Citations Littérature

Écrivains et Style

Arthur Schopenhauer

« Avant tout, il y a deux sortes d’écrivains : ceux qui écrivent pour dire quelque chose, et ceux qui écrivent pour écrire. Les premiers ont eu des idées ou ont fait des expériences qui leur semblent valoir la peine d’être communiquées ; les seconds ont besoin d’argent, et écrivent en conséquence pour de l’argent. Ils pensent en vue d’écrire. On les reconnaît à ce qu’ils tirent le plus en longueur possible leurs pensées, et n’expriment aussi que des pensées à moitié vraies, biscornues, forcées et vacillantes ; le plus souvent aussi ils aiment le clair-obscur, afin de paraître ce qu’ils ne sont pas ; et c’est pourquoi ce qu’ils écrivent manque de netteté et de clarté. »

« Quand un homme s’acquiert de la gloire par un livre écrit en vertu d’une vocation et d’une impulsion intimes, puis devient ensuite un écrivailleur, il a vendu sa gloire pour un vil argent. Dès qu’on écrit parce qu’on veut faire quelque chose, cela est mauvais. »

« Ce que l’adresse est à une lettre, le titre doit l’être à un livre, c’est-à-dire viser avant tout à introduire celui-ci auprès de la partie du public que son contenu peut intéresser. Aussi faut-il qu’un titre soit caractéristique, et, comme sa nature exige qu’il soit essentiellement court, il doit être concis, laconique, expressif, et résumer autant que possible le contenu du livre en un seul mot. »

« La première règle d’un bon style, qui suffît presque à elle seule : c’est qu’on ait quelque chose à dire. Avec cela on va loin. »

« Si l’on doit, autant que possible, penser comme un grand esprit, il faut, par contre, parler le même langage que chacun : employer des mots ordinaires, et dire des choses extraordinaires. »

« Que les mots d’une langue s’augmentent en même temps que les idées, cela est juste et même nécessaire. Si, au contraire, le premier fait se produit sans le dernier, c’est simplement un signe de pauvreté d’esprit, qui voudrait bien dire quelque chose, mais qui, n’ayant pas de nouvelles idées, recourt à des mots nouveaux. Cette façon d’enrichir la langue est maintenant très à l’ordre du jour et est un signe des temps. Mais des mots nouveaux pour de vieilles idées sont comme une couleur nouvelle appliquée sur un vieux vêtement. »

« Les neuf dixièmes de toute notre littérature actuelle ne tendent qu’à faire sortir quelques thalers de la poche du public. Auteurs, éditeurs et critiques ont fait un pacte sérieux à ce sujet. »

« Parce que les gens, au lieu de lire ce qu’il y a de meilleur dans toutes les époques, ne lisent que les dernières nouveautés, les écrivains restent dans le cercle étroit des idées en circulation, et l’époque s’embourbe toujours plus profondément dans sa propre fange. »

« On a peine à croire à la folie et à l’absurdité du public qui néglige les plus nobles et les plus rares esprits en tout genre de toutes les époques et de tous les pays, pour lire les élucubrations quotidiennes des cerveaux ordinaires, qui éclosent chaque année en foule innombrable, comme les mouches ; et cela, parce qu’elles ont été imprimées aujourd’hui et sont encore humides de la presse. Il vaudrait mieux que ces productions restassent là abandonnées et méprisées dès le jour de leur naissance, comme elles le seront au bout de quelques années, et ensuite pour toujours : désormais simple matière à rire des époques passées et de leurs sottises. »

« Ce serait bien d’acheter des livres, si l’on pouvait acheter le temps de les lire ; mais on confond le plus souvent l’achat des livres avec l’appropriation de leur contenu. »