Perronneau, Jean-Baptiste

Autoportrait

1750, musée de Tours

Perronneau, 1750

1. Lorsque Jean-Baptiste Perronneau a peint son Autoportrait de 1750, il avait trente ans. Il ne voulait pas se représenter en tant que peintre, mais en tant qu’individu. Michael Koortbojian remarque que les autoportraits du XVIIIe siècle tentaient de représenter la présence réelle du peintre et non une idéalisation. C’est par exemple une idéalisation du peintre qui se retrouve chez Albrecht Dürer et son célèbre Autoportrait. Le peintre se représente dans toute sa grandeur, n’étant pas loin même de s’identifier aux représentations traditionnelles de Jésus. Durant l’époque qui nous intéresse, l’objectif des peintres a changé. Ils sont certains de leur statut de créateurs et, en se représentant tels qu’ils sont, combinent tous les aspects de leur spécificité dans le tissu social. L’artiste en s’idéalise pas, il n’idéalise pas la nature ; il ne la copie pas non plus.

Durer, 1500Autoportrait, Albrecht Dürer, 1500.

2. Jean-Baptiste Perronneau ne cherche pas à garder trace de sa jeunesse, mais semblait plutôt vouloir se servir de l’image comme propagande. La postérité se souviendra de lui figé dans cette posture, et la véritable nature du peintre sera perdue après sa mort. Il est devenu presque naturel pour les historiens de l’art d’interpréter les œuvres de façon biographique, ceci étant d’autant plus tentant pour les autoportraits. Ernst Kris et Otto Kurz savent que cela s’est produit de tout temps : « Sans cesse nous retrouvons cette tendance à lier le caractère de l’homme à celui de son œuvre. » Cette idée est récurrente depuis que les écrivains s’attachent à décrire des œuvres d’art.

3. Dans son Autoportrait de 1775, Jean Siméon Chardin ne s’est pas davantage représenté comme un artiste. Il n’est pas en train de travailler, mais étudie le reflet de son miroir. Le chevalet a pratiquement disparu. Cette fois, il s’agit peut-être de se souvenir du passage du temps. Quatre ans plus tôt il réalisait un autre Autoportrait quasiment identique. C’est comme si par sa pose, en habit simple et devant un fond neutre, il voulait montrer que son génie restait intact, même si son visage subissait les affres du temps.

Chardin, 1775Portrait de Chardin à l’abat-jour, 1775.

Chardin, 1771Portrait de Chardin aux besicles, 1771.

4. Les pastels que Chardin expose pour la première fois au Salon de 1771 font un grand effet. Un correspondant de L’année littéraire écrit à ce sujet : « C’est un genre dans lequel on ne l’avait point encore vu s’exercer, et que, dans ses coups d’essai, il porte au plus haut degré. » Chardin voulait s’imposer et faire ses preuves dans un domaine qui n’était pas le sien et où les maîtres réputés ne manquaient pas : Maurice Quentin de La Tour, Jean-Baptiste Perronneau ou François Liotard. Marcel Proust écrira ceci en 1895 : « Le moindre pli de la peau, le moindre relief d’une veine est la traduction très fidèle et très curieuse de trois originaux correspondant : le caractère, la vie, l’émotion présente. »

5. Quel meilleur exemple d’un peintre qui réalise des autoportraits à différentes étapes de sa vie que celui d’Élisabeth Vigée-Lebrun ! Peintre officielle de la reine de France, elle a dû quitter le pays au moment où la Révolution éclate. Elle va alors sillonner l’Europe, invitée dans les prestigieuses cours européennes. En 1790 elle réalise un Autoportrait (Fig. 42) pour l’Accademia di San Luca où elle est accueillie lors de son séjour à Rome. Quatre ans plus tard, elle est à Vienne et prend son reflet pour le sujet d’un tableau (Fig. 43). Enfin, dans son Autoportrait de 1800 (Fig. 44) on la retrouve l’artiste en plein travail alors qu’elle achève son séjour à Saint-Pétersbourg. Le passage du temps semble ne pas avoir d’emprise sur elle, même avec les difficiles voyages à l’étranger.

ELV, 1790Autoportrait, Élisabeth Louise Vigée-Lebrun, 1790.

ELV, 1794Autoportrait, Élisabeth Louise Vigée-Lebrun, 1794.

ELV, 1800Autoportrait, Élisabeth Louise Vigée-Lebrun, 1800.

6. L’autoportrait peut aussi exprimer un sentiment particulier à un certain moment de la vie de l’artiste. Aux heures noires de son existence, Jacques-Louis David n’avait pas d’autre choix que de se prendre pour modèle. En septembre 1793, il entrait au Comité de Sûreté Générale, l’organe policier de la Terreur. L’artiste était considéré comme un fidèle de l’Incorruptible, Maximilien Robespierre. Il accédera à la présidence du Comité en 1794. Il s’occupait des questions artistiques. Il signait, avec ses collègues, les mandats qui envoyaient les suspects au Tribunal Révolutionnaire.

7. En juillet de la même année, Robespierre accusera le Comité de conspirer contre la Révolution. Le deux août, Jacques-Louis David sera arrêté et emprisonné à l’ex-hôtel des Fermes Générales. Il se fera porter de quoi peindre et se prendra pour modèle. En prison, il sera menacé de mort et accablé d’ennemis (Fig. 45). Pascal Bonafoux a commenté cet autoportrait : « Regarder un portrait de David ce n’est pas regarder David, c’est le regarder dans un miroir. »

David, 1794Autoportrait, Jacques-Louis David, 1794.