L’être Éternel

Le quotidien d’une âme incarnée

Où sont les âmes qui viennent de quitter les corps ? Elles s’en sont allées vers un autre espace-temps, une autre sphère, où elles continuent leur évolution sous une forme désincarnée. Il ne faut pas chercher à matérialiser, à s’imaginer ce monde et ces âmes qui évoluent sans support matériel. Nous ne découvrirons ce monde qu’une fois de l’autre côté. Cet espace n’a rien à voir avec ce que nous connaissons et même avec beaucoup d’imagination, nous ne pourrions pas nous le représenter. Cet espace, très certainement, existait avant la création de notre univers matériel. Depuis la nuit des temps (la notion de temps n’existant pas pour les âmes, mais nous sommes humains, il nous faut des repères) les âmes vivent dans leur espace. Elles évoluent, communiquent, subissent des épreuves…

Un jour, une âme, qui a déjà bien vécu, s’ennuie. Elle est là, à évoluer dans son monde. Mais plus rien ne l’intéresse. Ce sont toujours les mêmes épreuves, les mêmes apprentissages. Elle est là depuis toujours et pour l’éternité. Cette pensée la rend triste. Elle voudrait se divertir, connaître un autre monde. C’est dur d’être au sommet de la hiérarchie, dans le monde suprême, au-dessus duquel il n’y a rien, sous lequel c’est le néant. C’est bien beau d’atteindre l’apogée, la plénitude, le Nirvana, mais qu’est-ce qu’on s’ennuie là-haut ! Cette âme, nous l’avons dit, a appris tout ce qu’il y a à savoir. C’est fâcheux, il n’y a plus rien à faire, plus de but. Comble du désespoir, elle ne peut même pas mourir. Elle veut vivre de nouvelles expériences, voyager dans un autre monde. Elle pourrait aisément le faire, si seulement il existait un autre monde. Il n’y en a pas ? Qu’à cela ne tienne, elle va en inventer un.

Cette âme très évoluée et très puissante, se prend à visualiser. Elle est en colère et sur le point d’exploser, car elle ne peut plus progresser. Mais elle ne peut pas exploser, alors elle visualise une explosion, qui éclate au beau milieu de son monde. Elle visualise quelque chose qui n’existe pas, l’explosion libère une forme étrange et nouvelle. Elle va l’appeler « matière ». Elle entre dans un processus de création, elle fabrique quelque chose qui n’a pas existé avant et elle peut donc faire ce qu’elle veut, appeler les choses comme elle l’entend et leur donner la forme qu’elle souhaite. Elle ne va pas s’en priver et s’en donne à cœur joie. Elle est dans ce monde qu’elle fabrique et ne peut pas concevoir ce monde trop différent du sien. Mais ce n’est pas un problème, car ce monde est doté d’un processus très intéressant : l’évolution. Ceci va permettre à chaque âme qui voudra venir dans ce monde de faire ce qu’elle veut, des choses qu’elle ne peut pas réaliser sans être incarnée. Au fur et à mesure que le temps va s’écouler, ce monde pensé va devenir différent du monde des âmes.

Que peut-elle bien faire de cette chose, la matière, qui vient de naître dans son esprit ? Elle va la faire tourner, cette matière. Elle ne sait pas encore ce qu’il va se passer, alors elle expérimente, pour laisser faire le hasard qui décidera de ce que deviendra sa pensée ainsi matérialisée. Les divers éléments se percutent, s’unissent pour donner naissance à des entités plus grosses. Ce monde est terne, certaines « matières » s’illuminent. D’autres deviennent de plus en plus grosses. Le temps n’existe pas pour l’âme. Pour nous, cette visualisation créatrice dure des millions d’années. Mais l’âme n’est pas pressée, elle n’a rien d’autre à faire, elle est là pour l’éternité, et son petit jeu l’amuse.

Que faire, maintenant, de ces boules de matière qui s’organisent en systèmes complexes ? Elles sont bien vides ces… comment les appeler ? Va pour « planètes ». Bon, ces planètes sont bien belles, mais il faut que quelqu’un en profite. L’âme sent soudain une gêne, elle ne peut plus supporter d’être seule dans cet univers immense. Et puis, elle veut le contempler, son univers, devenir une entité plus petite qui profiterait de ce qu’elle vient de créer.

Tiens, sur cette planète il y a une drôle de substance molle. Elle est inhabitée ? L’âme va s’imaginer un personnage qui est elle, et qui va résider dans cette substance. Elle se représente sous forme de, comment se décrire : de bactérie unicellulaire. Elle est heureuse. Elle vient de créer un univers et un petit personnage qui est elle dans cet univers. Ainsi, dans ce monde qu’elle a créé, par la pensée, elle va pouvoir évoluer, subir des épreuves comme si nous surmontions des obstacles dans nos rêves et que le matin nous ayons récupéré le bénéfice de ces apprentissages, vécus dans le monde du subconscient.

Les autres âmes apprennent vite la nouvelle, car évidemment elles sont interconnectées. Elles font toutes partie d’un tout et sont ce tout. Ce que fait l’âme qui s’amuse les intéresse. Elles aussi veulent en profiter. Elles ferment les yeux et se connectent au monde qu’a créé leur amie. Les êtres unicellulaires se multiplient, comme ce jeu est amusant !

C’est bien joli de s’être matérialisé en bactérie unicellulaire, mais l’ennui arrive vite. Qu’à cela ne tienne, les âmes complexifient les premiers êtres vivants. Ça devient intéressant. On peut créer plein de formes par association. « Regardez ! Je viens d’inventer une chose qui peut bouger dans l’eau et qui est complexe. Je l’appelle poisson. » Ça y est, une mode est lancée. Dans le monde des âmes, c’est du dernier chic que de s’incarner en poisson. Les âmes apprennent de nouvelles choses à travers ce corps, comme de nourrir leur incarnation et la protéger des agresseurs. Beaucoup d’épreuves différentes, autant de leçons apprises.

Mais c’est épuisant d’être incarné et il faut de temps en temps quitter le « jeu » pour revenir au monde des âmes pures, s’y ressourcer. Alors, on invente la mort. L’âme quitte son incarnation, celle-ci n’est plus animée, on la dit morte. L’âme a acquis de nouvelles connaissances et va évoluer un temps dans son monde, avant de s’ennuyer à nouveau et de vouloir revenir sur cette Terre créée par la pensée.

« Je suis restée longtemps dans le monde des âmes », se dit celle qui revient et qui voit le choix qui s’offre à elle pour s’incarner, dans ce monde imaginé, ce plateau de jeu grandeur nature. « Qu’est-ce que j’aimerais être : un poisson ? Un lézard ? Un oiseau ? À quel moment est programmée la prochaine naissance chez cette famille de lézards qui me plaît bien ? Lors de ma dernière vie, je n’ai pas compris pourquoi les autres poissons partageaient un sentiment : l’amour. Cette famille lézard semble pouvoir m’apporter une réponse. J’en profite, le fœtus est encore libre, je peux m’y incarner. Comme c’est étrange d’avoir des pattes, de marcher, de chercher à manger, d’éviter des prédateurs. J’aime ce monde. Oh, la belle femelle lézard. Je viens de comprendre le sentiment amour. J’ai appris ma leçon, cette incarnation ne me sert plus à rien, je vais quitter ce corps. »

Bien évidemment, la Terre se crée au fur et à mesure des besoins des âmes. Le poisson devient lézard, il faut inventer la surface de la Terre, à manger, un support sur lequel marcher… C’est la pensée qui crée.

La réincarnation

Nous sommes au stade du singe. C’est déjà mieux que d’être une bactérie. Mais ces âmes qui pensent et créent sont au sommet de leur évolution spirituelle. Elles ne veulent pas se contenter d’une incarnation primitive. Une âme pense à faire se lever le singe qu’elle incarne. Il est debout, il peut se servir de ses mains. Cette entité, que l’on va appeler « Homme », est du dernier chic. La mode, c’est d’être un Homme. Il peut faire plein de choses : se servir d’outils, provoquer le feu, construire… il est le sommet de l’évolution.

Aujourd’hui encore, pour le séjour terrestre des âmes, l’incarnation humaine est le sommet. Jusqu’à ce que les âmes s’en lassent et inventent autre chose.

Pour l’heure, cet Homme est plein de surprises et les âmes apprennent beaucoup grâce à lui (dont une version plus complexe de l’amour). Que de chemin parcouru ! Bien sûr, le singe ne se lève pas n’importe quand et sans qu’il y ait un plan. Il ne reçoit pas soudain une impulsion au cerveau qui le fait se redresser. Un phénomène extérieur, produit par les âmes, enclenche une transformation dans l’esprit du primate qui découvre une nouvelle façon d’être, le conduisant finalement à devenir bipède. Ce stimulus extérieur est, par exemple dans 2001, l’Odyssée de l’espace, l’étrange cube venu de nulle part.

Ces âmes ne s’en rendent pas compte, mais elles font évoluer leurs personnages vers quelque chose qu’elles connaissent bien. Quel est l’état suprême ? C’est d’être une âme ! Les âmes sont donc parties d’une visualisation d’elles en bactéries pour faire évoluer leur pensée, la complexifier, et tendre vers une grande découverte : être une âme est un état suprême. Ce monde virtuel dans lequel nous évoluons ne sert aux âmes qu’à prouver qu’elles sont le sommet de toute évolution !

Évidemment, cette conception des choses n’est pas à notre avantage. Elle est d’autant plus complexe que tout ce que je pense est abstrait, de l’ordre du concept et totalement hypothétique. Tout ceci, il faut le retranscrire en mots humains et ce passage de la pensée abstraite au vocabulaire humain n’est pas du tout évident. Il est donc fort probable qu’il va de temps en temps y avoir des redites. Mais c’est à dessein. Car je ne peux pas tout expliquer en même temps et parfois il faudra que je revienne en arrière pour compléter une explication qui ne pouvait l’être auparavant. D’abord, il est nécessaire de préciser quelques points de vocabulaire.

Il y a le monde des âmes et le monde conscient. J’utilise le terme de monde conscient pour qualifier les êtres humains et ce qui les entoure : la Terre, l’Univers. Je restreins le champ de l’explication à l’Homme, ce qui est déjà assez complexe. Il serait difficile de dire si les animaux, végétaux et minéraux ont une âme. D’un côté, on remarque que les animaux perçoivent le monde comme nous : ils ne traversent pas les murs et ne flottent pas dans l’air (même si certains volent). Il se pourrait donc qu’ils aient une âme et qu’ainsi ils puissent, eux aussi, comprendre et contempler le monde créé par la pensée.

D’un autre côté, nous pourrions les réduire à de simples projections de la pensée, faisant partie du décor. Pourtant, il est plus probable que chaque être vivant possède une âme, chaque espèce représentant un stade de l’évolution, l’Homme étant, pour l’instant, le sommet. Du moins, c’est ce qu’il est bon de croire alors que ce n’est peut-être pas vrai. Mais comme nous sommes des Hommes, concentrons-nous sur nous. Comprenons l’Homme non pas comme un animal, mais comme un être conscient, différent de tous ceux qui ne sont pas doués d’intelligence et de la conscience de soi.

 Il faut aussi faire attention lorsque j’emploie le terme de « monde ». Il n’y a pas d’un côté les âmes et de l’autre les Hommes. Les âmes habitent les Hommes et ainsi, les deux mondes fusionnent. Il y a deux manières d’appréhender les choses, pas deux mondes juxtaposés. Ils s’interpénètrent, mais ne peuvent pas se voir, car ils sont dans des dimensions différentes. Encore une fois, ces dimensions s’interpénètrent et ne sont aucunement distantes. Lorsque vous faites un rêve, il n’y a pas d’un côté vous et à plusieurs kilomètres le rêve. Pourtant, vous ne pouvez pas être physiquement dans votre rêve.

Il en va de même pour l’âme, pour qui notre monde n’est qu’une illusion s’apparentant à un rêve, puisqu’il n’est que pensé. Le monde conscient est dans le monde des âmes, car il est une création de celles-ci. Moi, en tant qu’Homme, je perçois un monde matériel. Mais celui-ci n’est, encore une fois, que pure illusion. Une âme non incarnée ne voit pas ce monde, comme un autre humain ne peut pas voir mes rêves pendant la nuit. Ce n’est que lorsqu’elle s’incarne que l’âme peut voir et évoluer dans le monde conscient. Ce n’est qu’en mourant que nous pouvons explorer le monde des âmes.

Parlons de la réincarnation. Pourquoi une âme revient-elle plusieurs fois sur Terre et comment ? L’incarnation n’est jamais le fruit du hasard. Bien avant sa conception, le bébé à naître va être choisi par l’âme qui va l’habiter et qui prévoit sa venue sur Terre dans les moindres détails. En effet, l’on peut comparer notre monde à un jeu de simulation sur ordinateur. L’âme qui a besoin de s’incarner va devoir choisir le corps qui va la véhiculer pour que celui-ci lui permette d’évoluer. L’âme a donc un but bien précis lorsqu’elle vient sur Terre. Elle va choisir un lieu, des personnes, une situation sociale qui lui permettront d’atteindre son ou ses buts. Moi aussi, avant de commencer à jouer, je choisis les différents paramètres qui vont conditionner le scénario du jeu. Selon l’épreuve à endurer, l’âme aura besoin d’un Homme naissant dans un pays riche ou pauvre, avec des parents modèles ou méchants, dans un environnement sain ou diabolique.

Ainsi, une fois tous ces éléments choisis, l’enfant peut naître. Bien avant sa conception il est déjà contrôlé par l’âme qu’il va véhiculer. On appelle le temps que passe un Homme sur Terre sa vie, le temps qu’y passe une âme est un esprit. Le karma, lui, est constitué de plusieurs vies humaines, chacune correspondant à un esprit. C’est pourquoi l’on peut dire que la vie de chaque Homme est définie par son karma, ou plutôt celui de son âme. Ce n’est pas le seul passé d’un Homme qui fait son présent, ce sont les vies antérieures de l’âme qui l’habite. Le karma est en quelque sorte le compte épargne de l’âme, son disque dur qui retient chaque fait et geste. Le corps humain n’est qu’un véhicule pour l’âme.

Donc, selon les épreuves que l’âme doit passer ou les problèmes qu’elle doit résoudre, elle choisit d’habiter l’humain qui réunira les conditions nécessaires à son évolution. Si la vie précédente était vertueuse, la suivante sera une récompense et se déroulera dans les meilleures conditions. Si, au contraire, la précédente a été pleine de péchés, l’actuelle sera difficile, pour se racheter. L’Homme n’est alors qu’un outil de rédemption. Ce n’est pas de sa faute si sa vie est difficile, c’est que son âme doit en passer par là. Si l’Homme améliore sa situation, ce n’est pas lui qui aura une meilleure vie par la suite, c’est son âme qui en bénéficiera.

Ce ne sont donc pas des individus physiques qui se réincarnent, mais des âmes qui changent de véhicule à chaque étape. Une fois sa mission accomplie, le corps humain meurt et l’âme programme une nouvelle naissance pour sa prochaine étape. Pourquoi l’âme ne choisit-elle pas tout de suite, comme première vie, un humain exemplaire ? Et qu’est-ce que le Nirvana ?

Les réponses et les preuves ne se trouvent pas dans les strates géologiques ni sur une autre planète. Elles sont localisées dans le monde spirituel.

Le karma

Chaque seconde, le karma décide du présent. Le karma est cette entité qui suit notre âme tout au long de son évolution.

Le karma prend en note la moindre de nos actions, de nos pensées, de nos gestes. Il consigne tout et n’oublie rien. À chaque instant, il regarde ses notes pour décider de ce que doit être le présent. Il a une vision globale de toutes ces secondes qui se sont écoulées depuis ma naissance et de chaque centième de seconde qui s’est égrené depuis la première venue de mon âme sur la Terre. Le karma sait tout et c’est lui qui décide du présent. Il en décide en regardant si nous devons subir une épreuve douloureuse ou au contraire si nous avons le droit à un présent fait de bonheur. Surtout, il ne faut pas dire que le karma choisit de nous punir ou de nous récompenser. Chacun a le droit de faire des erreurs, comme il a le choix de faire sa bonne action quotidienne. Il n’y a ni carton rouge ni carton jaune. D’ailleurs, on tire une plus grande leçon d’un échec que d’une réussite.

Simplement, nous avons le présent qui coïncide le mieux avec notre passé.

Mais alors, comment se fait-il que je puisse prendre la décision de changer et de faire comme si je remettais, à la naissance, les compteurs à zéro pour mener une nouvelle vie ? Comment influer sur le présent de manière autre que ce qu’a décidé mon karma ?

Imaginez. Stoppez le temps. Vous êtes votre karma et vous émettez maintenant l’hypothèse la plus probable pour votre futur, disons, dans une semaine. Vous avez un bon travail, l’ambiance entre collègues y est excellente, vous vous plaisez dans votre bureau et votre patron est tout à fait conscient de la qualité de votre travail. Voilà des éléments du présent. Quel est le futur le plus probable, sachant cela, mais sachant aussi tout ce que vous avez fait dans vos vies antérieures et dans le passé de cette vie-là ? Vous êtes votre karma, qu’allez-vous écrire dans le livre de votre avenir ? Dans une semaine, il est fort peu probable que vous vous retrouviez sur la chaise électrique. Imaginez le futur le plus probable.

Maintenant, le temps se remet en marche. Et vous comprenez quelque chose de plus. Votre karma a su déterminer le futur le plus probable, au confluent de tous vos passés : l’instant présent. Mais une seconde plus tard, celui-ci fait partie du passé. Et dans cette seconde, qui est plus tard, vous risquez de faire un geste ou d’avoir une pensée qui ne rend plus du tout crédible le futur le plus probable imaginé, une seconde plus tôt, par votre karma. Ce dernier doit donc tout réécrire en prenant en compte cette seconde où vous avez eu une pensée qui a modifié votre futur. La seconde suivante, vous avez une autre pensée, qui rend à nouveau obsolète le futur le plus probable que votre karma vient juste de réécrire. Et ainsi de suite.

Premièrement, on constate le difficile travail du karma. Il doit prendre en compte votre passé, au sens large, pour écrire l’instant présent et cet instant présent qu’il vient de créer pour imaginer votre futur. En plus, vous ne trouvez rien de mieux à faire que de modifier votre futur à chaque instant présent.

Deuxièmement, nous avons découvert que l’on peut changer le futur. Et on ne peut évidemment le modifier que d’une seule manière : en agissant dans le présent. Penser à son futur c’est bien, se donner les armes, dans le présent, pour le réaliser, c’est mieux.

