Le monde de l’édition

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En 2008, j’ai participé à un concours lancé par une maison d’édition nouvellement créée : Les Nouveaux Auteurs. C’est « Le musée des amours lointaines » dans une version remaniée qui y a participé. Car en fait, pendant trois ans, je n’ai pas écrit grand-chose, certainement trop affecté par mon expérience de l’édition à compte d’auteur. Se lancer dans la publication de ses écrits est un défi auquel il faut être préparé. Votre œuvre n’est plus totalement à vous, elle est livrée entre les mains des lectrices et des lecteurs qui ont le pouvoir de l’emporter au sommet, de la dénigrer plus bas que terre ou de l’ignorer totalement.

J’ai reçu un premier appel de l’éditeur me confirmant que j’étais parmi les dix manuscrits sélectionnés sur cinq cents proposés par des auteurs en mal de reconnaissance. Le concept du concours était plutôt une bonne idée : choisir un jury formé de lectrices se proposant de prendre le temps de lire les manuscrits, de leur attribuer une note et de les commenter. Il s’agissait un peu d’un concours version Amazon, avant l’heure : une victoire obtenue selon la popularité et les critiques. Une semaine plus tard, j’étais parmi les cinq finalistes. Puis, alors que je considérais déjà cela comme un énorme succès, l’éditeur m’a prévenu que je serai sur la troisième marche !

les-editeurs-1er-etage-salon-cheminee-55c57Vous imaginez évidemment ma joie. Une soirée a été organisée au café « Les Editeurs » en présence de nombreuses personnalités du monde de l’édition et de la « culture » en général (présentateurs d’émissions dites culturelles et rédacteurs en chef de magazines). Quelle ne fut pas ma surprise, lors de l’annonce des résultats, de ne pas entendre mon nom parmi les trois gagnants ! Quelque part entre le début de la soirée et la remise des prix je suis passé en numéro cinq. Avec toujours un contrat d’édition à la clé, mais sans la publicité dont bénéficieront les premiers vainqueurs. Je n’ai jamais su ce qui est arrivé ce soir-là…

Le contrat d’édition : il ne faisait que trois pages. Les royalties dépendaient de paliers de ventes. Le pourcentage augmentant à mesure que les ventes seraient plus importantes. Je me renseigne pour savoir si je peux vous diffuser une copie PDF du contrat ou si ce n’est pas juridiquement faisable… Il s’agissait d’un contrat pour trois ouvrages, dont celui sélectionné pour le concours. Avec une clause intéressante : la maison d’édition s’autorisait à refuser les manuscrits suivants, sans explication. Au bout de trois refus, le contrat serait rompu. Au final, quatre mille exemplaires de l’ouvrage ont été vendus. Pas assez pour l’éditeur qui a fait en sorte de rompre le contrat !

La promotion : il ne faut pas se faire d’illusions. Mis à part les auteurs s’étant déjà fait un nom, les autres ne bénéficient pas d’un soutien sans faille de leur éditeur. C’est toujours à l’auteur de faire sa promotion ! En cela, l’édition traditionnelle ne se démarque pas de la vente par le biais d’Amazon… Il y a certes eu quelques encarts publicitaires dans des magazines non ciblés. Le plus gros du travail promotionnel est resté à ma charge. Je remercie les journaux qui, à l’époque, ont bien voulu écrire un article au sujet de mon livre : L’Alsace et les D.N.A., ainsi que France 3 Alsace pour m’avoir accueilli dans une émission diffusée le matin, une belle expérience. Je remercie également les organisateurs de la Foire du Livre de Saint-Louis pour m’avoir permis d’être présent à un stand pour signer quelques dédicaces.

Je reviendrai sur les articles dans les journaux, le passage à la télévision et la participation à la Foire du Livre de Saint-Louis.

519kcdxqvql-_sx318_bo1204203200_Mon sentiment : avant la publication du « Musée des amours Lointaines », l’éditeur m’a demandé de réaliser pas mal de corrections. Et pas uniquement des petits ajustements. Un personnage était jugé inutile, j’ai dû le faire disparaître de l’histoire. La fin a dû être transformée puisque la règle est de ne pas écrire une fin ouverte, laissant présager d’une suite. Parce que les lectrices et les lecteurs ne veulent pas qu’un auteur inconnu leur promette une suite qui ne viendra peut-être jamais ! Il est assez vexant, pour un auteur, de devoir se plier aux exigences de l’éditeur pour réécrire son livre ! Pour ce qui est de la couverture, je n’ai pas eu le choix, elle est totalement du ressort de l’éditeur… L’histoire s’est assez mal terminée. Après un an de publication, l’éditeur m’a appelé pour me demander si je voulais racheter les stocks de mes invendus. J’ai bien évidemment refusé. Quelques minutes plus tard, par SMS, j’ai reçu une photographie de ces exemplaires déchirés, en vrac, dans une benne à ordures avec ce charmant petit mot de l’éditeur : « Triste destin pour ton livre ».

N’hésitez pas à me demander d’approfondir les détails qui vous intéressent et que j’aurais manqué de développer.

 

2 commentaires

  1. Encore un grand merci pour votre article ! J’en apprends des choses sur le monde de l’édition.

    Votre article me semble bien complet et je voulais savoir si les autres candidats ont subi un sort similaire ?

    Aussi, une question plus personnelle, comment avez-vous vécu le fait que vous deviez remanier votre roman selon les critères de l’éditeur ?

    Merci d’avance,

    1. Merci pour votre enthousiasme, je suis content que ces articles vous aident, ils ont été écrits dans ce but.

      Je dois d’abord préciser que les autres candidats ont été très gentils, il y rapidement eut une grande complicité et nous avons gardé contact assez longtemps. Ceux qui sont arrivés dans les trois premiers ont connu un beau succès et ont ensuite publié un second roman avec cette même maison d’édition. Ce qui veut dire qu’ils ont vendu plus de 4000 exemplaires de leur premier livre, le seuil à dépasser pour que la maison d’édition maintienne le contrat. Mais eux aussi ont dû remanier leur roman et prendre en charge une grande partie de la promotion pour tenter de percer.

      Il est évidemment extrêmement difficile d’entendre un éditeur demander de remanier le roman. Dans mon cas il a fallu supprimer un personnage, jugé inutile par le comité de lecture et principalement réécrire la fin ! C’est un coup dur en tant qu’auteur mais on éprouve une telle joie d’être publié et on se sent tellement comme le pot de terre contre le pot de fer, qu’on ne dit rien et on exécute, pensant que l’éditeur a une meilleure connaissance de ce que les lectrices et lecteurs attendent. Avec le recul, évidemment, je me dis que j’aurais dû défendre mon manuscrit tel qu’il était, ce qui est facile à dire quelques années plus tard. Et tous les conseils de l’éditeur n’étaient pas mauvais, j’ai appris énormément de choses.

      J’en ai surtout gardé l’idée qu’il est utile d’avoir des avis extérieurs, de trouver ce que l’on appelle des « bêta lecteurs » qui décèlent les failles et les lenteurs du roman. L’auteur considère toujours son œuvre comme parfaite, mais il faut accepter les critiques et tout écrit peut être amélioré sans pour autant perdre son âme.

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