Girodet, Anne-Louis

Autoportrait au chapeau

1790, Cleveland Museum of Art, Ohio.

Girodet

  1. À partir de 1715, la Régence ouvrait « le règne de l’esprit léger, ironique et rapide ». Le goût français se redéfinissait avec les Lettres persanes de Montesquieu en 1721 et Le pèlerinage à l’île de Cythère, morceau de réception à l’Académie royale de Watteau en 1717. Cette période signifiait pour la peinture un intérêt croissant pour les sujets frivoles. Watteau incarne bien cette période et cet art, mais il ne faut pas oublier l’autre grand peintre de la volupté et des fantasmes de la noblesse : François Boucher. Ses peintures mettant en scène des femmes voluptueuses comptent de nombreux exemples, comme La toilette de Vénus.

Watteau, Cythère Antoine Watteau, Pèlerinage à l’île de Cythère, 1717.

DT39François Boucher, La toilette de Vénus, 1751.

  1. L’art français retrouvera de sa cohérence et reprendra le chemin du prestige lorsqu’en 1745, Madame de Pompadour deviendra la maîtresse officielle de Louis XV. Cultivée, fréquentant les salons des plus riches parisiennes, amie de Voltaire, la marquise de Pompadour savait être la protectrice des arts et a su redonner le goût des belles choses aux grandes fortunes parisiennes. Un catalogue d’exposition récent retrace l’influence de la marquise sur l’art français.
  1. On sait que, vers le milieu du XVIIIe siècle, les arts visuels se sont tournés vers l’Antiquité pour y puiser des sujets didactiques et moraux susceptibles d’édifier les spectateurs. On a coutume de dire, un peu schématiquement, que les œuvres représentatives de ce mouvement de renouveau classique étaient fondées sur le dessin et la ligne plutôt que la couleur et qu’elles privilégiaient l’intellect sur les émotions. Ce retour à la beauté antique était presque exigé par l’auteur allemand Johann Joachim Winckelmann (1717-1768). Dans Réflexions sur l’imitation des œuvres des Grecs en peinture et en sculpture de 1755, il prône le retour à la simplicité de l’art grec face à la dégénérescence du goût « rocaille ». En France, c’est Quatremère de Quincy qui s’était fait le défenseur du retour à l’antique. Il apportait sa contribution au renouveau classique avec Essai sur la nature, le but et les moyens de l’imitation dans les beaux-arts, publié vers 1837. Il reste pourtant surtout célèbre pour avoir dirigé la transformation de l’église Sainte-Geneviève de Paris en Panthéon.
  1. La peinture et la sculpture ont ainsi connu deux grandes phases durant le XVIIIe siècle, confirmant par là même la tendance générale des arts à osciller entre périodes de rigueur théorique et d’insouciance hédoniste. Cela ne doit pas nous faire oublier la grande innovation du siècle de l’Encyclopédie : la naissance de la critique d’art, faisant et défaisant les artistes. André Chastel voit dans la naissance de la critique, en général, et dans la critique d’art en particulier, au début du siècle, le fait que : « la parole est passée à l’opinion, cette force vive et entraînante, dont le siège est à Paris, dans les cafés, dans les théâtres et les salons. » En 1747, les Réflexions sur quelques causes de l’état présent de la peinture en France de La Font de Saint Yenne inaugurent cette nouvelle discipline. Pour la première fois, un auteur qui n’était pas un peintre se permettait de donner son avis sur les œuvres du Salon. C’est dans la préface d’un ouvrage récent, La Font de Saint-Yenne, œuvre critique, publié en 2001, qu’Étienne Jollet redonne sa place primordiale à celui qui inspirera l’œuvre critique de Denis Diderot. Ce dernier fera son apparition dans le monde de la critique d’art alors que son ami Grimm lui demandera de rédiger les comptes rendus des Salons de Paris pour la Correspondance littéraire destinée aux princes d’Europe.
  1. Les critiques d’art, mais aussi les peintres, se rendaient souvent au Salon, ne serait-ce que pour voir comment leurs toiles étaient accrochées. Ils s’y déplaçaient aussi et surtout pour écouter les commentaires des critiques, du public, voire de leurs concurrents. Les anecdotes à propos de ces visites sont nombreuses, une des plus célèbres étant sans doute celle de David au Salon et sa réaction devant l’Ossian de Girodet, son élève : « Ah ça ! il est fou, Girodet ! il est fou, ou je n’entends plus rien à l’art de la peinture. Ce sont des personnages de cristal qu’il nous a faits là. Quel dommage ! Avec son beau talent, cet homme ne fera jamais que des folies il n’a pas le sens commun. »

Girodet, OssianAnne-Louis Girodet, Ossian reçoit les Héros français morts pour la patrie, 1805.

  1. D’ailleurs, il nous reste un autoportrait de Girodet, Autoportrait du peintre avec son chapeau. Même si le musée d’art de Cleveland le date de 1790, on pourrait prendre l’autoportrait de cet homme comme celui d’un peintre romantique du début du siècle suivant. Sans débattre sur la date donnée par les experts, on remarque encore une fois que le peintre ne se représente pas comme un artiste. C’est l’image d’un homme, qui pourrait être un modèle autre que le peintre lui-même. Le dessin ne tente même pas d’être flatteur, le strabisme est reproduit sans hésitation.
  1. Anne-Louis Girodet (1767-1824) est à la charnière entre le néoclassicisme et le romantisme. En 1785, il est l’un des élèves les plus talentueux de l’atelier de Jacques-Louis David. Deux ans plus tard il tente de passer le Prix de Rome, dont il est exclu pour avoir sorti des croquis de l’enceinte de l’épreuve, alors que les candidats ne doivent disposer d’aucune aide extérieure pendant le concours. Il devra attendre deux ans avant d’obtenir le prix et de pouvoir séjourner à Rome. En 1810, lors du prix de la Décennie, il obtient la première place avec la Scène de Déluge, devant son ancien professeur : Jacques-Louis David ! Six ans plus tard il est nommé professeur à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Sous la Restauration, sa santé décline et la qualité de ses œuvres en pâti. Il sera inhumé au cimetière du Père-Lachaise (28ème division).