Imaginons que vous soyez allongé sur votre lit. Vous laissez votre imagination vagabonder. Vous imaginez, pendant de longues minutes, votre vie en tant que magnat du pétrole, dans cette immense villa avec piscine, avec tout cet argent que vous ne pourrez pas dépenser en une seule vie. Vous imaginez une vie luxueuse. Votre karma est à côté de vous et il prend des notes. Mais ce n’est pas pour autant qu’en écrivant votre futur il inclura toutes ces pensées pour les réaliser. Ce ne sont que des pensées, elles ne peuvent agir sur le futur que si vous vous donnez les moyens de les concrétiser dans le présent.

Le karma enregistre tout, mais si ensuite vous retournez au travail sans penser à changer, à agir, pour atteindre la réalisation de votre fantasme, votre karma écrira votre futur comme reproduction du passé et non comme les espérances pensées. Par contre, si vous agissez dans le présent, dans le sens de votre pensée, le karma prendra en compte vos actions. Vous claquez la porte de votre job et vous partez au Texas prospecter l’emplacement de votre premier puits de pétrole. Votre karma, pour écrire le futur le plus probable, remarque que vos actes et vos pensées vont dans la même direction, il écrit donc un futur où vous êtes dans votre piscine chauffée, au milieu de votre immense propriété texane. (L’exemple est volontairement extrême.)

Il y a une autre révélation. Vous agissez chaque seconde en modifiant le futur qu’avait prévu votre karma. Mais vous ne vous en rendez pas compte. Tout va trop vite et vous n’avez pas les notes en main. Le futur coule naturellement. Vous n’imaginez pas que le présent aurait pu être autrement. Pourtant, chaque seconde, vous modifiez celle qui suit. Vous n’en avez pas conscience, car c’est le travail de votre karma que de tout gérer. Ceci implique aussi que tous nous sommes capables de lire notre avenir. Nous avons la capacité de savoir ce que notre karma a prévu comme futur le plus probable.

En effet, le karma n’est pas un scribe qui s’installe à côté de nous avec son petit cahier de notes et avec qui nous ne pouvons pas parler. Le karma est logé dans notre subconscient et il n’attend qu’une chose : qu’on vienne lui poser des questions. Il faut donc aller au plus profond de soi et produire un énorme travail de concentration pour arriver à lire les notes de notre karma, savoir ce qu’il a prévu. Le problème se pose alors de savoir si, en les lisant, nous n’allons pas modifier notre futur. Déjà que sans rien savoir nous modifions le futur prévu par notre karma chaque seconde, que se passerait-il si nous connaissions le futur ? Nous nous empresserions de le modifier.

Comme le dit Gustave Flaubert : « L’avenir est ce qu’il y a de pire dans le présent ». Imaginons que je puisse voir mon futur, celui prévu à l’instant présent, et que je me vois grand chanteur à succès, avec des millions de fans. Dans le présent, je vais me dire que ce futur est acquis et je ne vais pas trop me fatiguer. Mais en n’agissant pas, je ne fais pas toutes ces expériences, dans le présent, tous ces gestes qui ont permis à mon karma d’écrire ce futur. Car mon karma doit aussi imaginer les expériences que je vais devoir vivre pour concrétiser mes rêves. Il prévoit de mettre sur ma route les épreuves qu’il faudra, ce que nous appelons le hasard, notion que nous aborderons plus loin. Si je connaissais ces épreuves à l’avance, elles n’auraient plus aucun intérêt.

L’éternel présent

Le futur se construit à chaque instant, dans le présent. Il est difficile de constater que chacun de nos gestes, chacune de nos pensées, peuvent modifier le futur. Il est pourtant rassurant de savoir que l’on peut modeler ce futur. En sachant cela, il devient inutile de lire dans l’avenir, puisque nous pouvons créer, dans le présent, chaque seconde, l’avenir que l’on veut.

Il faut bien faire attention de vivre pleinement chaque instant présent, car là sont réunis notre passé et notre futur. Vivre dans le passé, vivre dans le futur, c’est vivre dans son imagination. Agir dans le présent, c’est faire vivre matériellement le passé et préparer concrètement le futur.

C’est parce que le karma est en charge de connaître le passé et de l’analyser, pour établir l’instant présent, que chaque seconde est imperceptible. On ne se demande pas chaque seconde comment et pourquoi. Le karma se charge du passé et construit l’avenir pour définir l’instant qui est vécu par nous, sans que nous ayons à y penser. C’est ainsi qu’il ne faut pas s’affoler lorsque le temps s’accélère. Chaque instant sera vécu en temps et en heure, pour l’éternité. Il faut agir selon ce que dicte l’inconscient, sans se soucier du temps, donc sans se soucier de l’avenir.

Le temps n’existe pas de manière concrète, ce n’est qu’une création de l’humain, qui cherche toujours à se situer entre un passé et un futur. Ce n’est pas à la conscience de réfléchir au meilleur emploi à faire du temps. Car la meilleure méthode est de savourer l’instant, peu importe ce qu’on en fait, pourvu que l’on suive son intuition. « La vraie générosité envers l’avenir, c’est de tout donner au présent. », disait Albert Camus. C’est bien la conscience qui perd lorsqu’elle joue avec le temps. Lorsqu’elle veut régenter le temps, elle le fait par rapport à un futur imaginaire et non probable. La perte d’équilibre est ainsi le moment où la conscience prend le dessus. C’est pourquoi l’état de conscience est si difficile à définir.

À cet instant, lorsque je me sens bien, j’ai l’impression d’être conscient et de maîtriser ce que je fais. Au contraire, je profite de ces secondes qui passent, car je laisse parler mon karma, et non parce que je les contrôle. Je le laisse utiliser l’instant comme il le veut. En échange, il me fait croire que je suis conscient, que j’ai la maîtrise. C’est ce que veut mon karma. Le corps humain n’est qu’un canal qui permet à l’âme de passer ses épreuves sur Terre. La conscience, telle que nous devrions l’entendre, est ce que nous appelons la mémoire. La conscience, c’est ce que l’on apprend dans une vie, les connaissances nécessaires pour le passage de l’âme sur cette terre. Pour réussir des examens, j’ai besoin d’une certaine somme de connaissances. Mon karma les a déjà en lui, de par ses vies passées. Mais je n’ai pas la capacité de chercher ce savoir dans ces vies. Alors, j’apprends mes cours pour que ces connaissances soient présentes en moi dans cette vie, utilisables par ma conscience.

La conscience se sert de ce que j’apprends dans cette vie. Ces connaissances sont bien sûr infimes face à ce que sait mon karma. Mais la conscience n’est qu’une petite partie de l’être que nous sommes.

Seule l’âme pure peut supporter le Savoir, celui contenu dans cette vie et les précédentes. Le cerveau humain n’en est pas capable. L’Homme a besoin d’une toute petite quantité de savoir pour vivre et faire son devoir de véhicule. À l’âme le rôle de tout connaître, en permanence. L’Homme conscient relève de l’acquis, alors que l’âme relève de l’inné. Ceci ne réduit en rien l’importance capitale que joue l’Homme dans cet univers imaginaire. Un univers qu’il ne peut voir que par le biais de l’inné, par les connaissances qu’apporte le karma à la conscience. C’est pourquoi l’Homme ne peut pas trouver la réponse de l’origine de l’Univers. Car le jour où il trouvera, il soulèvera le voile qui le sépare du monde karmique et le théâtre qu’il connaissait s’effondrera. Pourtant, l’Homme évolue, car il cherche la réponse. On en revient à ce fait établi qu’en évoluant sur Terre, l’âme aboutira à une seule réponse : la perfection qu’elle cherche, c’est elle.

Et pourtant, chaque jour, nous obéissons à un rythme fondamental, celui de la vie. C’est ce rythme qui nous connecte aux autres, à la nature, à l’Univers. Chaque galaxie tourne autour d’un noyau, chaque planète gravite autour de son soleil, chaque humain vit au rythme de centres de gravité. Dans un groupe, il y a toujours un individu plus attractif, plus charismatique, autour duquel les autres gravitent. C’est le rythme de la vie. Je suis astreint à obéir à mes besoins naturels de manger, boire, dormir, aller aux toilettes et me laver. Je dois me plier aux conditions atmosphériques : s’il pleut, neige, ou si sévit une canicule. Je suis l’esclave de mon corps physique : s’il est malade, fatigué, dépressif… Tout ceci me concerne en tant qu’individu.

Dès que je sors de chez moi, je me plie au rythme des autres : mon chef, ma famille, mes amis… Et bien sûr, chapeautant tout cela, il y a la nature. En me levant le matin, je n’ai pas besoin de montre, car je connais le rythme de ma journée, tout ce que je dois faire. Je sais aussi l’importance des imprévus liés aux autres, à la nature et parfois à moi-même. L’heure n’est qu’une division du temps factice, qui nous sert à organiser le rythme de la vie, à le standardiser à l’échelle planétaire. Tout irait mieux si chacun suivait son instinct, écoutait son rythme biologique. Tout serait fait dans les temps. Malheureusement, pour vivre en communauté, les humains doivent s’imposer une frustrante limite de temps.

La Nature est-elle consciente ?

Nous savons maintenant que ce qui différencie l’être humain des autres animaux est le fait qu’il ait une conscience. Cette faculté lui permet de prétendre diriger les autres espèces animales. Il est capable de s’adapter au monde qui l’entoure, d’évoluer, de garder une mémoire historique. Cette intelligente peut occasionner autant de bien que de mal.

Au-dessus de l’humain, il y a la Nature. Elle est bien entendu omniprésente et influe sur notre devenir. Elle est plus puissante que nous. Si l’être le plus évolué de la Nature, l’Homme, a une conscience, pourquoi la Nature n’en aurait-elle pas ?

Tout d’abord, que signifie ce mot « Nature » avec une majuscule ? Sa première définition est à la fois la plus simple et la plus commune. Sous le terme de Nature sont regroupées toutes les facettes de la nature : le vent, la pluie, le soleil, les êtres vivants, les végétaux, les minéraux, les planètes, la poussière, la neige, l’air… Il est impossible de tout citer, c’est pourquoi avec son grand « N », le mot Nature nous simplifie les choses en regroupant tout. Et lorsque j’emploie le mot « tout », c’est à dessein. En effet, qu’est-ce qui ne fait pas partie de la Nature ?

Pour mieux comprendre, arrêtez-vous de lire, cessez toute activité. Assis, couché ou debout, restez là, immobile, les yeux ouverts, et contemplez ce qui vous entoure. À l’extérieur ou à l’intérieur, en plein jour ou de nuit, l’exercice a les mêmes effets. Essayez d’établir une liste impossible : tout ce qui appartient, à cet instant, à la Nature. C’est insurmontable, car il faudrait commencer par soi : le sang, le cœur, les cheveux, les yeux, le nez, les pieds… Puis continuer par ce qui est extérieur et visible : un arbre, une armoire, la table, la télévision, le chien… Et finir par ce qui est invisible : les atomes, l’air, les ondes électromagnétiques. Même si vous arriviez à tout décrire, vous oublieriez ce que vous ne pouvez pas soupçonner, ce que l’être humain, malgré son intelligence, n’a pas encore découvert.

La Nature a-t-elle une conscience ? L’Homme fait partie de la Nature, la Nature l’englobe, l’Homme a une conscience, la Nature a donc une conscience à travers l’Homme. Très bien, cette réponse est tout à fait satisfaisante… si l’on date l’origine du monde et de la Nature (la Nature est le monde) à la naissance de l’humanité. Bien avant, la Nature se débrouillait toute seule. Les dinosaures n’étaient pas conscients, mais ils étaient la Nature. Il faudrait donc que la Nature ait une autre source de conscience que l’Humain pour expliquer son évolution (à la Nature) jusqu’à nos jours.

Partons, pour notre débat, du principe que la Nature a une conscience. C’est une bonne méthode pour prouver une hypothèse que de montrer qu’elle fonctionne parfaitement et que son contraire est impossible. La Nature est consciente, et, comme tout être conscient, elle vit. La vie est un organisme qui naît, progresse, atteint son apogée, décline et meurt. Il en va de même pour la Nature. Regardons comment le joyau actuel de la Nature, l’Homme, a évolué. Car l’Homme reproduit à petite échelle ce qu’a été, est et sera l’évolution de la Nature.

J’ai déjà beaucoup parlé de la chance que nous avions d’avoir une conscience. Il est facile de concevoir que les animaux fassent partie d’un rêve. Par contre, la conscience est un état de veille dans le monde visualisé par les âmes, incontrôlable dans une certaine mesure. Souvenons-nous que tout commence par une âme qui s’ennuie et qui, pour retrouver le goût de l’évolution, crée l’univers, les planètes, les êtres vivants. Les âmes ne font pas comme nous, lorsque nous nous couchons, fermons les yeux et laissons-nous rêves faire ce qu’ils veulent. Les âmes sont conscientes en permanence. Elles sont conscientes d’imaginer un monde fictif où des êtres évoluent. En dotant l’Homme de conscience, elles lui demandent de les surprendre, de leur montrer le chemin de leur propre évolution. Nous avons acquis une certaine autonomie qui nous permet de faire des choix et de prendre des décisions.

Les âmes elles-mêmes sont sans doute quelque fois surprises par notre attitude. Et c’est justement le but recherché. Si elles nous imaginent pour évoluer, c’est qu’elles cherchent quelque chose qu’elles ne connaissent pas. En imaginant des animaux sans conscience, elles ont mis en scène ce qu’elles sont. Comme dans nos rêves. Pendant la journée, nous faisons un certain nombre d’expériences. Nous en comprenons la plupart. Mais nos rêves mettent en scène ce que nous ne voyons pas, ce que notre inconscient retire de tout ce que nous traversons. Les âmes aussi ont vécu de nombreuses expériences. Pour les assimiler, elles ont imaginé des personnages qui mettent en lumière toute la portée de leurs expériences.

Puis il y a des moments où je prends peur. Par exemple maintenant, alors que je constate que je serais capable d’écrire mes mémoires, avec précision, en parlant uniquement de ma vie imaginaire. J’ai peur, parfois, que tout bascule et que je ne sache plus faire la distinction entre la réalité et la fiction. Dans ces moments-là, je tente de me raisonner en jurant de garder les pieds sur terre et de ne plus partir dans mes délires. J’ouvre les yeux et je constate que je n’ai pas réellement envie de vivre parmi les strass et les paillettes. J’aime ma vie telle qu’elle est. Je ne vois, dans cette vie, rien à redire et je fais la promesse de ne plus sombrer dans l’imagination. Ce n’est qu’une utopie. Mon monde imaginaire est ma drogue. Il me faut ma dose quotidienne. Certains boivent, d’autres fument, d’autres encore se piquent, moi je m’imagine. C’est un moyen de fuir la réalité. Je ne veux pas oublier ma vie qui, en elle-même, est un rêve. Je veux oublier ma condition humaine. Je trouve qu’il est très difficile de supporter ce qui nous distingue des animaux, ce qui est notre chance et notre fardeau : la conscience.

Ce monde est comme l’imagination de l’Homme. Grâce à mon imagination je peux supporter plus facilement les épreuves. Lorsque quelque chose ne va pas, je me réfugie dans ce monde. Dans mon univers imaginé, je suis capable de tout faire, il n’y a aucune barrière. Ce qui est étrange c’est que, ce que je vis dans mon esprit, je peux le considérer comme arrivé réellement. Ce n’est pas une vie par procuration. Mon univers imaginaire n’est pas non plus une seconde vie totalement à part. Simplement, lorsque je suis dans cette autre dimension, je peux être plus que moi.

Ce n’est pas un univers séparé de la réalité quotidienne. Ce n’est pas parce que j’imagine une chose que, lorsque je redescends sur Terre, elle se réalise. Pourtant, il y a tout un mécanisme qui joue pendant que je suis dans mon monde imaginaire. Ce que je suis et ce que je découvre de moi dans mon monde imaginaire se traduit en partie dans le monde « réel ». Ou alors est-ce le monde « réel » qui se traduit dans mon imagination, mais de manière amplifiée, pour me faire découvrir certaines choses que je ne vois pas à l’échelle du quotidien ? Il est certain que, dans mon monde imaginaire, j’ai fait beaucoup de grandes découvertes sur moi-même et sur les autres. C’est un autre avantage de mon imagination. Maintenant, savoir qui du réel ou de l’imaginaire influence l’un ou l’autre…

Il y a donc, dans ma vie, ce monde imaginaire qui fait partie de moi et que je ne peux pas quitter. Je suis comme les âmes. Par mon imagination, je peux comprendre tout ce qui se passe dans ma vie, en exagérant les traits les plus importants qui, ainsi, passent de l’inconscient au conscient. Mais le pouvoir de l’imagination est tel qu’il peut influer sur mon avenir. C’est ce qui se passe lorsqu’une âme s’incarne. Elle dote le karma de son véhicule d’une certaine charge émotionnelle par rapport à ce qui a été vécu précédemment et ce qu’il faut vivre. Les animaux permettent aux âmes à mettre en lumière leur savoir. Les humains, conscients, permettent de se projeter dans des expériences purement mystiques et de découvrir des choses qu’il est impossible de trouver dans la réalité. Nous avons une certaine autonomie, car les âmes ne nous contrôlent pas totalement. En nous dotant d’un karma, elles ont passé leur commande, elles ont dicté ce qu’elles voulaient vivre. Leur pensée est créatrice. Elles veulent atteindre un objectif, comme nous. Et tout comme nous, elles ne contrôlent pas le chemin qui mène à cet objectif. Ce qui les rend plus puissantes que nous, c’est qu’elles connaissent le but à atteindre. Comme je l’ai dit, elles mettent tout en œuvre pour atteindre leur but, c’est le hasard prédéterminé. Mais avec sa conscience, l’humain ouvre de nouvelles voies, qu’elles n’avaient pas prévues. Nous avons le choix.

Les âmes nous contrôlent. Le karma nous oriente. Nous faisons évoluer les âmes et nous imprimons notre marque dans le karma qui nous a été donné. L’Homme est conscient. Les âmes qui nous gouvernent sont conscientes. La Nature est donc consciente.

La destinée

 

Le libre arbitre est une faculté de la volonté humaine à se déterminer librement, à agir et à penser. Le thème principal de ce chapitre sera donc la liberté qui nous est laissée de choisir notre chemin, notre destinée. La religion n’est pas opposée au concept de libre arbitre, utile pour disculper Dieu de la responsabilité du Mal, en l’imputant à sa créature. Mais il ne faut pas associer le libre arbitre avec le Mal, avec le péché, ce n’est pas un synonyme de « mauvais choix », bien au contraire. Faisons un petit tour d’horizon de ce qu’ont écrit certains auteurs du passé concernant le libre arbitre.

