Houdon, Jacques-Antoine

Denis Diderot

1771, Musée du Louvre.

Houdon, Diderot, 1771

1. La nouvelle manière de penser des scientifiques et des philosophes du XVIIIe siècle n’a pas bouleversé d’un seul tenant toute la société française. Pendant longtemps, l’Etat et l’Eglise voudront limiter la diffusion des idées philosophiques. Mais la parution du premier volume de l’Encyclopédie, en 1751, égratignait cette mainmise sur les écrits. Pour expliquer la lenteur de la diffusion des écrits philosophiques, il ne faut pas non plus négliger le manque d’instruction de la population. Jusque vers 1762 l’enseignement dans les collèges ne changera guère, une situation qui évoluera lorsque les Jésuites seront expulsés de France, en 1764. La base de l’enseignement restera pourtant la rhétorique. L’esprit classique perdure, qui veut réduire la littérature et le goût à des règles mécaniques qu’il suffirait d’appliquer et de reproduire. Les philosophes n’oubliaient pas les leçons de l’Antiquité et la grande majorité des lettrés du XVIIIe siècle étaient imprégnés de la culture latine et grecque.

2. Jean-Antoine Houdon (1741-1828) obtient le Prix de Rome en 1761. En Italie, il étudie les œuvres de l’antiquité et les artistes de la Renaissance. Il apprend à combiner le réalisme avec un certain idéalisme grec. Revenu à Paris en 1771, il devient membre de l’Académie Royale. En 1805, il sera nommé professeur à l’École des Beaux-Arts de Paris. Il fait partie de la loge maçonnique des Neuf Sœurs qui lui permet de côtoyer Benjamin Franklin. Durant un voyage en Amérique, il rencontre Thomas Jefferson qui lui commence un buste et le persuade de faire une statue de George Washington. Durant sa carrière, il aura traversé la fin de la monarchie absolue, la Révolution et connaîtra les débuts de l’Empire. Il sculptera jusqu’à sa mort, affirmant que « C’est la nature dans toute sa noblesse, sa parfaite santé que nous recherchons, ou sinon, nous ne sommes que de chétifs imitateurs ».

Jefferson

Thomas Jefferson, 1789.

Washington
George Washington, 1785-1792.

3. Les philosophes modernes ont d’abord été reconnus par leurs contemporains comme auteurs de théâtre. Denis Diderot, avec Le fils naturel, publié en 1757, marquait l’origine du drame bourgeois. Cette pièce était le fruit d’une réflexion sur le théâtre que Diderot présentait dans les trois Entretiens sur le fils naturel. L’auteur y exprime ses idées sous la forme d’un dialogue avec Dorval, personnage principal de la pièce. Voltaire aussi était, dans un premier temps, plus célèbre pour ses écrits dramatiques que pour ses écrits philosophiques. On note par exemple : Brutus en 1730 ; Zaïre en 1732 ; Alzire en 1736 ou Mérope en 1743. Il y a aussi, bien entendu, tous ceux qui ont fait la grandeur du théâtre français mais qui n’ont pas, par la suite, poursuivi une carrière de philosophe. On pense d’abord à Beaumarchais, qui débute sa carrière avec deux drames : Eugénie en 1767 et Les deux amis en 1770.

4. Dans les Mémoires secrets, ce buste est comparé aux autres sculptures du Salon de cette année-là : « Ce n’est sûrement pas de l’avis de M. Diderot que son buste s’est trouvé en si mauvaise compagnie. Aussi semble-t-il faire bande à part et renier ses camarades. Quoique les grands traits de sa tête à médaille fournissent au ciseau et que l’artiste ait toute la liberté de s’étendre sur une pareille physionomie exactement prononcée dans ses différentes parties, on doit louer le feu, l’expression que M. Houdon a su mettre dans son ouvrage et l’enthousiasme du brûlant auteur des Bijoux indiscrets semble avoir gagné l’artiste, dont les autres ouvrages n’annoncent pas un caractère chaud et ardent. »

5. Ajoutons que c’est durant le XVIIIe siècle que les sciences humaines se sont constituées en discipline autonome. Et ce nouveau domaine d’étude va prendre pour modèle ce qui a été fait pour les sciences exactes. Nous y retrouvons encore une fois Voltaire qui a écrit un essai général sur l’histoire intitulé Essai sur les mœurs et qui était à l’origine destiné à Madame du Châtelet. Pendant ce temps, la diffusion des idées, des nouvelles pensées, passait par les périodiques. Même si les philosophes privilégièrent avant tout le théâtre, la lettre publique et le roman.

6. D’autres bustes représentant Denis Diderot :

1775Jean-Antoine Houdon, 1775, Musée du Louvre-Lens.

Pigalle 1777Jean-Baptiste Pigalle, 1777, Musée du Louvre.

1778Jean-Antoine Houdon, 1778, Musée du Louvre.

7. Avant d’essayer de comprendre qui étaient les philosophes du XVIIIe siècle, il faut s’attacher à donner une définition précise de ce que les contemporains entendaient par ce terme. Pour Antoine Furetière, auteur du Dictionnaire universel en 1690, le philosophe est celui qui aime la sagesse, qui raisonne juste sur les causes naturelles, et sur la conduite des mœurs. Le philosophe par excellence est Aristote. L’esprit du philosophe est élevé au-dessus des autres, est guéri de la préoccupation, des erreurs populaires et des vanités du monde. La philosophie est l’étude de la nature et de la morale, fondée sur le raisonnement. Et Furetière termine en affirmant que la philosophie moderne l’a bien emporté sur la grecque, prenant ainsi part à la querelle des Anciens et des Modernes qui avait débuté dans la dernière décennie du XVIIe siècle. Cette querelle finira par entériner le fait que les Modernes puissent être supérieurs aux Anciens.