Greuze, Jean-Baptiste

L’empereur Sévère reproche à Caracalla, son fils, d’avoir voulu l’assassiner

1769, Musée du Louvre

Jean-Baptiste_Greuze_-_Septimius_Severus_and_Caracalla_-_WGA10673

1. Les arts de l’Antiquité ont toujours été une source d’inspiration en Occident, de manière cyclique. Le néo-classicisme (terme datant de 1880, les contemporains parlaient de « style véritable ») est une tendance artistique qui s’inspire de l’Antiquité classique, en réaction contre les périodes antérieures. C’est un art académique, officiel, imposant une imitation de l’antique.

Lorsque nous parlons des « antiques », cela fait référence aux sculptures. Le terme « antiquités » recouvre les fouilles, les vestiges, les fresques et les objets.

Le néo-classicisme est un retour au sujet didactique et moral, à l’Antiquité et à la ligne (le dessin prime sur la couleur).

2. En 1769, Jean-Baptiste Greuze expose son morceau de réception à l’Académie, comme peintre d’Histoire : L’empereur Sévère reproche à Caracalla, son fils, d’avoir voulu l’assassiner. Il s’inspire de La mort de Germanicus de Nicolas Poussin. Jusque-là, Greuze était identifié comme peintre de genre. Avec cette toile, il essaie de répondre à la vogue du goût grec. À Rome, Greuze fait de nombreux dessins d’œuvres antiques, s’intéressant surtout aux visages de la colonne Trajane. Il s’inspire aussi des statues canoniques : l’Antinoüs du Belvédère ou le Faune du Capitole. Ces modèles sont détournés à des fins expressives.

Mort de Germanicus

La mort de Germanicus, Nicolas Poussin.

Trajane

Colonne Trajane.

Faune Capitole

Faune du Capitole.

3. L’antiquomanie : Herculanum est redécouverte en 1737, onze ans avant Pompéi. De nombreux dessinateurs sont envoyés sur les lieux pour effectuer des relevés de fouilles destinés à des recueils. On notera par exemple les œuvres d’Hubert Robert, qui réalise des dessins fidèles à la réalité, avec tout de même une part d’invention. À Rome, la demande d’antiquité s’accroît. Clément XI refuse toute exportation tandis que la papauté multiplie les acquisitions. En 1725, l’Académie de France à Rome possède une importante collection de moulages, que certains artistes auront la chance de voir.

hubert-robert.-le-port-de-ripetta-a-rome-1766-

Le port de Ripetta à Rome, Hubert Robert

4. Greuze est finalement reçu à l’Académie, en 1769, avec son Caracalla, comme peintre de genre. Il est difficile, voire impossible de passer d’un genre à l’autre. La critique ne sera pas tendre avec son œuvre décrite comme une peinture de genre déguisée en histoire. Denis Diderot lui-même est très dur : il trouve que le héros n’est pas noble, qu’il ressemble à un forçat ; l’action de Septime n’est pas claire alors que le physique doit transmettre le caractère du personnage ; quant à la figure principale, Caracalla, il écrit qu’elle est « de bois, sans mouvement et sans souplesse ». Il ne faut pas se contenter de copier servilement les statues canoniques, il faut une imitation inventive !

5. En 1755, Johann Joachim Winckelmann écrit ses Réflexions sur l’imitation des œuvres grecques en peinture et en sculpture. Il y développe deux idées principales :

-il faut imiter la statuaire grecque pour parvenir à la représentation de la forme humaine idéale.

-la caractéristique principale des chefs-d’œuvre grecs est une noble simplicité et une grandeur silencieuse.

Jusque-là, les commentaires sur les œuvres étaient descriptifs et impersonnels. Winckelmann ouvre la voie à une critique subjective en affirmant la supériorité des Grecs sur les Romains.

800px-Johann_Joachim_Winckelmann_(Angelika_Kaufmann)

Portrait de Winckelmann par Angelica Kauffmann (1764)

6. C’est donc avec des scènes de genre que Jean-Baptiste Greuze connaît le succès. Et ceci dès 1755 avec le Père de famille expliquant la Bible à ses enfants. On peut aussi citer l’Accordée de village, Le fils ingrat ou Le fils puni. La hiérarchie des genres avait été proposée par André Félibien, lors d’une conférence à l’Académie en 1667. Au plus bas il y a la nature morte, puis les scènes de genre (des épisodes de la vie quotidienne ou intime), le paysage, les marines, le portrait et enfin, au sommet : la peinture d’Histoire qui comprend les sujets religieux et ceux tirés des fables de l’Histoire.

Accordée de village

L’Accordée de village.

Fils ingrat Le fils ingrat.

Fils puniLe fils puni.

7. En 1768 est fondée la Royal Academy de Londres, dont le premier président est un représentant du néo-classicisme : Joshua Reynolds. Il établit une hiérarchie des grands maîtres pour définir ce qu’il appellera le great style. Il revient sur la querelle des Anciens et des Modernes pour ridiculiser ces derniers. En effet, selon lui, il faut corriger les imperfections de la nature comme l’ont fait les grands maîtres de la Renaissance. Les Modernes ne peuvent pas rivaliser avec les chefs-d’œuvre de l’Antiquité, ils peuvent à peine réaliser des œuvres acceptables à condition d’étudier les Anciens avec humilité !

Joshua Reynolds Autoportrait, Joshua Reynolds, 1748.