Pour Augustin d’Hippone, « la volonté libre fait la dignité de l’Homme, même si ce dernier peut en abuser ». Pour déterminer quels types d’abus nous pouvons faire de notre libre arbitre, il faut déjà réussir à délimiter dans quelles conditions le libre arbitre s’applique. Remarquons, dans un premier temps, qu’on ne parle pas de libre choix ! Nous ne pouvons pas choisir n’importe quelle route. La destinée nous fait arriver jusqu’à un carrefour où nous devons arbitrer entre deux, voire trois ou quatre chemins différents. Ils font tous, d’une manière ou d’une autre, partie de notre destin. Notre rôle est d’emprunter, librement, par nous-mêmes, la voie que nous désirons suivre. Pourtant, jamais nous ne pourrons choisir une voie hors de celles proposées pour accomplir notre Mission.

La destinée serait donc un peu comme ces livres qui permettent de choisir, à chaque page, quelle sera la suite de l’aventure. Souvent à l’aide d’un dé, c’est donc le hasard qui prend le pouvoir. Une analogie plus contemporaine nous permet de voir le livre de notre destinée comme une page Internet remplie de liens hypertextes. À chaque moment, nous avons la possibilité de continuer avec le même texte ou de cliquer sur un lien qui nous transporterait dans une autre dimension. Nous marchons sur le chemin de la vie. Nous sommes des randonneurs qui, parfois, doivent faire un choix. Notre route est tracée, nous pouvons nous contenter de la suivre telle qu’elle a été prévue. Pourtant, l’être humain a la capacité de choisir une route différente. Le destin lui demande d’arbitrer, souvent entre une suite logique ou une déviation.

Aristote et les autres penseurs grecs n’utilisent pas le terme de libre arbitre à proprement parler. Ils évoquent plutôt la notion d’acte volontaire. Après la métaphore du chemin de terre, nous pourrions imaginer la destinée comme une barque. Nous sommes là, assis dans cette embarcation, à suivre le cours d’un fleuve qui va plus ou moins vite. Et puis, de temps en temps, il y a des embranchements. Le courant nous transporte autoritairement dans une direction. Mais à coups de rames, par la force de notre volonté, nous pouvons nous diriger vers l’autre possibilité, l’autre choix, l’autre vie. Quand la volonté est faible, nous nous laissons simplement porter par le courant. Il est possible de vivre toute son existence dans cet état, sans prendre de décision, restant passif au regard de ce qui nous arrive. On ne vit pas forcément mal, dans ces conditions. Il est même parfois enviable de penser que nous pourrions juste nous allonger dans la barque, laisser les rames à l’intérieur et voir ce que la destinée nous réserve, au gré du courant.

Bien entendu, il faut aussi s’arrêter un instant pour se poser la question : le libre arbitre existe-t-il ? Thomas d’Aquin veut prouver la réalité du libre arbitre. Il trouve d’abord une preuve morale, dans le fait que l’Homme est moralement responsable de ses actes. De ce fait, il est libre, puisqu’il n’y a pas d’action propre sans une certaine liberté. Si nous n’étions que des esclaves de la destinée, ces lignes ne seraient même pas écrites ! Nous ne serions que des machines, exécutant un programme déjà entièrement écrit et dont nous ne pourrions pas dévier. Thomas d’Aquin souligne aussi que l’Homme n’agit pas par instinct, mais qu’il sait prendre des décisions après mûre réflexion. Il n’en reste pas moins que l’Homme garde parfois des réflexes instinctifs. Ce sont les acquis de l’évolution qui nous permettent, par exemple, de nous défendre contre un danger venu de l’extérieur.

L’Homme n’est pas un animal comme les autres. Il peut réfléchir et agir en son âme et conscience (selon l’expression consacrée). Pour Thomas d’Aquin, choisir c’est se déterminer, par l’intelligence, entre plusieurs possibilités. Il arrive parfois que nous n’ayons pas envie de choisir. Pourtant, l’idée de s’allonger dans la barque de la destinée et de se laisser faire est utopique. Nous vivons dans un monde, dans un environnement qui ne permettent pas de se laisser totalement porter par le courant. Des centaines, voire des milliers de fois par jour, nous devons faire des choix, plus ou moins importants, aux conséquences plus ou moins graves. Mais les choix ne se font pas forcément entre le Bien et le Mal, entre le bon chemin et le mauvais. Une des preuves de l’existence du libre arbitre est que, parfois, nous devons départager deux biens d’égale valeur.

Pour Leibniz, choisir arbitrairement est une aberration, est irrationnel. Il n’y a de choix que pensé et responsable, pour prendre la meilleure route. Notre libre arbitre n’a pas de conséquences uniquement pour notre propre existence. Chaque décision que nous prenons change non seulement le cours de notre vie, mais affecte aussi nos proches. Nous prenons des centaines de décisions chaque jour. Chacune n’a pas la même importance, beaucoup ne sont que minimes. Pourtant, toutes définissent notre futur proche ou lointain. Il ne faudrait pas se poser et réfléchir uniquement lorsque nous nous trouvons face à de grandes questions. Chaque petit pas a son importance. Il faut que l’esprit conscient et rationnel reste en éveil permanent. Nous devons nous rendre compte que le libre arbitre n’est pas une notion abstraire, mais qu’il s’applique à chaque décision que nous prenons.

Il y a du libre arbitre dans le fait de se réveiller le matin, puisque nous pourrions choisir de rester au lit. Il y a du libre arbitre dans le choix que nous faisons de commencer la journée en buvant du thé ou du café. Aucune question, aucun acte n’échappent au libre arbitre. Nous sommes responsables de chaque décision que nous prenons, aussi insignifiante soit-elle. Mais quel est le rôle de la destinée ? Certains choix ne sont-ils pas prédéterminés ?

Spinoza a remarqué que le sentiment de liberté de l’Homme est dû au fait qu’il n’a connaissance que des causes immédiates des événements rencontrés. Nous ne pouvons prédéterminer que le futur proche. Il en découle deux conséquences. Nos décisions sont basées sur ce que nous savons du présent et du passé. Une telle restriction peut limiter notre champ d’action dans le futur. Parce que nous ne pouvons pas imaginer ce qui sort du schéma présent. Mais aussi parce que nous ne pouvons pas prévoir tous les obstacles ou les coups de pouce qui nous attendent à l’avenir. Notre libre arbitre nous permet de nous fondre dans ce que la vie nous propose. La destinée est peut-être écrite et notre liberté de jugement ne servirait qu’à décider de la meilleure manière de s’y conformer.

Pour certains, seul le déterminisme nous gouverne. Chaque événement serait déterminé par un principe de causalité. L’état présent de l’univers est la cause de ce qui va se produire. Le déterminisme, c’est la prédictibilité. Suivant cette tendance, il serait donc parfaitement possible de connaître l’avenir en se basant sur les événements passés et les conséquences qui s’enchaînent de manière totalement logique. Mais alors, pourquoi ne pas avoir développé une science rationnelle qui pourrait, sans faille, prédire l’avenir ? Pourquoi ne pas avoir fait de l’astrologie une science dure, tangible, qui instituerait les lois de l’avenir, comme nous savons déduire les lois physiques qui nous régissent ?

L’incapacité des déterministes à fonder une science de l’avenir est une autre preuve que le libre arbitre est bien réel. C’est à cause de lui qu’il est impossible de prédire avec assurance ce qui va se passer. Il y a cette petite variable, propre à l’Homme, qui nous empêche de nous projeter parfaitement dans l’avenir. Nous connaissons quelques grands traits de notre futur. Il existe tout de même des lois que les animaux non doués de raison ne soupçonnent pas, ce qui nous donne une certaine supériorité, des avantages. Nous connaissons le cycle de la vie : la naissance, la maturité, la mort. Ce sont des étapes par lesquelles nous passons tous. Les animaux n’ont pas conscience de ce fondement de la vie. Ils n’existent que dans le présent. Leurs choix ne sont conditionnés que par l’expérience passée et par la nécessité de l’instant. Jamais par l’avenir.

C’est grâce à une expérience passée que certains animaux font des réserves, durant l’été, pour anticiper le manque de nourriture de l’hiver. Ils ont conscience des cycles météorologiques, sans savoir les prédire. Ils font des réserves parce que, d’instinct, ils savent qu’il faut profiter de la période où les fruits sont mûrs pour engranger assez de réserves. Ils ne savent pas quand finira la bonne saison et quand les temps plus difficiles arriveront. Leur programme est beaucoup plus basique : quand il y a des fleurs, il faut produire du miel. Cette pratique se révèlera salvatrice durant l’hiver, quand il n’y aura plus rien d’autre à manger que les réserves de la ruche. Seuls les humains récoltent et stockent le blé parce qu’ils savent, à l’avance, qu’ils en auront besoin durant l’hiver. La plupart du temps, l’Homme est conscient de la raison pour laquelle il agit.

Mais l’Homme est imparfait dans sa maîtrise du passé et sa capacité à anticiper. C’est ce qui a causé l’extinction de la plupart des civilisations qui ont peuplé cette Terre. Nous pouvons être conscients d’avoir pris le mauvais chemin, sans pour autant décider de dévier vers une autre voie. Le libre arbitre, c’est aussi cela : la capacité de prendre une mauvaise décision et de s’y tenir, consciemment, connaissant les effets désastreux de la route que nous empruntons. Nous avons conscience que la surexploitation de la terre et toute la pollution que nous rejetons dans l’atmosphère seront les causes de notre perte, comme cela l’a été, par exemple, pour les habitants de l’île de Pâques. Nous tenons parfois une ligne directrice totalement illogique qui nous conduit au pire, mais nul n’utilise son libre arbitre pour éviter la catastrophe.

Toutes les technologies que nous mettons au point ont une certaine capacité de nuisance. Mais nous savons tout de même limiter les drames écologiques que nous créons. Aujourd’hui, c’est notre libre arbitre qui nous fait choisir consciemment d’épuiser les ressources de pétrole. Nous avons d’autres moyens à notre disposition et pourtant, nous continuons consciemment à vider la terre de sa substance pour polluer notre atmosphère. Et j’écris bien « nous », parce que la mondialisation ne concerne pas seulement l’économie humaine. Nous sommes responsables de toutes les décisions qui sont prises. Personne n’est innocent. Personne ne peut être disculpé. On peut utiliser son libre arbitre pour, à la fois se rendre compte de ce qui va se passer, d’un crime environnemental et choisir de ne pas agir. Ceux qui agissent mal, autant que ceux qui restent indifférents, sont coupables.

Ceci fait peut-être de moi un fataliste. Après tout, le fatalisme est assez répandu, depuis toujours et pour longtemps encore. Combien pensent, inconsciemment ou non, que la destinée est écrite de manière inconditionnelle et que nous ne pouvons rien y changer ? Être fataliste est un choix. C’est décider de choisir ce chemin dont l’idée directrice est qu’on ne peut rien faire contre le destin ! Alors, dans cet état d’esprit, et devant chaque carrefour que la vie nous propose, nous oublions notre libre arbitre et choisissons la route la plus en accord avec notre passé. Si j’ai toujours manqué de chance, si j’ai toujours rencontré des difficultés, quand deux voies vont s’offrir à moi, je vais choisir la plus dure, parce que c’est ainsi que mon passé m’a construit. Au contraire, si je suis né sous de bons auspices, que j’ai toujours eu de la chance, à chaque croisement je vais prendre la route la plus riche, la plus heureuse, la plus facile.

C’est incroyable, mais la plupart des gens n’utilisent pas leur libre arbitre pour choisir quelque chose de différent de ce que la vie leur a imposé. Pourtant, chacun est capable de prendre une route opposée. Pourquoi, si la vie nous propose des choix, serions-nous obligés de rester sur la voie que nous connaissons ? Pourquoi ne pas prendre la tangente et changer radicalement de vie ? Nous en sommes capables, alors pourquoi ne pas le faire ? Certains abandonnent tout simplement leur existence à la destinée. D’autres, heureusement, ont la force de caractère nécessaire pour changer et évoluer. Combien sont ceux qui, partis de rien, ont désormais plus de richesse qu’il n’en faut ? Ils ont utilisé leur libre arbitre à bon escient. À un moment donné, ils ont choisi la bonne voie. Pas celle correspondant à leur état initial : la pauvreté. Mais celle d’une vie meilleure, dans la richesse et l’opulence. Tout le monde est capable de faire ce choix. Tout le monde peut changer sa vie en mieux. Pourquoi ne le faisons-nous pas tous ?

Le fatalisme est prégnant, à la fois chez ceux qui croient qu’une entité divine leur impose leur vie que chez ceux qui, depuis les Lumières, pensent que tout est déterminé par notre condition d’origine, notre éducation et notre caractère. Le libre arbitre est, comme son nom l’indique, la liberté de choisir une vie différente. La plupart des humains choisissent, de manière totalement irrationnelle, de ne pas vivre la vie qu’ils désirent, mais celle que la naissance leur aurait soi-disant imposée. Pourtant, que ce soit Dieu ou notre éducation, personne ne peut nous imposer une existence. Ce sont les choix du quotidien qui nous déterminent. Et chacun peut, maintenant, dès cet instant, décider que sa vie n’est pas celle qu’il veut. Chacun a le libre arbitre de prendre les choses en main et de changer de voie, d’aller vers ce qu’il désire vraiment. Encore une fois, pourquoi n’utilisons-nous pas plus souvent notre capacité à changer ?

Après tout, « le libre arbitre est le privilège des êtres raisonnables. Les animaux en sont entièrement dépourvus et subissent la servitude de leurs penchants naturels. » (Saint Bonaventure). Le libre arbitre est d’abord un juge. Il nous permet de prendre conscience du chemin que nous empruntons et des carrefours qui s’ouvrent devant nous. Souvent, si ce n’est en permanence, nous avons le choix entre au moins deux voies. Lorsque nous laissons faire la destinée, nous étouffons le libre arbitre. Nous préférons vivre notre existence telle qu’elle a été déterminée par notre passé plutôt que de prendre la voie opposée, celle que nous voulons vraiment. Qui désire réellement être enfermé dans une vie imposée ? C’est pourtant ce que la plupart d’entre nous acceptent. Nous admirons et détestons celles et ceux qui ont eu la force de combattre leur destinée pour emprunter la voie du succès. Mais nous les admirons et détestons parce que nous savons que nous pouvons faire de même. Alors, pourquoi ne pas prendre les choses en main ?

Le libre arbitre est l’union entre la raison et la volonté. La raison nous permet de prendre conscience des voies qui s’offrent à nous. Certes, il existe une destinée. Elle est ce futur qui est écrit par notre passé et notre condition présente. Comme la plupart des humains le font, il est possible de se laisser aller à ce qui a été écrit pour nous. Suivre la trace de nos parents. Faire le métier que notre éducation nous a prédestiné à effectuer. Surtout, faire comme tout le monde : travailler, avoir un salaire, aimer, se marier, faire des enfants. La logique de base que l’humanité, dans sa grande majorité, aime à suivre. Ce qui est incompréhensible, évidemment, c’est que même ceux qui ont une vie difficile préfèrent continuer sur cette voie, dans un certain fatalisme, plutôt que de changer. Car le changement commence au niveau de l’état d’esprit. Je parle de chemins et de carrefours, mais ce ne sont que des images, il n’y a rien de vraiment matériel. Le choix commence en soi et avec soi. Il est effectivement plus simple de se laisser porter par la vie que de prendre des décisions, et c’est pourquoi ceux qui souffrent continuent de souffrir et ceux qui jouissent de la vie continuent d’en jouir.

Dans les deux cas, le libre arbitre est étouffé et c’est la destinée qui prend le pas. Les riches sont toujours plus riches et les pauvres plus pauvres. Dans ce schéma, pas de libre arbitre. Ce dernier ne naît que dans le choix conscient de quitter sa condition prédéterminée pour aller vers un plus grand bien. Car personne, je pense, ne souhaite se diriger vers le pire. Sauf dans une volonté d’autodestruction consciente. La volonté, justement, est le moteur du libre arbitre. La raison nous permet de prendre conscience des choix qui s’offrent à nous. Mais c’est la volonté qui nous donne la force de suivre un chemin autre que celui qui a été déterminé pour nous, par notre passé et notre condition présente.

Le libre choix

 

Le libre arbitre loge, de toute évidence, dans la partie consciente de l’être. Il représente la volonté dans son état le plus indépendant par rapport aux contingences internes et externes. Le libre arbitre est donc l’essence même de l’humanité. Nous n’existerions pas sans cette faculté qui nous permet d’agir et de penser par nous-mêmes. Les animaux ne jouissent pas, jusqu’à preuve du contraire, du libre arbitre. C’est ce qui les différencie de nous : ils ne sont guidés que par l’instinct. Les animaux ne peuvent pas penser et agir contre leur propre nature. Dès les premiers mois de la vie d’une bête, la génération précédente transmet un certain nombre d’héritages instinctifs, qui vont gouverner toute l’existence de la progéniture. S’ils ne peuvent pas profiter du libre arbitre, c’est que les animaux sont totalement rompus aux exigences du milieu qui les entoure. À quoi cela sert-il d’agir par soi-même, de son propre chef, lorsque la vie se résume à se nourrir, éviter les prédateurs et procréer ? L’être humain est plus que cela.

Bien entendu, je pars du principe que le libre arbitre existe. Le simple fait d’y penser prouve l’existence du libre arbitre, mais c’est sans doute parce qu’il existait déjà que nous y avons pensé. Malgré cette faculté, l’être humain est lui aussi gouverné par de nombreux impératifs instinctifs. Nous n’agissons pas chaque seconde en fonction de notre libre arbitre. Beaucoup d’aspects de la vie ne nécessitent pas de prise de conscience et de décision de notre part. La plupart des besoins vitaux sont gérés à un autre niveau. Ce n’est pas le libre arbitre qui fait battre notre cœur ou qui nous permet de respirer. Dans beaucoup de situations, nous agissons par instinct. À nous aussi, la génération précédente a transmis certains réflexes. De manière générale, il y a ce que j’appellerais les « appels logiques de la chronologie ». Dès notre naissance, les événements se succèdent de manière ordonnée : le passé appelle le présent, qui décide du futur.

Quand le libre arbitre agit-il ? Pas si souvent que cela, finalement. Car si, à chaque seconde, nous avons le choix du chemin à prendre, dans la majeure partie des cas, la route est déjà tracée et il suffit de la suivre. Il arrive assez rarement que l’on fasse un choix de réel libre arbitre. Combien de fois nous arrêtons-nous pour prendre le temps de réfléchir ? Le libre arbitre est en quelque sorte devenu lui-même une fonction instinctive. Au même titre que ces mécanismes auxquelles nous n’avons pas à penser, le libre arbitre, paradoxalement, fonctionne par lui-même, sans avoir à nous demander notre avis. Il est devenu une façon de vivre, une façon d’agir et de penser : une façon d’être humain. Dans la plupart des cas, le libre arbitre se résume à choisir la meilleure des voies, à prendre la route du bien, celle qui nous paraît la plus raisonnable. Les animaux agissent aussi ainsi. Lorsque deux opportunités s’offrent à eux, ils se décident pour la plus profitable. Pourtant, je le répète, les animaux n’ont pas de libre arbitre.

