Genèse d’un roman

La question revient souvent : comment vous viennent toutes ces idées ? Il est parfois difficile de comprendre de quelle manière l’esprit d’un écrivain fonctionne. Beaucoup se sentent incapables d’écrire un roman entier, cela leur semble une tâche insurmontable. En réalité ce n’est difficile que lorsqu’on se force à écrire. Un écrivain, évidemment, ne ressent aucune douleur quand il déroule son œuvre. Simplement parce qu’il est habité par l’Inspiration. Un phénomène assez complexe à décrire. À l’origine il y a évidemment une idée, qui ne vient pas de nulle part. Nous sommes beaucoup sollicités à notre époque : la télévision, Internet, des milliers de livres publiés chaque année, sans oublier la vie quotidienne, les conversations avec les autres. Dans cette cacophonie permanente, l’écrivain est une sorte d’éponge qui absorbe les informations venant de différents média. Et au final germe une idée, résultat de toutes ces sollicitations. L’attention de l’écrivain est attirée par un événement particulier, qui l’intéresse, qui fait fonctionner son imagination. Je ne dis pas que n’importe quel sujet peut devenir un roman, même si lorsqu’on a du talent, on peut faire du sujet le plus banal une œuvre merveilleuse. Il n’y a qu’à lire Balzac et ses observations sur son époque.

L’idée vient ainsi de là, des sources extérieures. L’idée n’est pas l’Inspiration. Cette dernière permet de transformer une constatation, une observation, en une fiction qui va au-delà de la réalité. Puisque ce que l’on cherche dans un roman c’est un moment d’évasion. Pour connaître les informations nous avons les journalistes, dont l’objectif n’est pas de transcender le lecteur mais de « l’informer » (avec des guillemets parce que nos médias sont quand même la principale source de désinformation générale, c’est un autre thème). Je pourrais essayer de définir l’origine de mon roman Esprit es-tu là ? ce qui ne serait pas une chose aisée. Pour entamer la rédaction d’un roman il y a forcément un déclic, cet instant où je réalise de quelle manière je veux traiter le sujet. Mais les sources sont diverses. Il y a d’abord la légende du fantôme rouge, assez bien documentée, même si elle est encore peu connue du grand public. Dans le roman, tous les faits se rapportant au fantôme rouge sont puisés dans l’Histoire, les témoignages du passé. Il serait effectivement apparu devant les puissants depuis Catherine de Médicis jusqu’à Napoléon.

Ensuite, l’écrivain est aidé par le contexte historique. J’admire les grands auteurs de science-fiction qui réussissent avec génie à créer leur propre univers, de toute pièce. Je ne sais pas si j’en suis capable, je n’ai jamais essayé. J’aime écrire avec l’assise d’un contexte historique. Le plus intéressant est souvent de placer un roman à notre époque, l’écrivain est un observateur de son temps qui, à travers des histoires palpitantes met en lumière certaines facettes de notre réalité que nous ne savons plus voir où auxquelles nous ne pas prêtons plus attention. Pour Esprit es-tu là ? le contexte est celui du Second Empire, une période fascinante de l’Histoire française. Un choix qui n’est sans doute pas sans lien avec l’exposition organisée par le Louvre, justement sur le Second Empire, au moment où je commençais à écrire le roman ! Les faits historiques sont rassurants et permettent d’ancrer le roman dans une certaine crédibilité, même si j’avoue m’autoriser quelques arrangements avec le passé pour la cohérence de l’histoire que je développe.

Pourquoi avoir choisi pour sujet les esprits ? Simplement parce que c’est un domaine qui m’intéresse et que j’ai déjà lu énormément d’ouvrages sur le sujet. En particulier les livres d’Allan Kardec, que l’on croise dans le roman, un juste retour des choses puisque ce sont ses écrits qui ont en grande partie inspiré ce que je révèle sur les esprits, il a été une sorte de guide pour que je ne multiplie pas les affabulations. Il n’en reste pas moins que ma plus grande influence sera toujours Michael Jackson. Même si vous n’êtes pas fan du chanteur vous connaissez son goût pour ce qui nous fait peur : les morts vivants de Thriller ou les fantômes de Ghosts. Il aime ce qui nous fait peur, mais d’une manière qui lui est évidemment très particulière. Durant sa carrière il a souvent évoqué ces thèmes sans vouloir terroriser son public. Grâce à lui les morts vivants entament une chorégraphie internationalement reconnaissable et reprise. À travers ses yeux, les fantômes peuvent s’énerver mais ils ne font de mal à personne. Des monstres gentils en quelque sorte…

