Chardin, Jean Siméon

Le singe peintre

Vers 1740, Musée du Louvre

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1. « Au Moyen-Age, on part du principe que l’art doit chercher à représenter l’invisible et que la représentation du réel est une singerie de la vérité. La peinture est un art illusoire et trompeur. À la Renaissance, la tendance s’inverse et l’art doit chercher à créer l’illusion de la réalité. L’humanisme introduit la thèse selon laquelle on doit imiter la nature mais aussi les artistes qui ont su le mieux l’imiter. Il faut copier les Anciens.

Pour les chrétiens du Moyen-Âge, le singe est l’incarnation du démon qui lui-même prétend singer le Créateur. Une pomme dans la bouche, il symbolise le péché originel. L’humanisme voit encore dans le singe l’image repoussoir de l’être humain dégradé par ses vices et continue de figurer la chute de l’homme. Les artistes de la Renaissance utilisent l’animal comme symbole de la luxure, de la cupidité ou de l’aliénation mentale. Le singe enchaîné représente la défaite du péché. » Portraits de l’artiste en singe, Bertrand Marret.

2. « C’est dans la littérature que l’on trouve en premier l’image du singe-peintre : Trois cents nouvelles de Franco Sachetti. C’est au XVIème siècle, en Flandre, avec la peinture de genre, que le singe commence à prendre les vêtements et les attitudes des Hommes pour montrer la vanité et la folie. David II Teniers le Jeune est le premier à peindre des singeries. Son singe peintre et Singe sculpteur sont une critique de la copie de l’antique et des Anciens.

Le singe s’immisce dans les arts décoratifs du XVIIIème siècle. Il est associé à l’exotisme et aux chinoiseries. Les manufactures de porcelaine d’Europe utiliseront beaucoup le singe pour leurs figurines. » Portraits de l’artiste en singe, Bertrand Marret.

Teniers singe peintreLe singe peintre, David II Teniers le Jeune.

Le singe sculpteur, David II Teniers le Jeune. (nous trouvé, vous pouvez m’aider?)

3. « Le singe peut aussi montrer du doigt la vanité de l’artiste. Dans l’œuvre de Chardin, le singe tente de transposer sur la toile une statue qui se trouve devant lui mais n’arrivera finalement qu’à dessiner sa propre image. Tous les peintres s’entre-imitent. L’animal caractérise le degré zéro de l’imitation fidèle de la nature. Dans l’œuvre de Chardin, le singe regarde le spectateur, donc l’artiste, qu’il semble vouloir prendre pour modèle d’un double autoportrait.

Au XVIIIème siècle, les intellectuels méprisent les collectionneurs et les “connoisseurs” en général. Les antiquaires, de leur côté, ne se priveront pas de moquer les philosophes. » Portraits de l’artiste en singe, Bertrand Marret.

Chardinsingeantiquaire

Le singe antiquaire.

4. Selon la théorie de la physiognomonie, l’observation de l’apparence physique d’une personne, et principalement les traits de son visage, peuvent donner un aperçu de son caractère et de sa personnalité. Voici la définition qu’en donne Johann Kaspar Lavater : « La physionomie humaine est pour moi, dans l’acception la plus large du mot, l’extérieur, la surface de l’homme en repos ou en mouvement, soit qu’on l’observe lui-même, soit qu’on n’ait devant les yeux que son image. La physiognomonie est la science, la connaissance du rapport qui lie l’extérieur à l’intérieur, la surface visible à ce qu’elle couvre d’invisible. Dans une acception étroite, on entend par physionomie l’air, les traits du visage, et par physiognomonie la connaissance des traits du visage et de leur signification. »

5. Jean Siméon Chardin (1699-1779) est reçu à l’Académie de Saint-Luc en 1724. Avant cela, nous n’avons aucune certitude sur sa formation. Il se spécialise d’abord dans les natures mortes et en propose d’ailleurs deux comme morceaux de réception à l’Académie Royale : Le Raie et Le Buffet. Il devient alors peintre académicien « dans le talent des animaux et des fruits », c’est-à-dire le niveau inférieur de la hiérarchie des genres officielle. Chose rare pour ces deux tableaux, Chardin peint d’après des modèles vivants, qui ne s’accommodent pas vraiment de la lenteur avec laquelle il peint. Il souhaitait se différencier des deux grands artistes de l’époque, officiant dans le même genre : Alexandre-François Desportes et Jean-Baptiste Oudry. À partir de 1684, il participe à la restauration des fresques de la galerie François Ier du château de Fontainebleau. Puis finalement, il deviendra conseiller et trésorier de l’Académie Royale, jusqu’à sa mort, dans son atelier du Palais du Louvre.

RaieLa Raie.

BuffetLe Buffet.

6. L’Académie de Saint-Luc : tout commence avec la Communauté des peintres et tailleurs d’images, dont les statuts sont déposés le 13 août 1391. La création de l’Académie de Saint-Luc est bien plus tardive et nous la devons au peintre de Louis XIII, Simon Vouet, qui avait fréquenté l’Académie de Saint Luc de Rome. Le 17 novembre 1705 est autorisée l’ouverture d’une école de dessin et de peinture. À partir de cette date, chaque année, le jour de la Saint Luc, l’Académie distribue deux médailles d’argent à ses élèves. Elle organise également des concours et des expositions dans différents lieux de Paris. En 1776, les élèves de Saint-Luc fusionnent avec ceux de l’Académie Royale et un an plus tard, toutes les communautés de métier ayant été supprimées, elle disparaît. Elle sera rétablie peu après, sous la protection du marquis d’Argenson.

7. D’autres « singeries » :

Decamps

Le singe peintre, dit Intérieur d’atelier, Alexandre Gabriel Decamps.

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La dame à la licorne, détail de la tapisserie.

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Panneau de bois décorant une pièce du château de Chantilly.