Il est impossible de parler du libre arbitre sans évoquer le fait que cette notion ait été, pendant longtemps, une manière de disculper Dieu de la responsabilité du mal, pour l’imputer à sa créature. Dieu est bon et miséricordieux. Comment aurait-il pu donner à sa plus belle créature la faculté de faire le mal, de choisir le mauvais chemin ? Regardons un peu cet Adam et cette Ève qui n’ont pas encore mangé le fruit défendu. Ce ne sont pas des humains, mais des animaux. Les plus élevés dans la hiérarchie, mais des bêtes, tout simplement. Ils obéissent à leurs instincts et se contentent de ce que la nature et la destinée leur apportent. Si l’on y regarde de plus près, on voit bien que ces deux êtres font partie de la faune et ne se distinguent finalement pas des animaux qui les entourent. Dieu, le Créateur, ne pouvait pas être satisfait. Il venait de créer l’organisme le plus parfait sur Terre, mais l’homme et la femme restaient de simples animaux, ni plus ni moins. Est-ce parce que la femme a mangé une pomme et a obligé, par la séduction, son homme à faire de même que le libre arbitre est apparu ? Pas tout à fait.

En décortiquant l’histoire du Paradis originel, nous remarquons que le libre arbitre sommeille déjà en l’Homme avant qu’il ne mange le fruit défendu. S’il n’y avait pas eu de libre arbitre à la base, comment cet animal aurait-il seulement eu l’idée de désobéir à son Dieu et où aurait-il puisé la force d’aller à l’encontre d’un interdit divin ? La simple idée de cueillir le fruit défendu est déjà la preuve de l’existence du libre arbitre.

Cette petite digression au pays de la religion ne doit pas nous faire conclure sottement que le libre arbitre est mal. Car qui a donné l’idée au couple humain de manger le fruit défendu ? Le serpent, l’incarnation de Satan. Ce serait aller vite en besogne que de déduire de cela que le libre arbitre est le produit du Malin. Ce n’est pas du tout le cas et même les croyants devraient trouver cette idée aberrante. Dieu a créé l’Homme. Pour ce faire, il fallait qu’Il lui donne le libre arbitre. Sinon, sa créature n’aurait été qu’un animal de plus. Le libre arbitre est donc bien divin et la volonté propre fait la dignité de l’homme. Mais la liberté de penser et d’agir peut être utilisée à mauvais escient, l’Homme a la possibilité d’en abuser. Ce n’est donc pas Dieu qui a inséminé le mal en l’Homme, c’est ce dernier qui l’a créé en outrepassant ses pouvoirs, ses droits naturels.

Quelle différence avec l’instinct ? Dans le cas du libre arbitre, la volonté choisit à partir de ses connaissances, elle ne se laisse pas dicter ses actes par l’extérieur. Le revers de la médaille est évidemment que la volonté, armée de son libre arbitre, peut faire le mauvais choix. Un animal peut-il agir mal ? Aller contre sa destinée ? Non, car il n’a pas de libre arbitre. Son instinct le pousse vers ce qu’il doit accomplir. L’Homme assume donc une grande responsabilité : celle de ses actes. Ceci pourrait nous ramener vers des tergiversations théologiques. Est-ce vraiment Dieu qui a créé le libre arbitre ou l’inverse ? Dès le commencement, l’Homme possède le libre arbitre. C’est ce qui va lui permettre de cueillir le fruit défendu. Ensuite, l’être humain doit assumer ses actes, les bons comme les mauvais. Comment se déculpabiliser de ce qui est mal ? Comment se dédouaner de ses péchés ? En créant Dieu tout puissant qui pardonne. Donc, si l’on y réfléchit bien, c’est peut-être le libre arbitre qui a obligé l’Homme à créer Dieu. Dieu n’est qu’un produit du libre arbitre.

Mettons de côté l’arbre de la Connaissance du bien et du mal pour se demander quand, dans l’évolution, est né le libre arbitre. Nous ne pouvons que supposer que c’est au moment où le singe commence à utiliser la nature, par les outils et par sa pensée, dans son propre intérêt, que naît la volonté libre. Le libre arbitre sommeille-t-il chez tous les animaux ? Sommes-nous les seuls à en avoir pris conscience ? Il a fallu tant de hasards, rien que pour que la vie naisse sur Terre, qu’il n’est pas impossible de croire que le libre arbitre se soit soudainement réveillé chez des singes évolués, pour en faire des humains. L’Homme est parce qu’il a la possibilité d’être libre. Le libre arbitre, quelle que soit son origine, est le commencement du développement de l’intelligence. Car pour jouir de la liberté de la volonté, qui interroge la raison, il faut amasser une somme de connaissances suffisantes. Ceci rien que pour pouvoir distinguer les différentes routes possibles, les différents chemins que l’on a la possibilité de suivre. Ensuite, il faut encore plus de savoir pour décider de la voie à prendre. Le libre arbitre précède la connaissance, il en est le point d’origine.

Il y a danger, car dès à présent, ce que je viens de dire pourrait détruire le libre arbitre. En effet, la volonté libre est celle qui choisit, en connaissance de cause, entre un grand et un moindre bien. Y a-t-il vraiment un choix libre à faire ici ? Qui choisirait le moindre bien ? Il ne faut pas raisonner comme cela. Les animaux ne choisissent pas, ils suivent d’instinct la voie qui s’ouvre devant eux. Nous, non seulement nous pouvons voir le chemin du pire, mais aussi celui du plus grand bien. Le libre arbitre nous ouvre les yeux et nous permet de ne pas nous contenter de la voie la plus logique, mais nous donne le pouvoir de prendre un chemin meilleur. Le libre arbitre est sauf.

Qu’est-ce qui est le plus important pour le bon fonctionnement du libre arbitre : la raison ou la connaissance ?

La raison est un élément important pour le libre arbitre, plus que la connaissance. En effet, pour que la connaissance soit vraiment utile au libre arbitre, elle devrait être totale. Et c’est parce qu’elle ne l’est pas, qu’elle n’est que partielle et fragmentaire, qu’il existe ce revers à la volonté libre, qui est le mal. On ne choisit le mauvais chemin que parce que nous n’avons pas la connaissance totale. Dans la plupart des cas, c’est donc la raison qui guide la volonté, lorsqu’elle peut agir librement. La raison, ce n’est pas choisir le meilleur chemin entre tous mais, nuance, choisir le chemin qui semble le meilleur. Avec la connaissance totale, nous pourrions savoir avec certitude quelle est la meilleure voie. Avec la raison, nous ne pouvons que formuler des hypothèses. Nous faisons donc des erreurs dans notre libre jugement, parce que nous nous fions à la raison imparfaite. Mais si nous possédions la connaissance totale, nous n’aurions pas besoin du libre arbitre.

Comment définir ce que nous entendons ici par « connaissance » ?

Il ne s’agit pas d’une connaissance livresque. On ne décide pas du meilleur chemin à suivre en se basant sur les manuels d’Histoire ou de sciences. La connaissance dont nous parlons est principalement empirique, basée sur les expériences passées qui servent le futur. Car, lorsque deux voies s’ouvrent devant nous, le choix ne se fait pas pour le passé ou le présent, mais selon le bien que l’on va récolter dans l’avenir. Donc, la connaissance totale est, dans notre cas, la connaissance pleine et entière de notre destinée. Si nous savions ce qui allait nous arriver dans le futur, nous ne prendrions jamais le mauvais chemin. Mais si nous avions entièrement connaissance de l’avenir, nous n’aurions plus non plus besoin du libre arbitre. Nous ne serions pas libres.

Le libre arbitre ne serait-il qu’une illusion ? Nous avons le sentiment de choisir librement notre destinée. Cette dernière n’est-elle pas déjà écrite ? Pouvons-nous vraiment la modifier ? À quoi sert le libre arbitre ? À nous faire prendre du retard sur l’accomplissement de notre destin ? Et si nos mauvaises décisions sont utiles, au même titre que les bonnes, à quoi bon choisir ? Le libre arbitre n’est-il pas une forme d’instinct qui se déguiserait pour nous faire croire que nous sommes libres ? Est-ce notre raison qui nous guide ou notre destinée ? Sommes-nous libres ?

Les déterministes, Hobbes, Spinoza et Diderot, ne croient pas au libre arbitre. Pour eux, chaque événement est déterminé par un principe de causalité. Le présent est la conséquence du passé et la cause du futur. Le déterminisme est donc cette prédictibilité du futur qui ne fait pas de nous des êtres libres. Ou plus précisément, nous ne sommes des êtres libres qu’en apparence.

Pourquoi créer une telle illusion ? Pourquoi nous donner le sentiment que nous faisons des choix librement, par notre propre volonté ? Les animaux ont-ils aussi le sentiment d’être libres ? Ce sentiment qu’est la liberté est-il nécessaire à la vie au point que, pour l’Homme, au sommet de la hiérarchie de l’évolution, il ait fallu créer le concept supérieur de libre arbitre ?

Il serait difficile d’accepter que nous n’ayons pas vraiment le choix. Car nous aimons cette idée de pouvoir décider, à un moment précis, de notre destinée. En même temps, il est aussi terrifiant de penser que je peux changer, à n’importe quel moment, le cours de ma propre histoire. À chaque instant, je devrais me demander si je m’éloigne ou non de ma destinée. Et comme je ne la connais pas, je ne peux pas savoir si je choisis la bonne ou la mauvaise direction.

Le fatalisme veut que le devenir soit déterminé de façon inconditionnelle. Toute chose aurait lieu selon une destinée écrite à l’avance. Nous suivons peut-être une route déjà tracée, dans nos erreurs autant que dans nos réussites. Il n’y aurait pas de choix libre, nous serions assujettis à quelque chose qui est déjà écrit. Notre vie se résumerait alors à une chaîne causale d’événements. Le libre arbitre ne serait qu’un poison qui nous empêcherait de vivre pleinement. S’interroger sur le bon chemin à suivre, c’est risquer de prendre la mauvaise direction. Le libre arbitre devrait nous rendre supérieurs, il nous affaiblit et nous rend finalement inférieurs au reste du règne animal. Est-ce un don ? Si la vie n’était qu’une succession d’événements déterminés à l’avance et inchangeables, il ne nous resterait finalement que la faculté d’agir intérieurement face à ce qui nous arrive. Notre seule liberté serait de décider de la façon dont nous acceptons les événements qui se produisent. Chacun vit une existence plus ou moins heureuse, selon la façon dont il appréhende ces événements sur lesquels il n’a aucun contrôle.

Quelle est la solution ?

Il faut concilier le libre arbitre et la destinée en se disant que les événements se succèdent de la manière dont ils ont été écrits, et pas autrement. Nous n’avons que l’illusion de choisir notre destinée, alors que nous suivons une route déjà tracée. Notre seul pouvoir est d’accueillir tout ce qui nous arrive avec philosophie. Il n’y a ni bien ni mal, ni bon ni mauvais choix. Nous ne sommes responsables de rien. Les événements se produisent, que nous les voulions ou non. Il ne nous reste plus qu’à nous laisser porter. Qu’importe l’avenir, ce qui compte est de le prendre comme il vient, sans le juger, sans le contredire. Tout ce qui arrive est voulu, ce n’est pas à nous de juger la destinée. Quoi qu’il arrive, tout est prévu. Même le mal est écrit, et donc utile.

À quoi sert la vie s’il suffit de se laisser porter ?

Vivre, exister, c’est refuser la destinée et c’est bien pour cela que le libre arbitre est un don précieux, alors que la connaissance totale serait la pire des calamités. Connaître le futur est une chose terrible, qu’il ne faut vouloir pour rien au monde. Savoir ce qui va arriver conduit à se laisser porter par la vie sans agir et sans user de sa volonté propre. Mais vivre, ce n’est pas ça, c’est bien différent. La destinée est écrite, certes. Nous avons tous une mission à accomplir en venant sur cette terre. Mais il existe des milliers de façons d’atteindre le but, des milliers de chemins pour réussir sa vie. Nous avons le choix du chemin que nous voulons prendre. Il y aura des moments heureux, d’autres malheureux. Tous nous permettent de nous rapprocher de l’objectif.

Et si, finalement, tous les êtres humains avaient le même objectif à atteindre ? Nous possèderons le libre arbitre pour créer l’utilité de la vie. Le libre arbitre permet un trésor d’imagination. Grâce à lui, des milliards d’êtres humains trouvent autant de voies différentes pour atteindre la même fin. L’humanité entière, selon les époques, choisit des voies différentes pour réussir à trouver notre raison d’être. Pour l’instant, toutes les voies explorées n’ont pas permis de réussir notre Mission commune. Mais chaque échec nous rapproche du but. Lorsque, par la force de notre volonté libre, nous arriverons au bout du chemin, l’humanité aura réussi sa Mission. Tout n’est qu’un jeu. Le libre arbitre en est le piment. La destinée en est la règle. La Mission finale en est l’objectif. Nous sommes les pions, l’Univers est le plateau de jeu.

Pour connaître l’objectif final, il faudrait donc que nous délaissions le libre arbitre ?

Le simple fait de disserter sur le libre arbitre est la preuve qu’il existe. Nous ne pourrions pas penser une telle notion, en débattre, essayer de la définir, si elle n’existait pas. La destinée elle aussi est une réalité, qui n’entre pas en contradiction avec la liberté de choix. Un chemin est tracé pour nous dès le départ. Nous savons à peu près où nous allons selon notre passé, notre éducation, notre caractère. Mais nous avons la possibilité d’atteindre le but librement. Chaque être humain qui naît vient sur cette Terre pour une raison. La Mission, le but de la vie, peut-être plus ou moins importante. Ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est que nous avons tous quelque chose à accomplir.

C’est cela la destinée. Nous ne venons pas au monde par hasard. Nous avons un certain nombre de tâches à honorer. Ce qui fait le libre arbitre, c’est que nous pouvons réussir notre Mission en empruntant divers chemins. Le libre choix est ce qui suit directement le libre arbitre. Dans les deux termes, il y a la notion de liberté, parce que l’Homme est libre. Dans un premier temps, il faut arbitrer. Notre raison nous permet de prendre conscience des chemins qui s’offrent à nous. Ensuite, nous avons la capacité de peser le pour et le contre, de réfléchir à la voie que nous voulons emprunter. Au final, il y a le choix, puisque forcément, obligatoirement, à un moment donné, il faut prendre une direction. Il n’est pas possible de rester à la croisée des chemins, il faut emprunter une route, ou l’autre.

L’Homme est le seul animal qui ait la capacité de se donner la mort, de se suicider, de prendre cette décision définitive de s’ôter la vie. C’est pour moi la plus grande preuve que nous possédons la liberté de choisir notre destinée. Et justement, le fait d’avoir un libre choix est peut-être la cause du suicide. Cela semble une belle opportunité, que de pouvoir choisir librement la voie que nous voulons suivre durant notre existence. Mais c’est aussi un fardeau énorme. Il serait quand même plus simple de se laisser porter comme les animaux. Prenons l’exemple du chien. Il a le choix de manger ou non. Mais en réalité, il est très rare qu’un chien refuse consciemment de manger. Les Hommes, eux, peuvent décider de cesser de s’alimenter, allant jusqu’à une pathologie connue sous le nom d’anorexie. Au contraire, si un chien se met à manger plus que de raison, c’est qu’une anomalie génétique ou une maladie l’y contraint. L’Homme peut, consciemment, décider de manger plus que sa part de calories quotidiennes. Et tout en voyant son corps grossir et se déformer, il peut continuer cette forme de suicide.

La ressemblance réside principalement dans le fait que le chien, comme l’Homme, est un animal domestique. La différence majeure est que l’Homme nourrit le chien. Il peut donc contrôler la vie de l’animal en lui refusant de la nourriture quand ce dernier mange trop, par exemple. Notre force et notre faiblesse résident dans les choix conscients que nous faisons. C’est ce qui nous rend atypiques par rapport au reste du règne animal. C’est une faiblesse, parce que cette liberté de choix est lourde à porter. Peut-être pas la décision elle-même, mais ses conséquences. Nous ne faisons pas toujours les bons choix. Mais au moins, nous avons le privilège de pouvoir décider du chemin que nous empruntons. L’étape suivante est encore un choix, celui entre le fait d’assumer ses décisions ou de les renier, en rejetant nos fautes sur quelqu’un d’autre, ou en les attribuant à une entité supérieure, invisible, dont l’existence est impossible à prouver.

Le libre choix est évidemment aussi une grande chance. Conscient de la responsabilité qui pèse sur moi, je suis quand même plus heureux d’être humain que de me retrouver à l’état d’animal, dont la vie dépend entièrement d’une autre espèce. Parce que nous sommes le dernier maillon de la chaîne de l’Évolution. Cela ne nous rend pas tout puissants et supérieurs à la Nature. Nous serons toujours soumis à Elle, quoi que nous fassions. La conscience d’être est une bonne chose. Ce n’est pas toujours évident, mais tout don a un prix. Le libre choix se paie par des émotions que les autres animaux ne connaissent pas, comme la tristesse, la mélancolie, le spleen. La récompense est évidemment dans les extrêmes inverses, que nous avons le privilège de pouvoir éprouver : la joie, le bonheur, le rire.

Au terme de libre arbitre je préfère celui de libre choix. Nous avons vu que le libre arbitre nécessite une conscience des chemins qui s’offrent à nous. Mais lorsque nous sommes à un carrefour de notre vie et que deux voies divergentes se présentent, nous n’avons pas la capacité d’arbitrer entre l’une et l’autre. Nous ne pouvons pas peser le pour et le contre des destinées qui s’offrent à nous. Pour cela, il faudrait explorer une voie, puis l’autre et enfin revenir au carrefour et prendre la meilleure des deux directions. Ce n’est pas ce que propose le libre arbitre. Ce n’est pas la faculté qui nous a été donnée. Nous ne pouvons pas raisonner par rapport à ce qui va se produire, mais par rapport à ce qui s’est passé. C’est en se fondant sur nos expériences vécues que nous prenons la décision de suivre l’une ou l’autre voie.

Chacun est capable de voir, dans cette déduction, la lacune principale du libre arbitre. Il ne s’agit pas de peser, sur les plateaux d’une balance, les destinées qui nous sont offertes. Il suffirait alors de regarder de quel côté penche l’aiguille pour faire son choix. Il n’en est rien. Nous empruntons tel ou tel chemin en nous fondant sur ce que nous avons vécu, sur ce que nous rêvons de vivre et décidons donc de notre destinée en fonction de ce que nous espérons découvrir en suivant la voie qui nous est proposée. Souvenons-nous aussi que le but à atteindre reste toujours le même. La Destinée prend pour nous de grandes décisions que nous ne pouvons pas modifier : le lieu, la date, l’heure de notre naissance, ainsi que les parents qui nous élèveront, le pays qui nous bercera et le milieu social dans lequel nous évoluerons. À l’autre extrémité, la Destinée fixe l’heure de notre mort. Une disparition physique qui n’intervient que lorsque la Mission particulière est accomplie.

