Rousseau, Henri

Moi-même

1890, National Gallery, Prague.

Rousseau, moimeme

1. Henri Rousseau (1844-1910) : l’entreprise de son père ayant fait faillite, Henri connaîtra de nombreux déménagements. Alors qu’il travaille comme commis d’avocat il vole la somme de vingt francs à son employeur, ce qui lui vaut une année de prison. Lorsqu’il est libéré, en 1868, il rejoint Paris. Un an plus tard il célèbre son mariage dont seront issus neuf enfants (huit mourront avant 1886). En 1870 il entre à l’Octroi de Paris, l’organisme collectant les taxes des marchandises entrant dans Paris. Ce travail lui vaudra son surnom de « Douanier ». Deux ans plus tard il commence à peindre, en autodidacte. Adepte du spiritisme il est persuadé que les esprits guident son pinceau. Copiste au Musée du Louvre, il ne sera jamais accepté dans les salons officiels. Il pourra par contre exposer au Salon des indépendants, pour lequel il n’y a pas de jury d’entrée. La critique et ses contemporains n’auront de cesse de moquer son travail le considérant comme un « peintre du dimanche ». (Aujourd’hui les auteurs indépendants connaissent la même destinée : fermeture des voies officielles, dédain de la critique, suspicion des contemporains, considérés comme des auteurs du dimanche.)

2. L’art naïf : la principale caractéristique est le non-respect des règles de la perspective. Le résultat évoque un univers d’enfant, d’où le terme de « naïf ». Le terme est inventé, en premier lieu, pour qualifier les œuvres du Douanier Rousseau, qui ne suit en rien les normes académiques ou les recherches picturales de son époque (les impressionnistes). Les thèmes principaux de l’art naïf sont les paysages de campagne, les costumes folkloriques, les animaux domestiques ou sauvages. Les couleurs employées sont vives, posées en aplats, sans nuances. Les œuvres désignées par ce mouvement suscitent en général l’étonnement, un sentiment de dépaysement, un parfum d’innocence, le tout basé sur l’imagination et l’idéalisation.

3. Le salon des indépendants : créé en 1884, il réunit des artistes souhaitant exposer leurs œuvres sans avoir à passer par la sélection d’un jury. Sous la présidence d’Odilon Redon, on compte parmi les membres fondateurs Georges Seurat ou Paul Signac. Le lieu d’exposition varie, mais le salon, lui, a bien lieu tous les neuf ans (sauf durant la Grande Guerre). Il a permis à plusieurs artistes de se faire connaître, principalement des impressionnistes, toujours refusés lors des salons officiels. Il était également ouvert aux artistes étrangers. Et l’Histoire donne raison aux indépendants, puisque parmi les exposants il subsiste plus de noms encore célèbres de nos jours que parmi ceux ayant exposé dans les salons officiels !

4. Henri Rousseau aurait peint environ 250 toiles dont la plupart sont perdues. Elles avaient servi de paiement pour son épicier, sa blanchisseuse et pour s’acheter une voiture ! Dans sa peinture, il essaie de faire coïncider ce qu’il voit avec ce qu’il sait. Même si l’exotisme est omniprésent dans son œuvre, il n’a pratiquement jamais quitté Paris. C’est un exotisme imaginaire, inspiré par ses visites au Jardin des Plantes et la lecture de revues illustrées. Ses représentations sont sans perspectives et il utilise des couleurs vives. Certains y voient de la naïveté et de la maladresse. D’autres se prennent à rêver et remarquent qu’il peint ce qu’imaginerait un enfant.

1920px-Rousseau-Hungry-LionLe lion, ayant faim, se jette sur l’antilope, 1898-1905.

5. Le Douanier Rousseau aime mettre en scène des combats d’animaux sauvages dans une nature exubérante, totalement inventée. Pour ce qui concerne la faune, il s’inspire de ses visites au jardin d’Acclimatation. Ce n’est que vers la fin de sa carrière de peintre qu’il présentera des personnages dans ses œuvres. Et doucement, le public et les critiques commencent à apprécier la touche du peintre. Guillaume Apollinaire, lors de l’exposition du tableau Le Rêve : « Cette année, personne ne rit, tous sont unanimes : ils admirent ». Il peint aussi des paysages plus contemporains, multipliant les détails techniques de son temps : les dirigeables, les poteaux télégraphiques, les ponts métalliques, la tour Eiffel… Toujours sans aucune perspective.

Le rêveLe Rêve, 1910.

6. Dans les portraits qu’il réalise, les personnages sont figés, de face, inexpressifs. Quand il représente des groupes, les personnages sont simplement juxtaposés. Il ne prend même pas garde aux proportions, une conséquence de son manque de maîtrise de la perspective. On retrouve alors un type de représentation connu au Moyen-Âge : la perspective signifiante. Son autoportrait est assez significatif : le peintre posant devant les caractéristiques de son métier de douanier… Bien qu’il ait été solitaire, il entretenait de nombreuses relations avec les grands noms de la peinture et de l’écriture : Apollinaire, André Breton… Il a aussi écrit des pièces de théâtre ou des poèmes en rapport avec ses œuvres.

7. La perspective signifiante du Moyen-Âge : aussi appelée perspective inversée, elle est celle dans laquelle les personnages adoptent la taille de leur importance et de leur dignité. Elle est surtout utilisée dans l’art byzantin même si on peut souvent la voir chez les artistes occidentaux du Moyen-Âge. Elle sera abandonnée à la Renaissance. L’humanisme de cette période impose une égalité entre les personnages, différenciés désormais par la perspective mathématique (avec un point focal). Cette technique ne disparaîtra pourtant jamais et nous avons vu qu’elle est encore utilisée aux XIXème et XXème siècles.

Piero della FrancescaPiero della Francesca, Vierge de Miséricorde, XVème siècle.