Pour bien marquer cette influence, je veux conclure en évoquant une chanson de Michael Jackson. Je pense qu’elle correspond parfaitement au personnage principal d’Esprit es-tu là ?. Louis pourrait chanter :

[ROD SERLING INTRO]

Tonight’s story is somewhat unique and calls for a different kind of introduction

L’histoire de ce soir est unique et nécessite une introduction un peu différente

A monster had arrived in the village

Un monstre est arrivé au village

The major ingredient of any recipe for fear is the unknown

L’ingrédient principal de la recette de la peur est l’inconnu

And this person or thing is soon to be met

Et cette personne ou chose est sur le point d’apparaître

He knows every thought, he can feel every emotion

Il connaît vos pensées, il peut percevoir vos émotions

Oh yes, I did forget something didn’t I? I forgot to introduce you to the monster.

Ah oui, j’ai oubli quelque chose, n’est-ce pas ? J’ai oublié de vous présenter au monstre.

You’re fearing me, ‘cause you know I’m a beast

Vous avez peur de moi, parce que vous savez que je suis une bête

Watching you when you sleep, when you’re in bed

Vous observant quand vous dormez, quand vous êtes au lit

I’m underneath

Je suis en dessous

You’re trapped in halls, and my face is the walls

Vous êtes enfermé dans une salle, et les murs sont mon visage

I’m the floor when you fall, and when you scream it’s ‘cause of me

Je suis le sol quand vous tombez, et quand vous criez c’est à cause de moi

I’m the living dead, the dark thoughts in your head

Je suis le mort vivant, la pensée sombre dans votre tête

I heard just what you said

J’entends ce que vous dites

That’s why you’ve got to be threatened by me

C’est pourquoi que vous devez vous sentir menacé par moi

[CHORUS]

You should be watching me, you should feel threatened

Vous devriez me craindre, vous devriez vous sentir menacé

While you sleep, while you creep, you should be threatened

Quand vous dormez, quand vous rampez, vous devriez avoir peur

Every time your lady speaks she speaks of me, threatened

Chaque fois que votre femme parle elle parle de moi, apeurée

Half of me you’ll never be, so you should feel threatened by me

Vous ne m’arriverez jamais à la cheville, alors vous devriez vous sentir menacé par moi

You think you’re by yourself, but it’s my touch you felt

Vous pensez être seul, mais vous sentez une présence

I’m not a ghost from Hell, but I’ve got a spell on you

Je ne suis pas un démon de l’Enfer, mais je vous ai jeté un sort

Your worst nightmare, it’s me, I’m everywhere

Votre pire cauchemar, c’est moi, je suis partout

In one blink I’ll disappear, and then I’ll come back to haunt you

En un clin d’œil je disparaîtrai, puis je reviendrai vous hanter

I’m telling you, when you lie under a tomb

Je vous le dis, quand vous êtes dans la tombe

I’m the one watching you

Je suis celui qui vous regarde

That’s why you got to be threatened by me

C’est pourquoi vous devriez vous sentir menacé par moi

[ROD SERLING VERSE]

The unknown monster is about to embark

Le monstre inconnu est sur le point d’embarquer

From a far corner, out of the dark

Dans un coin éloigné, se détachant de l’obscurité

A nightmare, that’s the case

Un cauchemar, c’est un fait

Never Neverland, that’s the place

Never Neverland, c’est le lieu

This particular monster can read minds

Ce monstre particulier peut lire dans les esprits

Be in two places at the same time

Etre à deux endroits en même temps

This is judgement night, execution, slaughter

C’est l’heure du jugement, de l’exécution, du carnage

The devil, ghosts, this monster is torture

Le diable, les fantômes, ce monstre est une torture

You can be sure of one thing, that’s fate

Vous pouvez être certain d’une chose, c’est la destinée

A human presence that you feel is strange

Une présence humaine qui vous met mal à l’aise

A monster that you can see disappear

Un monstre que vous pouvez voir disparaître

A monster, the worst thing to fear.

Un monstre, la pire chose à craindre.

[ROD SERLING OUTRO]

What you have just witnessed could be the end of a particularly terrifying nightmare.

Ce à quoi vous venez d’assister pourrait être la fin d’un cauchemar terrifiant.

It isn’t. It’s the beginning.

Ce n’est pas le cas. Ce n’est que le début.

Michael Jackson, Threatened, sur l’album « Invincible ».

Rod Serling: le créateur de la série “The Twilight Zone” (La Quatrième dimension)

Il est difficile de traduire les paroles de Michael Jackson, il existe souvent plusieurs sens. J’ai fait de mon mieux, il est évident que le texte original est bien plus puissant que ma version française…

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