Cette Mission, qui nous est donnée à la naissance, est impossible à modifier. Par contre, plusieurs chemins, plus ou moins heureux, plus ou moins douloureux, nous permettent d’atteindre cet objectif pour lequel nous sommes venus sur Terre, mais que nous ne connaissons pas. Ou plutôt, qu’instinctivement nous percevons, mais que nous sommes incapables de voir clairement. Alors, à chaque carrefour, nous n’arbitrons pas notre décision. Pour cela, il faudrait connaître le but à atteindre et il nous est caché, sans doute volontairement, pour une bonne raison, qu’elle-même nous ne connaissons pas. Parlons alors plutôt de libre choix, puisque nous décidons de suivre une voie ou l’autre sans savoir où cela va nous mener et surtout comment cela va nous y mener. Les points de départ et d’arrivée nous sont imposés. Le chemin à emprunter, lui, est laissé à notre appréciation, à notre libre choix. Nous avons donc la chance de pouvoir décider de la manière de nous rendre d’un point à un autre.

Ce qui compte dans la vie, c’est le voyage, ce sont les décisions que nous prenons.

De la naissance à la mort, nous écrivons notre destinée, par nos choix conscients.

La fin de toute logique

L’être humain est un animal. Les animaux sont logiques. L’être humain a perdu sa logique.

 

Les animaux sont logiques. Ils vivent selon un schéma à la fois précis et prédéfini, ceci de leur naissance à leur mort. Leur mission est claire : se reproduire pour la survie de l’espèce à laquelle ils appartiennent. Comme ils ont l’instinct de ce qu’ils doivent faire, toute leur vie répond à une logique sans faille. Ils ne réfléchissent pas, sauf quand cela peut les aider à atteindre leur objectif : rester en vie ! L’existence des animaux tourne autour de cette règle primordiale. Pour se protéger, ils vivent en général en groupe, parce que l’espèce est plus forte quand elle unit ses membres. Ensuite, une bonne partie de leurs journées est consacrée à la chasse. Pas de survie de l’espèce sans eau et sans nourriture. Un animal a faim, il se jette sur sa proie et la mange. Rien de plus logique, rien de plus évident, rien de plus naturel.

La nature est logique. Qu’y a-t-il à l’origine de notre univers ? La thèse officielle pense qu’il s’est produit un Big-bang. Peu importe la théorie, en pratique il y a eu un point de départ et depuis, la nature évolue. Elle ne réfléchit pas, le monde physique (de la matière) répond à des règles strictes auxquelles ni les poussières d’étoiles, ni aucune goutte d’eau ne dérogent. Tout ce qui se trouve dans la nature est logique. Si vous entrez dans la mer, vous êtes mouillé. Si vous approchez une feuille de papier d’une flamme, elle prend feu. Regardez autour de vous, qu’est-ce qui n’est pas logique dans le monde physique ?

Puis arrive la dernière étape en date de l’évolution : l’Homme. L’Homme primitif est logique. Il a quelques faiblesses par rapport aux animaux dont il descend. Les singes peuvent se contenter de vivre dans la forêt. Ils sont équipés pour cela. Leurs poils, par exemple, les protègent des aléas climatiques. L’Homme, lui, a décidé de se lever. Réfléchissons à ce point. La nature a voulu que l’être humain soit une évolution du singe. Parce que, pour être précis, il ne faudrait pas dire que nous descendons du singe mais que nous sommes une espèce particulière de singe ! Nous devrions donc vivre, la plupart du temps, à quatre pattes, dans la forêt, à manger des bananes, à procréer, dormir et parfois nous battre. Mais l’Homme a décidé de faire les choses différemment. À une étape de son évolution il a voulu se lever et se tenir sur deux jambes.

Cela l’a, dans un premier temps, affaibli. Il est devenu une proie plus visible par les autres animaux. Et puis, progressivement, il a subi les transformations qui découlent de cette initiative impensable : se tenir sur ses deux jambes. La nature avait-elle prévu ça ? Souvenons-nous qu’elle ne réfléchit pas. Elle reste logique. L’Homme veut se lever ? Très bien, il en a le droit. Et puisqu’il en a décidé ainsi, la nature va lui donner de nouveaux atouts pour qu’il puisse survivre. D’abord, l’être humain développe des pouces opposables. Grâce à cela, nous avons la faculté de tenir et d’utiliser des outils.

Nous nous sommes rendus plus faibles en nous tenant sur nos jambes. La nature est venue à notre aide pour la survie de l’espèce. Une nouvelle espèce naît, se différencie des autres. Automatiquement, la nature se transforme pour atteindre son objectif à elle, unique : la survie. L’Homme des premiers temps doit se protéger des intempéries : il habite les grottes. Comme les animaux, l’Homme primitif vit en petits groupes, pour mieux se défendre du monde extérieur. Il chasse en clan, il découvre le feu. Tout, absolument tout jusque-là reste logique. L’Homme primitif pense, réfléchit, mais de façon assez basique. Des pensées comme : comment se chauffer ? Grâce au feu. Qu’est-ce que ça fait si je mets ma viande au-dessus des flammes ? C’est meilleur et plus digeste, donc je continue.

Des origines jusqu’à ce point, un seul mot d’ordre : être logique. L’évolution, depuis la cellule primitive jusqu’à l’Homme, nous paraît tellement incroyable que nous trouvons plus simple de dire qu’une puissance supérieure a voulu tout cela. Difficile de concevoir que la nature, à elle seule, étape par étape, a réussi à faire tout ce chemin. Le fait que nous ayons besoin de Dieu pour expliquer notre apparition sur Terre est la preuve que nous ne sommes plus des êtres logiques.

 

L’Homme prend peu à peu conscience du monde qui l’entoure. Et avec cela naît la peur. La gazelle qui, en plein désert, va boire au bord du lac, n’a pas peur d’être attaquée par un lion. Elle sait qu’un événement imprévu peut surgir, elle reste donc en alerte permanente, prête à bondir et fuir au moindre bruit suspect. Elle n’éprouvera une forme de peur qu’au moment où le danger surgira. L’Homme, lui, développe la faculté d’avoir peur de choses qui ne se sont pas encore produites, une peur préventive. Il peut extrapoler, à tort ou à raison. Il sait que des animaux peuvent venir l’attaquer dans sa grotte. Il n’attend pas que le danger survienne pour trouver un moyen de fuir. Non, il met plutôt en place de quoi prévenir le drame. Il entreprend, par exemple, de construire une petite barrière, ancêtre de la porte, qui empêchera tout corps étranger de pénétrer par surprise dans son antre. Doucement, l’Homme commence à inventer des objets qui lui facilitent la vie. Il n’a plus besoin de veiller toute la nuit pour éviter le danger, il sait se protéger préventivement et peut ainsi dormir sereinement.

L’Homme est finalement un animal très fragile. Parce qu’il sait éprouver la peur, il est plus sensible que les autres animaux au monde qui l’entoure. Il développe des émotions. Ces dernières sont à la fois source de sa faiblesse, mais aussi de son évolution. Sans les émotions, nous ne serions restés qu’une simple sous-espèce simiesque. Grâce à elles, nous avons pris un chemin particulier sur la branche de l’évolution, au point de rendre insupportable l’idée que nous ne sommes qu’une forme évoluée de singe ! Les émotions génèrent la peur de l’environnement. L’Homme craint la pluie et encore plus les orages. Quand les éléments se déchaînent, les animaux courent se protéger. L’Homme, lui, tout en se mettant à l’abri, tremble. La rage de la nature l’effraie.

Notons bien cette dernière phrase : « la rage de la nature ». L’Homme vient de personnifier son environnement. L’orage n’est plus seulement un phénomène naturel. L’être humain s’imagine que c’est contre lui que les éclairs se déchaînent. La nature lui en veut, alors elle gronde ! Aucun animal autre que nous n’est autocentré au point de croire que de simples événements physiques sont en fait une manière de le punir. Si les lions pouvaient réfléchir, et parler, ils diraient sans doute : les nuages sont trop chargés d’électricité, il est bon que la foudre se libère, la tension était trop grande. L’être humain, lui, va trop loin. Parce que pour lui, l’éclair est encore inexplicable. Après tout, il se considère comme le centre du monde. Si les éléments se déchaînent, c’est forcément qu’il a fait quelque chose de mal.

L’être humain éprouve des émotions. Il projette ce schéma sur tout ce qui l’entoure. Les animaux, la nature, la pluie, les éclairs, il pense que chaque élément physique a des émotions et des intentions.

De ce fait, dans sa logique, l’Homme pense qu’il peut apaiser la nature… en la priant. Ici, le terme de logique prend une autre dimension. Ce n’est plus une logique dans la continuité de l’évolution. La logique de base est animale : il pleut, je me protège. La logique humaine devient doucement : il pleut, qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Ce n’est plus du tout la même chose. Au cours de son évolution, et pour pouvoir évoluer, l’humanité s’est placée au centre du monde. Il faudra des milliers d’années pour que la science nous amène à découvrir que l’univers ne tourne pas autour de la Terre. De combien de temps aurons-nous besoin pour accepter que l’Homme n’est pas le centre de la nature ?

Quoi qu’il en soit, l’être humain s’imagine que la nature, les éléments physiques, éprouvent aussi des émotions. Les éclairs qui tombent cherchent à tuer. Dans sa propre façon de penser, cela est logique. Et si la nature peut éprouver des émotions, elle peut penser. Comme nous aussi nous avons cette faculté, nous devrions pouvoir communiquer avec elle. Naît ainsi, sans doute, le dieu de la pluie. Quand la sécheresse devient insoutenable, l’Homme des premiers temps danse pour appeler la pluie. Il développe une forme de religion autour d’un phénomène physique contre lequel il ne peut, en réalité, rien faire. Mais cette idée est devenue inacceptable aux yeux de l’Homme. Lui, le centre de la nature, la raison suprême pour laquelle l’univers a été créé, lui la créature supérieure, pourquoi devrait-il subir les affres de son environnement ? Une lutte s’amorce entre l’Homme et son milieu. Il apprend à détester cette nature qui ne fait pas pleuvoir lorsqu’il a soif et qui vente quand il ne peut pas se protéger.

Chaque phénomène physique désagréable devient doucement une sorte de divinité, doit avoir une personnification, pour qu’on puisse l’invoquer, lui parler. Et puis, après tout, dans la logique humaine, les preuves sont là pour nous démontrer que nous avons raison. L’Homme a développé cette faculté géniale de toujours trouver, dans la nature, des preuves qu’il a raison. Une sorte de prêtre fait des danses rituelles pour attirer la pluie. Quelques jours plus tard, il pleut. N’est-ce pas la preuve qu’il existe un dieu de la pluie ? Sur ce point, alors que nous observons notre passé, que personne ne sourit. Il n’y a pas de quoi. Qui n’a pas prié pour qu’il fasse beau justement le dimanche où il a prévu de réunir ses amis autour d’un barbecue ? Nous avons « rationalisé » notre relation avec les dieux météorologiques sous une nouvelle forme. Après tout, la météo est le programme télévisuel le plus regardé. Notre nouvelle prêtresse de la pluie et du beau temps passe par le petit écran.

Nous sommes toujours fâchés quand il pleut le week-end. Le temps est le sujet le plus important dans les discussions humaines. Quand il fait beau, on se sent mieux. Quand il pleut, nous sommes déprimés. Tout le monde le sait. Tout le monde le dit et le répète. C’est une discussion de base entre êtres humains « évolués ». Notre Homme primitif a soudain l’air moins ridicule, tandis qu’il multiplie ces petites divinités qui doivent lui donner le sentiment, l’impression, qu’il peut avoir une influence sur des phénomènes totalement naturels. Il refuse de subir la nature, il veut la contrôler, qu’elle se plie à sa loi. D’où vient ce sentiment de supériorité ?

Souvenez-vous : nous nous sommes levés. Nous avons refusé notre état naturel pour nous tenir sur nos deux jambes. À ce moment de notre évolution nous avons développé un complexe de supériorité. Sur les autres animaux, d’abord. Le lion est peut-être fort, mais ce n’est qu’un animal, trop bête pour prendre la décision de se tenir sur ses deux jambes. Une supériorité sur la nature même. Nous ne voulons plus voir qu’elle nous a aidés dans notre volonté de nous tenir debout. Non considérons que nous l’avons vaincue.

Un peu d’humilité ne ferait pas de mal. La nature aurait pu refuser notre initiative. Elle aurait pu interdire à l’Homme de se lever. Elle aurait tôt fait d’éteindre notre espèce. Mais elle ne réfléchit pas, elle n’éprouve pas d’émotions. Quoi que fassent les animaux, ils sont aidés dans la ligne évolutive qu’ils ont choisie.

Le temps passe. L’humanité évolue à une vitesse incroyable. Puisque nous sommes supérieurs, nous n’avons pas à attendre que la nature nous fasse évoluer, nous pouvons prendre notre destin en main. Le sommet de cette première phase de l’évolution est l’Égypte pharaonique. C’est pour cela que cette période du passé nous fascine tant. Cette civilisation est arrivée au paroxysme d’une religion aux divinités complexes. Plus aucun élément de la nature n’échappe à notre vénération. Le panthéon est impressionnant. Chaque parcelle de la nature peut être priée, vénérée. Influencée ? Les civilisations qui ont adoré la nature ont succombé, il n’en existe plus. Preuve que ce n’était pas la bonne voie à suivre.

 

Jusque-là, la logique règne toujours. Certes, l’humanité suit sa logique propre, fondée sur l’idée que l’Homme est au centre du monde. Mais nous n’avons pas encore perdu pied. À quel moment avons-nous basculé ? L’animal a faim, il tue. Dans les pires moments de famine, il peut lui arriver de manger un être de son espèce. Mais ceci, uniquement pour la survie. Celui qui est trop vieux, qui ne peut plus procréer, peut être mangé sans mettre en péril la logique de la nature : la survie. Pour ce qui est de l’Homme, même la Bible parle du péché qui fait tout basculer. Ce n’est pas lorsqu’Ève décroche la pomme de l’arbre et que le couple originel est chassé du Paradis. Adam et Ève acquièrent la connaissance qui permit à l’humanité de se doter de sa propre logique, hors de tous les schémas naturels. Non, le vrai péché, celui qui nous fait définitivement basculer dans une logique, non plus parallèle, mais opposée à la nature, c’est le premier meurtre.

Très subtilement, la Bible fait se produire le premier meurtre entre deux frères. Tout un symbole. Jusque-là, l’Homme, animal comme les autres, tue pour survivre, suivant en cela l’objectif logique de la nature et de toutes ses composantes vivantes. Mais un jour, en un point du temps, un homme tue un homme. Non pas pour manger. Non pas pour survivre. Mais à cause de ses émotions. Parce qu’il déteste l’autre, parce qu’il ressent une rage inconnue des animaux. Il apprend à détester son prochain à un point tel qu’il va jusqu’à commettre le meurtre primordial. On imagine l’étonnement de la nature devant cet acte. Ou plus précisément, l’abasourdissement des autres vivants. Imaginez ! Depuis la nuit des temps, tuer ne servait qu’à suivre la logique de la nature : préserver l’espèce. Tuer pour se nourrir n’a rien de mal en soi. Et voilà que l’être humain, qui a déjà commencé à suivre sa propre logique, assassine la dernière trace de nature en lui. Le jour où un homme a tué un autre homme, l’humanité a symboliquement coupé son lien avec la nature.

Il existe un arbre de l’évolution. Il existe aussi un arbre de la logique. À un point du temps, l’être humain s’est détaché de la logique naturelle, commune à tous les animaux. Mais bien que différente, sa logique est restée sur une voie parallèle à celle du règne animal. Le singe subit la sécheresse parce que c’est ainsi. L’Homme prie pour qu’il pleuve, refusant l’état de fait imposé par la nature. Le résultat est le même : il finit par pleuvoir. Pas de quoi s’émouvoir donc, dans la distinction entre la manière de penser d’un singe et d’un Homme. Mais lorsque le premier meurtre est commis, la courbe de l’évolution de la logique humaine perd son parallélisme avec le reste de la nature, pour prendre une voie opposée. Ce point étant très important, il faut s’y arrêter un instant. Prenez le temps d’imaginer ce qu’était le monde avant cette seconde où tout a basculé et pensez aux conséquences de ce premier meurtre. C’est, pour notre évolution, un point bien plus crucial que le fait de se lever sur ses deux jambes ou de découvrir l’usage du feu.

L’homme vient de tuer un homme, non pas pour la survie, mais pour satisfaire sa propre logique. Celle dans laquelle l’autre, son prochain, est devenu un ennemi à haïr et à détruire. Aujourd’hui encore nous élevons des poulets en batterie, nous massacrons des vaches à la chaîne, nous épuisons les océans. Mais pas pour le simple plaisir de la boucherie. C’est toujours pour nous nourrir. Le campeur agacé par une mouche la tue, sans autre but apparent que son propre confort. Le chasseur tire une balle dans un lapin pour le sport, mais après, il mange sa proie. Ce sont des meurtres, bien entendu, qui finalement répondent à une logique naturelle. Par contre, tuer un être de sa propre espèce, là, l’instant est très grave. Depuis le début, j’essaie de le répéter le plus souvent possible : la logique de la nature est la survie de l’espèce. En exécutant son prochain, sans autre raison que ses sentiments envers autrui, l’Homme ne commet pas un péché devant Dieu, mais contre la nature. Il se coupe du règne animal. Il entre dans une phase de son évolution qui lui fait prendre ses distances avec ses origines.

Désormais, l’être humain ne répondra qu’à une seule logique : la sienne. Il y a eu meurtre ? L’humanité tout entière ne va pas succomber dans un suicide collectif parce qu’elle a commis un péché contre nature. Non, l’Homme n’a aucune raison de se remettre en cause. Depuis qu’il a pris conscience de son existence, il se considère comme le centre de l’univers, la raison première de l’évolution, l’être le plus aboutit de la nature. Il a tué sans nécessité pour sa survie, au mépris de cette dernière ? Qu’à cela ne tienne, désormais toute l’humanité va se fonder sur ce premier meurtre.

