour que ce monde lui donne cent maux et absorbe toutes ses forces, au moindre répit que lui laisse la réalité : car ce répit, il n’en saurait jouir. »

« Tout ce qui répond bien à la Volonté dans l’une quelconque de ses manifestations, tout ce qui lui fait atteindre son but, tombe sous la qualification de bon. »

« Il est aussi impossible à la Volonté de trouver une satisfaction qui l’arrête, qui l’empêche de vouloir encore et toujours, qu’il est impossible au Temps de commencer ou de finir ; un contentement durable, qui apaise son désir complètement et pour jamais, c’est là ce qu’elle ne goûtera point. »

« Ce que tu veux, au fond de toi-même, voilà ce qu’il faut que tu sois ; ce que tu es, tu le veux. »

« Si donc il est possible de résoudre le problème du monde, c’est à la condition de combiner convenablement et dans la mesure voulue l’expérience externe avec l’expérience interne, et par le fait d’unir ensemble ces deux sources de connaissance si différentes l’une de l’autre. »

« La loi de causalité n’a rien à faire avec ce qui demeure ; car là où rien ne change, il n’y a pas d’action, il n’y a pas de causalité, il n’y a qu’un état de repos permanent. »

« La cause et l’effet ne sont point deux corps, mais deux états successifs des corps. »

« Tout ce qui arrive, arrive nécessairement, puisque tout ce qui arrive, arrive par une cause, laquelle possède, à son tour, sa cause, et ainsi de suite : la totalité des événements, accomplis dans le monde, grands et petits, constitue un enchaînement unique d’événements nécessaires, étroitement liés. »

« C’est nous-mêmes qui sommes la volonté de vivre : voilà pourquoi nous éprouvons le besoin de vivre, que ce soit bien ou mal. »

« Avec la pluralité des êtres, au contraire, chaque individu se trouve isolé de tous les autres, et de là naît la nécessité de la connaissance. »

« L’individu prend sa racine dans l’espèce, le temps dans l’éternité ; et de même que chaque individu n’est individu que pour renfermer en soi l’essence de son espèce, de même il n’a de durée dans le temps que pour exister aussi dans l’éternité. »

« Les sciences parlent toutes de ce qui est toujours, tandis que l’histoire rapporte ce qui a été une seule fois et n’existe plus jamais ensuite. »

« Le monde n’est pas moins en nous que nous ne sommes en lui et que la source de toute réalité gît en nous-mêmes. Le résultat obtenu est proprement celui-ci : le temps où je ne serai pas arrivera objectivement ; mais subjectivement il ne viendra jamais. »

« De ce que nous sommes maintenant, il s’ensuit, tout bien pesé, que nous devons être en tout temps. Car nous sommes l’être même que le temps a recueilli en soi pour combler son propre vide : aussi cet être remplit-il la totalité du temps, présent, passé, comme avenir, et il nous est aussi impossible de tomber hors de l’existence que hors de l’espace. »

« La partie la plus heureuse de notre existence est celle où nous la sentons le moins ; d’où il suit qu’il vaudrait mieux pour nous ne pas la posséder. »

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