Nous arrivons au nœud de ce qui fait notre humanité. D’un côté, nous voulons la survie de notre espèce. De l’autre, nous sommes les seuls animaux pouvant éprouver le besoin de s’entretuer. La guerre, le meurtre, sont des notions propres à l’Homme. Les singes peuvent se disputer les faveurs d’une belle guenon. Un combat peut s’engager. Le vainqueur, qui n’aura d’ailleurs pas forcément tué son adversaire, aura le droit de procréer avec la femelle. Le dessein de la nature est accompli. L’espèce va survivre et continuer à grandir. Point. Plus rien de tel désormais du côté de l’humanité. Quand un mari est trompé, il ne se dit pas : c’est la nature, le plus fort gagne. Il va développer un ressentiment tel, contre son adversaire, qu’il pourra aller jusqu’au meurtre. C’est-à-dire qu’il ne pense plus au bien de l’espèce. Il ne songe qu’à sa propre logique individuelle. J’ai été trahi, l’autre doit payer le prix du sang !

Imaginez le drame. Un Homme peut tuer un Homme. Notre espèce aurait pu rapidement disparaître. Heureusement qu’en nous, il y a une dualité. Non pas entre le Bien et le Mal, mais entre la volonté de sauvegarder l’humanité et celle d’éliminer ce prochain qui nous encombre. Toute l’humanité va évoluer à partir de ce dilemme. Il est hors de question de s’entretuer à l’infini. Il faut trouver un juste milieu. Depuis cet instant originel jusqu’à nos jours, la structure de nos sociétés repose là-dessus. La justice, les codes, les lois, tout cela ne sert qu’à réprimer la deuxième plus grande découverte de l’humanité après le feu : la faculté de tuer sans raison autre que poussé par ses sentiments. C’est ainsi qu’évolue l’humanité. Sa logique n’est plus de préserver l’espèce, mais de réprimer cette force qui pourrait la faire s’éteindre. Non pas à cause des intempéries, non pas à cause de la nature, mais à cause de l’Homme lui-même.

 

À partir de ce point, de ce meurtre originel, la nature perd pied. Comme le dit Pierre Teilhard de Chardin, le plus grand mal de l’humanité est l’ennui. Petit à petit, nous avons délégué à des objets les tâches qui devraient nous incomber. Souvenez-vous de cette époque où l’être primitif a construit une barrière pour protéger l’entrée de sa grotte. Depuis, nous n’avons jamais cessé d’inventer plus d’astuces pour nous faciliter l’existence. De la grotte à la maison, de la marche à pied à la voiture, de la lessive dans la rivière à la machine à laver… Plus l’Homme délègue, plus il a de temps pour lui. Plus il a de temps pour lui, plus il réfléchit. Plus il réfléchit, plus il développe ses émotions. Plus il développe ses émotions, plus il cultive la haine de son prochain. Car que reste-t-il à faire quand il n’y a plus rien à faire ? On peut se détester, c’est une bonne occupation pour tromper l’ennui.

Les guerres ne seraient rien d’autre qu’une façon de nous occuper. Je sais, cela paraît incroyable et même insultant. Nous, les êtres les plus évolués de cette Terre, nous, à l’intelligence suprême, nous nous entretuons… pour nous distraire ? Parce que la justice, les codes et les lois ont empêché les êtres humains de s’entretuer jusqu’à l’extinction. Mais paradoxalement, les institutions humaines permettent aussi de tuer son prochain à grande échelle, pour tout de même satisfaire ce besoin que nous avons découvert en un point du temps. Impossible de dire à l’humanité : vous avez la capacité de tuer votre voisin, mais ne le faites pas. La guerre permet de nous prouver que nous sommes toujours capables de nous entretuer. La guerre évite les petits meurtres incontrôlés.

L’humanité s’ennuie. C’est son plus grand problème. Alors que faire ? Nous avons conçu, au fil des siècles, une logique particulière à notre espèce qui, en définitive, n’a plus rien de logique. Parce que, la logique de base est : la survie de l’espèce. Comparons ce qui prévaut dans la nature et tout le règne animal, à la logique de l’Homme. En quoi notre façon de vivre est-elle logique ?

Consommer toujours plus en épuisant les ressources de la seule Terre que nous avons. Une logique dangereuse pour l’humanité dans son entier.

Produire toujours plus d’objets inutiles. Consommer à outrance permet certes de tromper l’ennui. Mais où est la logique de tout cela ? En quoi se battre pour un vêtement pendant les soldes sert-il la survie de l’espèce humaine ?

Communiquer toujours plus vite par le téléphone, Internet, la fibre optique… Pour se dire quoi ?

Construire toujours plus grand, plus haut, au mépris de la nature qui nous remet de temps en temps à notre place par les tremblements de terre.

Fumer pour avoir le cancer. Boire pour avoir une cirrhose. Se droguer pour oublier que nous avons perdu toute logique.

Procréer, non plus pour la survie de l’espèce, mais pour tromper l’ennui !

La surpopulation conduit à la surexploitation de la Terre, ce qui nous mène droit à l’extinction. Tout ça pourquoi ? Parce que nous ne voulons pas nous ennuyer. Alors nous faisons des enfants. Sans réfléchir aux conséquences. Sans se poser les questions fondamentales et penser au futur. De plus, la médecine soigne celles et ceux qui devraient retourner à la Terre. Pourquoi ? Parce que nous éprouvons des émotions pour ceux que nous aimons. Nous avons des sentiments qui nous empêchent d’être raisonnables. Nous avons perdu de vue l’objectif principal : la simple survie de l’espèce.

 

À quoi mène la logique humaine, totalement opposée à celle de la nature ? Droit à la catastrophe ? Si c’était le cas, nous ne serions déjà plus là. Lorsque l’être humain met au point la bombe atomique, face à l’objet de l’apocalypse il s’impose de suite des limites. Il fait tout pour éviter la guerre nucléaire. Quand la surpopulation menace, la Chine prend la décision de l’enfant unique. Nous savons donc quand même, encore, nous protéger. Peut-être que, finalement, la logique humaine est la plus grande œuvre de la nature elle-même. Nous ne sommes que les effets de cette logique. Les plus beaux monuments, les plus belles œuvres d’art, les plus grandes inventions, tout est né de cette logique. Nous sommes l’humanité, véritablement supérieure au reste du règne animal. Nous sommes le dernier produit de l’évolution. Impossible de savoir si nous serons surpassés un jour.

Impossible de savoir ce qui se passera ensuite. La formation de la logique humaine a eu pour conséquence de libérer l’humanité. Après une longue évolution, nous n’avons plus peur de la pluie et des éclairs. Nous avons compris leur mécanisme. Nous avons pallié à tous les manquements de notre condition physique. Les outils, les machines, produits de nos cerveaux, nous permettent de poursuivre une évolution qui serait impossible sans cette idée de fond, que nous avons découvert lors du premier meurtre : nous avons le choix, nous entretuer ou évoluer ensemble. Les animaux ne s’unissent pas pour évoluer, simplement pour se protéger. Les animaux ne s’entretuent pas pour des questions de sentiments, mais pour manger. L’humanité elle, « sait qu’elle sait » (Pierre Teilhard de Chardin). Nous savons que nous pouvons éradiquer notre espèce de la Terre. Nous savons que nous sommes plus forts ensemble. Nous avons conscience de la force de notre individualité et de la puissance de l’union.

Le meurtre originel a non seulement lancé l’humanité sur une route différente du reste du règne animal. Mais notre logique, souvent opposée à la nature, nous a aussi permis de conquérir le plus grand des biens : la liberté. Quelle est la prochaine étape ? Il est temps de laisser le monde physique derrière nous. Certes, il reste encore beaucoup à faire. Les technologies se sont multipliées, plus rapidement en un siècle qu’en des centaines de milliers d’années d’évolution. Chaque jour, un nouveau produit « trompe l’ennui » sort sur le marché pour satisfaire notre besoin de nous rassurer, de nous sentir utiles. Nous ne maîtrisons pas les profondeurs des océans et nous voudrions bien poser le pied sur Mars. Il reste donc encore beaucoup à accomplir. Mais à quoi nous sert notre logique particulière, qui ne répond plus uniquement au besoin de préserver notre espèce ?

La science explique la nature. Les technologies nous permettent de nous détacher de la nature. Désormais, il faut franchir un nouveau pas dans l’évolution et conquérir un monde qui est à la portée de tous, mais qui reste totalement inexploré : le monde spirituel. Les dieux attachés à la nature ne nous semblent plus raisonnables. La civilisation pharaonique a emporté cette vision du monde avec elle. Doucement, nous laissons derrière nous ce que les religions du Dieu unique nous ont apporté : placer l’Homme au-dessus de la nature, le conforter dans l’idée que son évolution est particulière. Tout cela sont des croyances, pas de la spiritualité. Nous entrons dans l’étape suivante. Nous ne sommes pas au-dessus de la nature. Nous ne sommes pas le centre de l’univers. Mais nous avons une qualité que nul autre animal n’a autant développé que nous : la faculté de penser, de réfléchir.

Nous avons plus ou moins apprivoisé le monde matériel. Il est l’heure de prendre la mesure de l’univers spirituel dans lequel nous baignons depuis toujours. Après la découverte de l’énergie du feu, découvrons l’énergie spirituelle. Franchir ce pas, c’est entrer dans une nouvelle forme de logique, inédite, impossible à décrire puisqu’encore à définir. Mais nous savons que nous pouvons. Nous avons déjà réussi à fonder notre propre logique dans le monde matériel. Une logique contre celle de la nature. Maintenant, développons la logique… contre la logique de l’Homme. La prochaine étape de l’évolution sera spirituelle. N’ayons pas peur, nous savons que nous pouvons.

À l’humanité, rien d’impossible.

L’importance du cycle

L’argent est le nerf de la guerre. En effet, c’est lui qui en est la cause et bien souvent le seul véritable but de nos existences. Mais l’argent n’a pas toujours eu l’importance que nous lui accordons aujourd’hui, il a été bien plus crucial dans l’évolution de l’Homme. Il doit être ici entendu dans un sens plus large, qui permettra d’en faire le fondement positif d’une civilisation. Aujourd’hui, il est évident que ce terme « argent » a pris une connotation pour le moins négative. Le pire est peut-être que beaucoup ne se rendent pas compte qu’ils sont devenus les esclaves de ces bouts de papier et de ces morceaux de ferraille. Ceci montre bien, s’il fallait encore le prouver, que notre société est superficielle. Finalement, l’argent n’est qu’un moyen, pas une fin. Il n’y a rien de plus futile que de donner tant d’importance à une pièce ou un billet parce qu’il y a un chiffre dessus. Pour continuer dans les banalités, rappelons que l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue. Ne pas en avoir pose problème, trop en avoir en crée d’autres. Ce qui veut dire que ce n’est pas l’argent qui est néfaste, mais l’usage que l’on en fait. Je préfère le regarder, le temps de ce livre, comme le point de départ de la civilisation originelle, grâce à laquelle nous sommes là.

D’où vient la supériorité de l’humanité ? Pas de la force physique de l’Homme, il est sans doute l’animal le plus fragile de la planète. Ce qui fait qu’il domine les autres animaux (alors que l’Homme lui-même en est un) c’est son cerveau, bien plus développé que chez les êtres vivants qui l’entourent. Cette merveilleuse machine n’a pas acquis sa toute-puissance en un jour. Ce dont le cerveau a eu besoin, pour évoluer, c’est de temps libre. C’est-à-dire de temps pour réfléchir, penser, philosopher.

Au départ, nous sommes tous des singes. Pourquoi certains sont-ils devenus des Hommes ? Grâce à la civilisation. Effectivement, on ne parle jamais d’une civilisation qui ne serait pas humaine. On qualifie plutôt un groupe d’animaux de « société ». La civilisation est le stade supérieur. Partons de nos singes, peu importe leur espèce. Ils vivent en société, ceci étant normal, car c’est le meilleur moyen de survivre et de proliférer. Il faut qu’il y ait des liens filiaux pour que les enfants soient protégés, pour que l’espèce soit armée contre les menaces extérieures. Dans ce qui vient d’être écrit, il n’y a rien de bien différent par rapport à la civilisation humaine. Mis à part que, de génération en génération, cette société de singes n’évolue pas. Ils mangent, boivent, dorment, chassent, se multiplient, sans chercher plus loin.

À l’aube de la première civilisation, certains singes ne se satisfont plus de leur condition et rêvent d’un mieux. Chaque génération va profiter du savoir acquis par la précédente pour progresser et non plus seulement pour survivre. Une évolution d’ordre technique, sentimental, mental, intellectuel… Voici le moteur de la première civilisation.

Regardons de plus près ces origines. Le groupe de singes duquel va naître la civilisation originelle est encore organisé en simple société. Il y a un chef et il y a les autres. Tout comme chez les Hommes, il y a des mâles, femelles et enfants. Le chef est le plus fort physiquement, souvent le plus âgé, sa domination est encore purement sexuelle. Tout le monde fait la même chose. Chacun doit chasser pour manger, chercher à boire, défendre son petit harem, ce qui occupe bien les journées. Mais voilà que le chef décide qu’il n’ira plus chasser. Son statut est assez élevé, son pouvoir assez affirmé, pour qu’on lui apporte sa nourriture sans qu’il ne se salisse les mains. Il découvre la notion de temps libre. Il regarde vers le ciel et se demande pourquoi il est là, ce qu’il pourrait bien faire pour employer à bon escient ce temps désormais libéré. Il faut qu’il retrouve une utilité à sa vie. Avant, il vivait pour survivre, maintenant il doit trouver une autre raison de se réveiller chaque matin.

Ce singe est déjà plus proche de l’Homme que de sa propre espèce. Il faut qu’on le distraie. Il choisit alors des animaux du clan qui vont aussi cesser de s’occuper de la chasse pour entourer le chef, lui tenir compagnie. Lorsque seul le chef a des privilèges, c’est normal, mais que d’autres soient arbitrairement choisis pour ne plus travailler pose problème. Les travailleurs se rebellent et refusent d’amener de la nourriture aux usurpateurs. Le chef a une idée. Lui et sa cour se déplacent et forment un cercle autour du seul point d’eau de cette région de la jungle. Désormais, pour boire, les chasseurs devront nourrir leurs supérieurs et en échange ils pourront s’abreuver. Les esprits sont apaisés, il y a une contrepartie. Vous remarquez qu’ici déjà, l’eau joue le rôle de l’argent et sa valeur est bien plus élevée que les bouts de papier.

Mais le fait de garder ce point d’eau est fatiguant. Les privilégiés veulent être oisifs et non pas toujours sur le qui-vive pour surveiller la source. Ils se mettent au travail et construisent une barrière en bois autour du point d’eau. Une règle est déjà bien ancrée : avant de se reposer, il faut avoir travaillé. Désormais, deux singes armés suffisent à garder la source, les autres peuvent retourner à leur oisiveté. C’est intéressant, cette idée de pouvoir faire quelque chose avec des bouts de bois. En y pensant bien, on pourrait faire plus qu’une simple muraille : c’est la naissance de l’architecture. Nous sommes au début d’une civilisation : un chef, une cour, des chasseurs, des gardiens et des constructeurs.

Le chasseur a besoin du constructeur pour sa maison, la cour a besoin du chasseur pour manger. Et l’on n’a rien sans rien. Commence alors une série d’échanges permettant de s’offrir tel ou tel service, car un singe ne peut plus se suffire à lui-même, il a besoin des autres, qui ne le serviront pas sans contrepartie. Les constructions s’améliorent, deviennent plus prestigieuses, les techniques de chasse se perfectionnent. Une civilisation est en train d’évoluer. L’eau ne suffit plus comme moyen de paiement. Mais il y a ce caillou transparent qui brille au soleil, comme il est intéressant ! En plus, il est rare, ce sera le nouveau moyen d’échange.

À son apogée, notre civilisation de singes a construit un palais pour son chef et une ville pour ses sujets. La nourriture est abondante, l’eau coule à flots. Notons que le fait qu’il y ait une architecture oblige le singe à être bipède. Essayez de construire une maison à quatre pattes ! Ces singes ne sont pas encore des Hommes, ils n’en sont qu’une ébauche. Un Homme se définit par son intelligence, sa capacité de mémorisation et sa conscience. Tout ce que ces singes n’ont pas. Je ne sais pas combien de temps dure cette première civilisation, mais rien n’est éternel. Elle décline et finit par s’éteindre. Pourtant, le mal est fait. Ceux qui sont nés dans cette civilisation ne voudront pas revenir à l’état de primates.

La deuxième civilisation est déjà en germe dans le déclin de la première. Avant de poursuivre ce processus de succession de civilisations toujours plus performantes, notons le rôle de l’argent dans la première civilisation. L’argent en tant qu’échange d’un bien nécessaire, pour obtenir un service. Ces échanges organisent la société en civilisation, permettant une répartition des tâches et une spécialisation des individus. Le but n’est pas encore la thésaurisation, mais la possibilité de profiter du savoir-faire des autres pour améliorer son propre niveau de vie. Nous avons perdu cette vertu de l’argent.

Le temps passe, les civilisations se succèdent. Il y en a plusieurs en même temps sur la surface du globe. Vient le jour où deux civilisations se rencontrent. Elles se battent, l’une sort gagnante. Deux civilisations fusionnent et celle qui naîtra de l’union sera plus forte et plus évoluée. Ce schéma se reproduit jusqu’à ce que toute la planète soit découverte et qu’une civilisation domine la Terre dans son entier. C’est ce qui est en cours aujourd’hui. Vous qui me lisez, vous savez à quel village ou ville vous appartenez. Par miracle, vous savez même quelle est votre nationalité. Vous savez aussi si vous vivez dans un pays riche ou en voie de développement. Mais quel est le nom de votre civilisation ?

Nous sommes, je pense, tous conscients qu’aujourd’hui l’humanité a atteint un niveau de progrès sans précédent. Chaque nouvelle découverte transgresse une ancienne limite et en forge une autre, nous donnant toujours l’impression que nous ne pourrons pas aller plus loin. Le progrès scientifique est-il le sauveur du monde ou l’instrument de sa destruction ? Notre monde est-il réellement meilleur maintenant que par le passé ? Sommes-nous à notre apogée ou en pleine décadence ?

Ce qui est intéressant est que je me sois demandé si nous déclinons. Car cette question suppose que je sache quand commence ma civilisation et à quel stade elle en est. Mais, tout comme je ne peux pas être conscient de l’instant présent, je ne peux pas avoir conscience de ma civilisation. Romains, Grecs et Égyptiens avaient-ils conscience de leur apogée ? Les derniers survivants se considéraient-ils comme décadents ? On ne se rend compte de la portée des événements qu’en les regardant de loin. Nous pouvons définir les limites chronologiques des civilisations antérieures, car elles sont éteintes. L’Homme contemporain ne sait pas où il se situe, car il n’a pas de conception d’ensemble et je pense qu’il est humain de vouloir se sentir dans une ère d’apogée plutôt que de déclin. Êtes-vous décadent ?

Notre monde change, « progresse ». Mais est-ce qu’il y a vraiment encore évolution ou n’est-ce qu’un mirage qui annonce la fin ? L’Homme lui-même naît, évolue, arrive à son apogée et décline. Ce schéma se perpétue inlassablement chez tout être vivant. La civilisation est aussi un organisme vivant dont nous sommes le moteur, les organes. Comme nos organes, il y a d’abord essor, apprentissage empirique, puis l’apogée, qui ne dure qu’un instant, et le déclin. Notre corps se rend-il compte de son déclin ? Non. Simplement, il change. Ces changements sont pour lui un progrès naturel, il s’aime tel qu’il est, apprécie les nouvelles expériences, se croit en permanence à son apogée. C’est bien le cerveau qui ne se rend pas compte du vieillissement et qui le considère comme un progrès. Notre miroir, lui, préférait la jeunesse.

Comme nous, une civilisation reste inconsciente tant qu’elle vit. Nous en sommes les organes, pas la conscience. Ce n’est qu’une fois qu’elle est morte que nous pouvons la définir, car nous n’en faisons plus partie, nous l’intellectualisons.

Les civilisations se succèdent, elles-mêmes organes d’une « super-civilisation ». Chaque civilisation est un organe de la super-civilisation supérieure. Nous ne pouvons pas définir notre propre civilisation, il est donc utopique de vouloir décrire celle qui nous englobe. Pour l’instant, j’estime que je suis en plein essor, ma civilisation commence à décliner et dans la super-civilisation, ma civilisation est l’apogée. C’est la technique des poupées russes. Moi, humain, corps, je me situe à la fois dans un essor, un déclin et un apogée. Difficile à croire. Qui dirige la super-civilisation ? Les âmes.

Je me demandais dernièrement quelle utilité pouvait bien avoir la mort. C’est vrai, il est idiot de construire une vie en sachant que, de n’importe quelle manière, nous retournerons à l’état de poussière. À quoi bon travailler chaque jour, avoir des projets de carrière, fonder une famille, si ce n’est pas pour l’éternité ? Fonder une famille, peut-être est-ce là le but ultime de la vie. Mais à quoi bon faire des enfants, sachant que la vie qu’ils vont se construire finira dans la poussière ? Tant d’efforts, de souffrances, de peines, pour finalement mourir. À quoi sert la vie ? Quelle est cette motivation qui nous fait nous lever chaque matin ? Je pense que c’est l’immortalité. Car chacun d’entre nous a la possibilité de passer à la postérité et donc de survivre à lui-même. Tout simplement, chaque être humain reste pour toujours sur Terre grâce à ses gènes.

Voici donc pourquoi la famille et les enfants sont si importants. Lorsque je partirai, mes enfants me garderont en vie, bien au chaud dans leur mémoire. Peut-être mon souvenir persistera-t-il encore avec la génération de mes petits-enfants. Après, bien sûr, mon passage sur Terre ne sera plus connu des autres. Mais sans le vouloir, ils me feront vivre, car ils me porteront en eux, dans leur ADN. Si je n’avais pas vécu, ils ne seraient pas nés. Je suis immortel par mon héritage génétique.

De plus en plus d’humains ont besoin d’une plus haute reconnaissance. Parfois plus durable, de toute façon plus palpable, moins abstraite qu’un legs génétique pas forcément conscient. Le pharaon Khéops, par exemple, est-il véritablement mort ?

« Tous les jours vont à la mort, le dernier y arrive. », Montaigne. Bien sûr, on peut partir du principe que la mort est un passage. Moi, j’y crois. Je pense sincèrement que lorsque le corps s’arrête de vivre, l’âme continue son chemin et passe de l’autre côté. J’y crois, vous y croyez peut-être, mais peut-on imposer cette conception à tout le monde ? Il n’y a pas de preuves. On ne sait même pas exactement ce qu’il y a au-delà. La confirmation, on l’aura une fois de l’autre côté.

Y a-t-il une autre explication à la mort ? Pour quelqu’un qui ne croit pas à la vie après la mort, il y a plus qu’une hypothèse, des preuves empiriques. Eh oui, la mort peut être regardée comme une fin en soi. La mort est le moteur de la vie. Évidemment, il y a une explication biologique : naissance, maturité, vieillissement et mort. Un cycle naturel qui n’épargne aucun être vivant.

« L’éternité c’est long, surtout vers la fin. » Que veut notre société ? La vie éternelle ? Bon, d’accord. Maintenant, je vous dis que vous avez la vie éternelle. Il y a quelques secondes, votre vie était limitée, ou plutôt délimitée. Il y avait un début, et surtout une fin. Vous aviez des projets : vous marier, faire des enfants, avoir une belle maison, faire carrière et préparer une belle retraite. Maintenant, vous savez que vous êtes là pour l’éternité. Quel sera votre premier réflexe ? Tout jeter à la poubelle. Vous n’allez plus vieillir. Vous n’avez plus à penser à la retraite. Alors, pourquoi travailler ? Tous vos projets, vous pouvez les remettre au lendemain. Votre vie éternelle tourne vite au cauchemar. J’ai toute l’éternité devant moi, à quoi bon se presser ? Plus on a de temps pour faire les choses, moins on en fait. Il est difficile de savoir quand on a fini de ne rien faire.

Plus de motivation, trop de temps pour faire des choses inutiles, plus envie de ne rien faire puisque demain vous serez encore là, et demain, et après-demain… Qu’est-ce qui vous motiverait ? De savoir que vous allez mourir et que vous devez vivre vos rêves dans un temps limité.

Un autre exemple. Je vous donne tous les outils pour écrire un livre. D’abord, je ne vous impose pas de date butoir. Vous n’êtes pas motivé, vous reportez toujours tout au lendemain, chaque matin vous vous levez sans but précis. Maintenant, on refait l’exercice, mais je vous donne un an pour écrire le livre. Chaque matin vous êtes levé à sept heures avec un programme chargé pour la journée. Vous écrivez tous les jours, le temps vous obsède…

Le temps vous obsède ? Qu’est-ce qui donne tant d’importance aux heures qui passent et qu’on ne reverra plus ? Le fait de savoir qu’un jour ou l’autre, votre vie s’arrêtera et qu’il sera trop tard pour expérimenter, apprendre, franchir des obstacles, souffrir, rire, aimer.

Qu’en est-il de l’immortalité par les legs archéologiques ? Les pyramides d’Égypte, par exemple, ont-elles immortalisé une civilisation ou des hommes ? En premier lieu, des hommes : Khéops, Khephren et Mykérinos. Les Égyptiens voulaient être immortels par la momification. Les trois pharaons que je viens de citer sont encore présents aujourd’hui… par leurs monuments. Je n’utilise pas le terme de tombes, puisqu’aucune preuve concrète ne pourrait me donner raison. Ce qui m’importe, c’est que ces trois humains ont immortalisé leur nom et leur puissance par l’architecture. Un legs archéologique peut aussi être une monnaie, une momie, un parchemin, un outil. Ces hommes et ces femmes qui ont laissé une trace dans les strates géologiques font encore parler d’eux de nos jours, ils font partie de ce passé dont on s’évertue à reconstituer le puzzle et qui fait le présent. Comme on le voit, ces legs matériels n’ont pas tous été prémédités. Lucy fait aujourd’hui partie de l’éternel présent, elle ne le voulait sûrement pas.

Quelle immortalité exhume chaque jour l’archéologie ? Est-on réellement certains que notre vision de l’Égypte est la bonne ? En fait, l’immortalité ne va qu’aux objets. Par quoi Toutankhamon est-il immortel ? Le mobilier de sa tombe. L’immortalité est-ce l’Histoire ? Entrer dans l’encyclopédie fera-t-il de moi un immortel ? Que cherche celui qui veut rester vivant dans les esprits longtemps après sa mort ? J’y vois un conflit avec le monde des âmes. Le Pharaon qui veut être momifié le fait pour permettre à son âme de rejoindre les dieux et en même temps, il lui donne l’occasion de revenir sur Terre à loisir. Il construit sa pyramide et remplit son tombeau d’objets précieux pour assurer sa vie après la mort. Son âme doit voyager confortablement et pouvoir revenir.

Les Égyptiens avaient compris, déjà, le monde des âmes. L’âme choisit le véhicule Khéops pour une vie. Ce corps humain va évoluer grâce à un seul but : construire une pyramide pour assurer son salut. Pour ça, il faut innover, inventer, faire la guerre, lever l’impôt et avoir des esclaves. Khéops fait un beau voyage sur Terre. Il aime son pays, son pouvoir. Il sait qu’il va mourir. Son âme va quitter son corps, mais elle va revenir.

L’erreur est de croire que la nourriture et l’or de la tombe seront nécessaires à l’âme. Cela a été utile durant la vie, car ceci a impliqué des épreuves, des expériences pour amasser ces biens. Ce sont les expériences que ce luxe symbolise qui sont importantes pour l’âme, pas les objets eux-mêmes. Et l’âme de Khéops reviendra sur Terre, mais préférera un corps vivant, plutôt que de se promener dans sa pyramide. Et cette âme ne revient pas jouer le rôle de Khéops, le personnage réincarné est tout autre. L’âme qui a habité le corps du pharaon est peut-être parmi nous aujourd’hui.

La question est : une âme peut-elle revenir si son véhicule précédent hante encore le monde ? Khéops est immortel, toujours présent sur Terre. Son âme peut-elle revenir alors que même mort, son ancien véhicule conditionne la vie de tant d’humains ? Les fantômes existent, ce sont ces êtres qui n’existent plus que dans le cerveau humain.

La mort n’est que la fin du corps matériel. Elle fixe une limite à la vie, qui ainsi devient intéressante. Nous sommes tous immortels. Nos âmes ne meurent pas et nous gardent à tout jamais en elles. Les personnages que mon âme a incarnés dans ses vies terrestres précédentes sont toujours en elle. J’en suis d’ailleurs le produit. Je suis peut-être l’héritier de la vie de Khéops !

Comprendre la réincarnation

 

De nombreuses réponses concernant le monde invisible resteront à jamais hors de portée des mortels. Nous possédons la connaissance totale avant de venir sur cette Terre et nous la retrouvons lorsque nous la quittons. Entre les deux, la Connaissance est pour nous impénétrable. Nous avons vu que c’est une bonne chose, finalement, que c’est un mécanisme voulu. Ce sont les âmes qui ont créé le monde physique, pour venir y traverser des épreuves, pour évoluer, pour apprendre. Je n’ai donné qu’une hypothèse de la raison pour laquelle, à l’heure du Big-bang, le monde des âmes a voulu se matérialiser. Peut-être que les âmes elles-mêmes sont victimes d’une sorte d’amnésie et que, pour retrouver toute leur contenance, elles ont besoin de notre monde.

Nous pouvons voir les choses d’une autre manière. Notre monde est peut-être ce qui précède le monde des âmes. C’est une vision chronologique des événements. Au commencement, il n’y a rien. Ou alors, il y a quelque chose que nous ne pouvons pas concevoir. Il est humain de croire que nous ne sommes pas issus du néant. Mais peut-être que c’est le cas, et que nous devons affronter cette réalité. Je suis parti du principe que nous sommes gouvernés par plusieurs âmes. Il est aussi possible que nous ne soyons, finalement, le produit que d’une seule âme. Notre univers, celui que nous connaissons, l’Histoire telle que nous la savons, n’est sans doute le produit que d’une seule âme.

Petit à petit, nous prenons conscience qu’il existe plusieurs dimensions. Des dimensions parallèles. Ce qui implique, par exemple, que moi, que vous, que nous tous avons autant de doubles qu’il existe d’âmes. Prenez peu à peu conscience de l’importance de ce que je suis en train d’écrire. Je sais que ces notions sont difficiles. Il est ardu de transmettre ce que je pense, parce que ma propre pensée est floue. Tout simplement parce que je navigue sur des hypothèses. Alors, essayons de faire le plus simple possible.

À la naissance, nous sommes vierges de toute histoire. Nous avons parlé du Karma. Nous savons donc que des vies antérieures forgent ce que nous sommes dans cette existence. Laissons cela de côté un instant. L’enfant qui vient de naître commence son histoire simplement. Il a des parents, qu’il connaît, ou qu’il ne verra jamais, selon les situations. Petit à petit, l’histoire de cet être va se forger. Vous, en tant que personne, vous êtes un univers à part entière. Ce que vous êtes aujourd’hui est la somme de toutes les expériences passées dont vous pouvez vous souvenir, et même de certaines qu’il a été préférable d’oublier.

Chacun est un univers particulier, qui peut être pris de manière presque autonome. Sauf que jamais il n’est possible d’écrire la biographie d’un être humain en occultant ceux qui l’entourent. Lisez quelques biographies de personnages célèbres, cela est très formateur. Dans ces livres, l’auteur se propose de nous raconter la vie d’un seul et unique être humain. Seulement, il n’est pas possible de réussir cet exploit. Tout simplement parce que chaque individu grandit, apprend, au contact des autres et des événements historiques. Il n’est pas possible d’écrire la biographie de Voltaire sans replacer l’existence du philosophe dans son contexte.

Notre univers n’est le produit que d’une seule âme. Depuis le Big-bang jusqu’à la fin des temps, ce n’est qu’une seule et même âme qui s’incarne dans notre monde. Tout ce que nous écrivons, tout ce qu’il y a dans les livres d’Histoire, n’est que le récit d’une même âme, de ses aventures, de ses épreuves. Dès que nous parlons d’une autre âme, nous parlons aussi d’une autre dimension, parallèle, différente. Pas forcément radicalement changée, il se peut qu’une autre dimension ressemble à la nôtre, avec uniquement quelques petites touches de divergences. En tous les cas, nous sommes, l’Histoire est la vie d’une seule et même âme.

En réalité, nous n’existons pas.

Nous sommes non pas le présent, mais la mémoire de l’âme qui s’incarne dans notre univers. Si tout est écrit, si la destinée existe, c’est parce que l’âme à laquelle nous appartenons a déjà terminé son chemin. Nous ne pourrions pas la considérer comme une âme si elle n’avait pas déjà accompli toutes ses missions. Mais notre âme a terminé sa route, elle est mature et nous faisons partie d’elle, en tant que souvenirs. Nous sommes partie intégrante de la biographie de l’âme qui nous gouverne. Nous sommes les multiples parties d’un tout : notre Âme.

Pourtant, bien que développant cet argument, je crois en la notion de l’âme sœur. Est-ce antinomique ? Si nous faisons tous partie d’une même âme, comment peut-il y avoir des âmes sœurs ? Simplement parce que nous sommes tous liés. Pour expliquer ce concept de l’âme unique, je pense que le moyen le plus évident est de se référer à notre cerveau. Nous savons que le cerveau humain est une des plus belles créations de la nature. Eh bien, je pense que l’Âme est le modèle qui a servi à le constituer.

Il faut voir les choses ainsi : l’Âme est le cerveau. L’univers physique est la matière grise. Nous sommes les neurones. Mon âme sœur partage avec moi une synapse. La synapse est le point de contact entre deux neurones qui permet l’échange d’un signal. Évidemment, je ne suis pas relié qu’à mon âme sœur. Je partage aussi des synapses avec les membres de ma famille et avec mes amis. Les liens que nous avons sont plus ou moins solides. Par exemple, avec mes collègues de travail, je partage des synapses très légères, qui ne font transiter qu’une infime partie de l’information.

Nous faisons donc partie de notre Âme et nous sommes notre Âme. L’Histoire est sa mémoire. Le présent, lui, nous appartient. C’est parce que nous sommes des entités du Tout que nous croyons être dans le présent. Ceci met à mal la théorie de la réincarnation. Ou plutôt, cela modifie la vision que nous pouvons en avoir. Les neurones de l’Âme ne meurent pas. Ils sont tous présents, depuis toujours et pour toujours. Notre Âme n’est pas qu’un simple cerveau, Elle est infinie.

Ce que je veux vous faire comprendre c’est que nous, nous pouvons voir un présent, un passé et un futur parce que nous sommes une partie de l’Âme en un point précis de son évolution. Mais tout ce que nous considérons comme l’Histoire reste présent en permanence. Notre Âme ne fait pas la distinction entre la préhistoire, le Moyen-Âge, la Renaissance et notre époque. Pour Elle, tout est identique, tout à la même valeur, tout fait partie de sa constitution. Le futur aussi est déjà là, constituant de l’Âme.

D’après cela, il semblerait donc que nous ne mourrions jamais. C’est effectivement le cas. Nous pourrions dire que là, dans le présent, nous sommes conscients parce que l’Âme se souvient de nous. Notre vie n’existe que parce que notre Âme pense à nous. Les personnes qui nous ont quittées ne meurent jamais, tant que nous pensons à elles. Nous ne mourrons pas, tant que notre Âme pense à nous.

C’est l’histoire de l’Âme. Elle est constituée de tout ce que nous considérons comme le passé, le présent et le futur. Lorsque nous naissons, c’est notre Âme qui choisit de se souvenir de nous, de notre vie. Lorsque nous mourons, c’est qu’Elle referme le livre de notre existence pour penser à une autre période, un autre souvenir. Peut-être que notre Âme se souvient de son existence dans un ordre chronologique et que c’est pour cela que nous considérons qu’il y a une évolution du temps.

Nous avons le sentiment d’une réincarnation, parce qu’en fait, l’Âme a besoin de plusieurs de ses neurones pour apprendre une seule expérience. Elle évolue, de neurone et neurone. Quand Elle a appris une expérience, elle passe à la suivante. Il y a donc un perfectionnement constant de l’Âme, ce qui nous donne l’impression d’évoluer, d’en apprendre toujours plus.

Après, il est difficile de dire pourquoi une âme a besoin de toutes ces connaissances. Elle n’est pas seule, évidemment. Il existe bien des âmes, qui constituent autant de dimensions. Chaque être humain a sa vie propre, sa vision du monde, ses expériences, ses apprentissages. C’est ce savant mélange qui forme ce que nous appelons l’humanité. Il en va de même pour les âmes. Chacune constitue une dimension différente. Dans quoi sont contenues toutes ces dimensions ? À quoi servent toutes ces âmes ? Ces réponses sont évidemment hors de notre portée.

Nous ne sommes que les petits constituants d’un tout qui nous dépasse et nous englobe.

La fin de la réincarnation chez l’Homme

 

Nous ne sommes qu’un souvenir parmi d’autres. La vie n’est qu’un mirage, une illusion. C’est une âme qui se souvient, et nous croyons être une réalité. Ce monde de souvenirs est commun à toutes les âmes. Ce n’est pas mon monde. Mon cerveau doit assimiler tout ce qui s’est passé pendant le temps de veille. L’état conscient n’est qu’un bref instant. Je suis là, immatériel, dans une réalité sans consistance, produit de cette âme qui se souvient. Dans son monde, pas de notion de temps : une journée est éternelle, une nuit infinie. Elle a tant appris, sa mémoire est complexe et sophistiquée. La transition est la naissance. Elle a besoin de tel ou tel environnement pour se souvenir. La vie est un souvenir ininterrompu.

La mémoire de mon âme, c’est mon karma. Elle se souvient de tout un passé qui va déterminer la teneur de ma vie. Je suis là pour matérialiser ses expériences, même celles dont elle ne sait pas rendu compte. Ceux qui m’entourent, je les connais déjà, nous sommes de la même Âme. Je ne contrôle pas ma vie, je ne suis même peut-être pas conscient. Car c’est bien l’Âme qui se souvient, qui prend conscience de moi. Dans un monde qui n’existe pas, mais qui est cohérent, nous vivons dans une certaine logique. Nos actions sont prédestinées. L’Âme nous dicte nos gestes, nous guide. Nous avons la vie de ses connaissances.

La vie ne paraît pas longue, elle ne dure pas plus que le temps d’un souvenir. Je suis sur une route déjà tracée, qui aide l’Âme à assimiler ses expériences. Je suis une partie du tout et le tout fait partie de moi. Mes choix ne sont pas faits au hasard, les obstacles que je rencontre sont utiles, mes amis sont complices, je suis autonome et je ne maîtrise rien. Je vis dans un monde immatériel qui me paraît réel. Il y a quelques incohérences, des choses que je ne comprends pas, mais parfois je suis en train de voler dans mes rêves alors pourquoi pas… Je ne me pose pas de questions, je ne suis qu’un acteur qui fait semblant de ne pas connaître le scénario. Tout le monde l’a appris par cœur. Cet univers a sa logique, on ne peut pas la transcender. Peut-être que je pourrais me libérer, voler, être un génie, me dédoubler. Je suis immatériel, pourquoi ne suis-je pas libre ? Tout est possible, rien d’insurmontable. Le blocage est dans ma tête. Ce monde est trop académique, nous sommes tous des moutons et nos propres bergers. Nous nous sommes mis des chaînes et personne n’ose les briser. Quel est le risque ?

Mes pensées sont-elles exactes ? Sont-elles à moi ou à l’Âme ? Est-ce Elle qui écrit en ce moment ? Pourquoi révèlerait-elle la vérité ?

L’Âme a donc besoin de penser son passé, pour progresser, pour apprendre, pour évoluer. Depuis l’origine, Elle est passée de l’incarnation dans une simple bactérie unicellulaire à l’Homme. En franchissant toutes les étapes de la création. Nous avons vu que c’est l’Âme Elle-même qui décide de quelle sorte d’être elle a besoin pour s’incarner, pour poursuivre son évolution. L’évolution, telle que nous la connaissons, est la volonté de l’Âme d’aller toujours plus loin. Cette pensée est difficile, mais il faut pourtant bien se rendre à l’évidence que nous ne sommes qu’une étape. Il y a eu des formes de conscience avant nous et il y en aura après. L’Âme a exploité l’humain autant qu’elle le pouvait, maintenant, il Lui faut une autre forme de vie pour poursuivre son évolution.

Évidemment, certains peuvent ne pas croire en la fin de la réincarnation. Nombreux sont ceux qui ne croient pas en la réincarnation. Pourtant, c’est un principe qui existe, qu’on y croie ou non. Les religions monothéistes nous ont éloignées de cette notion. Simplement parce que ces religions se basent sur le principe d’une vie meilleure dans l’au-delà. Le corps n’est alors qu’un véhicule, grâce auquel l’âme ne réalise qu’une seule existence. Et selon ce qu’elle a fait dans cette vie, elle aura le droit d’aller au Paradis ou en Enfer. Finalement, ces conceptions des religions monothéistes s’approchent de l’idée de karma. Celui qui fait le mal dans une existence se réincarne dans la souffrance et celui qui fait le bien connaît une vie meilleure par la suite. La grande différence est que, pour les religions monothéistes, il existe un jugement dernier, une fin ultime, un moment où les âmes seront jugées. Cela contredit évidemment ce que nous venons de voir. Ce sont les âmes qui ont enclenché l’évolution, qui ont créé la vie et qui lui ont permis d’évoluer. Que se passera-t-il lorsque les âmes auront décidé que leur évolution est terminée ? Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y aura pas de jugement dernier, les âmes ne vont pas se juger elles-mêmes.

Nous nous focalisons souvent sur le commencement de l’univers, sur ce fameux Big-bang. Ce n’est qu’une théorie, mais elle est désormais tellement ancrée en nous que nous la prenons pour la vérité. De toute façon, je doute qu’un jour, nous, êtres vivants, arrivions à savoir comment tout cela est né et pourquoi. Une autre question, peut-être plus directement intéressante pour nous, est de savoir à quel moment et pour quelle raison est née la conscience. La conscience de nous, des autres, du monde.

C’est crucial, puisque c’est cela qui nous différencie des animaux. Nous ne sommes humains que parce que nous avons une conscience. Il faut en faire bon usage. Tout commence à l’époque où les Hommes se mettent à dessiner sur les parois des grottes qui les abritent. Il s’agit d’une forme d’art, mais surtout d’une prise de conscience du monde extérieur. Nous commençons à dessiner le monde animal, ce qui soudain fait de nous des êtres supérieurs. Dans la Bible, c’est Adam qui doit donner un nom à chaque animal. Les deux phénomènes sont identiques. Nous sommes supérieurs en cela que nous avons conscience du monde qui nous entoure.

Depuis lors, l’humanité n’a cessé de progresser grâce à la conscience. Parce que finalement, au commencement, nous sommes un animal assez faible. Notre constitution est très éloignée de la perfection. Notre corps est fragile, sujet à de nombreux défauts. Des manques qui sont devenus notre force. Nous avons perdu notre épaisse fourrure, qui nous protégeait du froid. Qu’à cela ne tienne, nous avons découvert le feu. Et de ce que le règne animal considère comme une faiblesse, la nudité du corps, nous faisons une force. Nous pouvons vivre dans les contrées chaudes aussi bien que dans les pays plus froids. Parce que nous avons la capacité de nous dénuder ou de nous habiller.

Nous ne sommes pas des oiseaux, nous ne pouvons pas nous contenter d’un nid pour seule maison. Nous ne sommes pas des souris, nous ne vivons pas dans des terriers. Au départ, nous sommes comme tous les animaux, nous vivons à l’extérieur. Bien entendu, les dinosaures pouvaient évoluer à loisir dans le monde extérieur. Étant donnée leur puissance, l’épaisseur de leur peau, ils n’avaient que faire de la pluie, du vent, du froid. Mais nous, nous sommes des êtres fragiles. Alors, au départ, nous nous contentons de ce que la nature nous offre, nous habitons des cavernes, sortes de maisons naturelles.

Sauf que notre conscience nous dit que cela n’est pas suffisant. Nous ne pouvons pas longtemps nous contenter de ce genre d’habitation. Peut-être qu’au départ nous ne devions être qu’un petit accident dans l’évolution de la Nature. Les Hommes n’étaient sans doute pas voués à vivre aussi longtemps, sur des millions d’années. Mais voilà, par accident ou à dessein, la Nature nous a donné la conscience. Quand est-ce que cette dernière est apparue ? Avant que nous nous mettions sur nos deux jambes pour devenir bipèdes ? Ou est-ce la bipédie qui nous a permis de prendre conscience du monde ?

En tout cas, physiquement comme symboliquement, l’Homme s’élève. L’Homme ne se contente pas de ce que la nature lui donne. En fait, on pourrait dire, même si je n’apprécie pas cette idée, que la Nature est notre ennemie. Elle nous a laissés faibles, imparfaits, impréparés à lutter contre les éléments naturels. Et c’est contre la nature que nous avons grandi, évolué. Contre la pluie, le vent et le froid, nous avons bâti des maisons, nous avons entretenu le feu. Contre les déficiences de nos yeux, nous avons mis au point les lunettes. Pour pallier à l’imperfection de notre dentition, nous avons fait évoluer la médecine. Nous pouvons soigner nos blessures, panser nos plaies, corriger les imperfections de la nature.

Est-ce que la Nature nous aime ? Ce qui est certain, c’est que nous avons évolué en lutte contre la nature, cela a été notre moteur pour aller de plus en plus loin, devenir de plus en plus forts, grâce au monde matériel. Aujourd’hui, je n’ai même plus conscience de toutes ces étapes qu’il a fallu franchir pour que je sois là, tranquillement, chez moi, protégé de la pluie, du vent, de la neige. Je n’ai plus conscience de ce que mes ancêtres ont dû traverser pour que je n’aie qu’à allumer le chauffage quand j’ai froid ou ouvrir le réfrigérateur quand j’ai faim.

Regarder en arrière et penser à toutes les étapes qu’il a fallu franchir pour en arriver là ne peut que nous donner le tournis. Une récente étude scientifique tend à prouver que la conscience est en fait née du dysfonctionnement d’un gène, qui aurait modifié notre cerveau, l’éveillant à la conscience. C’est une découverte récente, donc je ne sais pas si ses fondements sont justes et si elle ne sera pas bientôt invalidée. Ce que je crois, c’est que la conscience est effectivement un accident de la nature. Cette dernière n’a sans doute pas voulu que nous recevions cette capacité. En fait, nous compromettons Ses plans.

Avec les autres animaux, la Nature peut opérer comme elle le veut. La vie suit la courbe de l’évolution, que nous venons corrompre. Des espèces naissent, prolifèrent, évoluent. Les spécimens qui sont impropres à la vie, qui ne sont pas assez forts, qui ne s’adaptent pas au nouveau climat, s’éteignent. Nous, nous allons contre la volonté de la Nature en trouvant toujours plus de moyens de survivre. C’est pour cela que la Terre est au bord du gouffre. Elle doit supporter une espèce vivante qui a dépassé sa condition naturelle pour dicter sa propre loi.

Normalement, il n’y a pas assez de nourriture sur Terre pour éviter la famine. Mais nous avons inventé des procédés, des produits chimiques, des OGM, pour surexploiter les sols. Nous sommes un danger pour la nature et les autres espèces. La surexploitation des océans fait disparaître, à un rythme effréné, plusieurs espèces de poissons. Normalement, les diamants, l’or et les autres métaux sont des imperfections de la nature. Nous les exploitons parce que nous avons décidé que la rareté produirait la valeur. Sans parler du pétrole. Il a fallu des millions d’années pour que des végétaux se fossilisent et se transforment en or noir. Sans nous, les hydrocarbures seraient encore sous le sol. Mais nous avons découvert un moyen de les utiliser, de vider le sol, pour polluer les airs.

Je ne sais pas si tout cela est un hasard ou non. L’Homme s’adapte à la nature, qui en retour doit s’adapter à l’Homme. Là où la nature ne voit que des plantes fossilisées, nous voyons du carburant. Là où la nature ne voit que des atomes, nous voyons la possibilité de faire entrer des atomes en collision pour produire de la chaleur. C’est l’Homme qui rend la nature néfaste en transformant le pétrole en pollution et les atomes en radiations. En retour, la nature doit s’adapter. Le trou dans la couche d’ozone modifie le climat sur toute la planète. Nous imposons notre dictature aux autres animaux et aux végétaux. À cause de nous, ils doivent s’adapter, et ceci rapidement, pour prendre en considération les dommages que nous avons causés à la nature.

La déforestation entraîne l’extinction de beaucoup d’espèces. Nous sommes sans doute plus dévastateurs que la météorite qui aurait causé la disparition des dinosaures. Nous sommes finalement plus violents que la nature. Sauf que si cette dernière sait s’adapter, elle a aussi des armes pour lutter contre une espèce qui est en train de la détruire. Elle a peut-être une conscience, mais surtout, elle répond à des mécanismes bien précis. Tout ce que nous faisons en un point du globe se répercute sur le reste de la planète. Chaque fois que nous modifions une petite chose dans la nature, c’est l’ensemble de l’édifice qui est ébranlé.

Quel est le but ultime ? Pourquoi le processus de la réincarnation a-t-il commencé et quel est son objectif ? Quelle est la place de l’Homme dans cette aventure ? Les réponses à ces questions ne sont pas à notre portée. Seules les âmes peuvent le savoir. Peut-être pourrions-nous en avoir une idée en nous attachant à revivre nos existences passées, par la régression. Sauf qu’il est sans doute déjà trop tard. La réincarnation de l’Homme prend fin, les âmes se dirigent vers une autre forme de vie, plus évoluée.

Il ne s’agit pas là de prédire une quelconque extinction du monde. Oui, un jour notre Terre prendra fin, lorsque notre étoile aura consumé toute son énergie et finira sa course dans une grande explosion qui engloutira le système solaire dans son entier. Nous ne serons plus là pour y assister, nous parlons d’un futur qui se déroulera dans des millions d’années. Pour l’instant, nous sommes les spectateurs de la prochaine évolution. Nous sommes dans notre dernier cycle. C’est la fin d’un règne, celui de l’humain. Il n’y aura pas d’Armageddon, pas de cataclysme. Nous serons simplement remplacés par une autre forme de vie. À moins que nous ne soyons une épine trop dérangeante pour la suite. À une époque, les dinosaures étaient les véhicules des âmes. Une fois que leur enveloppe charnelle n’a plus suffi, les âmes ont dû provoquer un grand cataclysme, ceci pour éliminer les traces de l’ancien monde et permettre la naissance de nouvelles formes de vie, plus utiles aux âmes.

Il ne faut pas ressentir d’appréhension, ni d’angoisse. La fin ne sera qu’un passage. Et puis, il n’est pas utile de faire fondre une comète sur la Terre pour éliminer l’humanité. Les Hommes savent très bien se détruire eux-mêmes.

Les âmes ont pourtant tout tenté pour nous ramener à la raison, pour faire de nous des êtres toujours plus évolués, pour immiscer en nous le sentiment le plus puissant qui soit : l’Amour. Nous n’avons pas voulu écouter.

Les âmes nous conduisent vers toujours plus de perfection, de bonté. Elles ne pourront définitivement s’affranchir du monde physique qu’en réussissant à faire de l’Univers tout entier un lieu d’Amour. Nombreux sont ceux qui veulent étouffer ce message. Les humains sont trop vénaux. Ils désirent le pouvoir et la richesse. Mais la vérité est ailleurs. Le but ultime de l’existence est devenu invisible à nos yeux. Nous avons perdu toute logique, nous ne savons plus voir pourquoi nous sommes là. Les âmes ne cessent pas d’évoluer. Quand une enveloppe charnelle devient trop encombrante, elles en changent. Ce n’est finalement pas une punition des âmes si elles nous abandonnent. Comme d’autres animaux avant nous, une chance nous a été donnée, celle de la conscience. Nous en avons fait n’importe quoi, il n’est plus temps d’essayer de réparer nos méfaits. Nous ne pouvons plus qu’assister, impuissants, au départ des âmes.

Que se passera-t-il ensuite ? Que deviennent les êtres qui sont exclus du cycle de la réincarnation ? Nous sommes à la fin de la vie telle que nous la connaissons. Une nouvelle grande évolution des âmes se prépare et nous n’en ferons pas partie. Nous marchons vers une nouvelle organisation du vivant. Le rideau tombe sur le monde tel que nous le connaissons. La rupture ne sera pas brutale. D’ailleurs, la transformation a lieu en ce moment même et nous ne voyons absolument rien. Nous évoluons dans un monde physique, qui répond à des lois. Les âmes ne peuvent pas tout modifier en un claquement de doigts. Si l’évolution nous a amenés à ce que nous connaissons aujourd’hui, c’est que tout ce qui nous entoure est utile aux âmes, dans le présent et dans les temps à venir. Il n’y a aucune raison de tout effacer pour recommencer à zéro. Nous nous dirigeons vers une nouvelle ère, basée sur les événements passés.

Il n’y aura ni rupture brutale, ni explosion dévastatrice, juste une nouvelle forme d’évolution. Nous sommes en train de franchir cette étape, sans même en prendre conscience. C’est bien le signe que nous perdons notre bien le plus précieux, celui qui depuis des siècles nous différencie des animaux : la conscience ! La transformation ne se fait pas dans le monde physique, mais au niveau spirituel, au niveau des âmes.

Parce que le grand changement ne peut pas se faire dans le monde physique, il se réalisera dans la dimension spirituelle. L’humanité est prête, il est temps. Une fois que l’ère nouvelle a commencé, de toute façon, il n’y a plus de retour en arrière possible. Les prochains êtres qui détiendront la conscience sont déjà parmi nous. Nous ne pouvons pas les voir, ce qui est une forme de sécurité pour les âmes. Car si nous savions qui nous succédera, nous essayerions d’éliminer nos successeurs.

Désormais, à chaque mort physique, l’âme s’en va, pour s’incarner dans sa prochaine forme d’évolution et non plus dans un être humain. Nous faisons partie du passé. Nous avons été les véhicules des âmes pendant assez longtemps. Les humains continueront à vivre, comme tous les animaux qui nous entourent et qui, un jour, ont été propices à l’incarnation des âmes. Des enfants continuent de naître, même s’ils ne sont plus habités par des âmes. Nous ne voyons pas la différence. Ils ne se comportent pas de manière étrange. Le monde matériel est un décor dans lequel nous évoluons depuis si longtemps, auquel nous sommes tellement habitués, que nous ne pouvons plus voir les changements de fond.

Les âmes nous délaissent petit à petit. Nous les avons amenées jusqu’à ce point de leur évolution, nous ne sommes plus utiles. La vie se poursuit, le monde évolue toujours, les vivants ne voient aucune différence. Et puisque nous perdons notre faculté d’être conscients, nous ne remarquerons même pas que nous avons été remplacés. Les humains redeviennent des animaux comme les autres. Lorsque je ne serai plus, mon âme ira s’incarner dans une autre forme de vie. Elle ne perdra rien de ses vies antérieures. Mais sa nouvelle incarnation sera comme moi, elle aura un esprit vierge à la naissance. Elle ne se remémorera plus ce qu’elle a été, tout comme moi je ne peux plus me souvenir des formes de vie dans lesquelles mon âme immortelle s’est incarnée depuis le commencement de son voyage.

Ceci est une réalité, que nous y croyons ou pas. La plupart des âmes ont déjà quitté l’enveloppe charnelle humaine, ce qui explique ce que nous considérons comme des dysfonctionnements de notre monde. À leur époque, d’autres animaux étaient tout puissants, se croyant supérieurs et invincibles. Nous avons également eu cette prétention. Maintenant, nous retournons à l’état d’animaux, de simples entités de la nature, sans destinée particulière. Comme le reste du règne animal, nos fonctions se limitent désormais à manger, boire, procréer.

Nous perdons la conscience d’être.

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