Boilly, Louis Léopold

Réunion d’artistes dans l’atelier d’Isabey

1798, Musée du Louvre.

Boilly

  1. À la fin du XVIIIème siècle se développe un engouement pour les portraits collectifs d’artistes. Il y a d’abord les scènes de genre qui les montrent par exemple réunis au sein d’un atelier. Léopold Boilly s’est fait le spécialiste de ce type de représentations. Son œuvre la plus célèbre est Réunion d’artistes dans l’atelier d’Isabey. Une série d’études a été nécessaire pour rendre avec le plus de perfection possible cette galerie de portraits. Ce sont principalement des peintres de genre qui ont été représentés. Pour certains, on ne connaît le visage que par cette peinture, leur renommée n’a pas été assez grande pour que leur image soit diffusée d’une autre manière. Seuls Gérard et Girodet ont figuré comme représentant de la peinture d’histoire. Tous sont vêtus à la mode parisienne et non comme des artistes. L’artiste est un « notable moderne ». « L’artiste n’est pas au travail : l’art ne suffit plus à le définir. Le social l’emporte sur le fonctionnel. »

Louis Léopold Boilly, Réunion d’artistes dans l’atelier d’Isabey, détails :

Boilly, détail

Boilly, détail 2

  1. L’Antiquité est présente, mais discrète. Laissons parler Mabille de Poncheville pour ce qui est de la description du tableau :

« Dans un bel atelier dont le décor à l’antique présidé par un buste de Minerve ne laisse pas de rappeler la salle où naguère siégeait la Convention, les amis d’Isabey sont rassemblés. Laissant Baptiste aîné converser à gauche avec Solet, le maître de céans, dont la veste cardinalice jette un ton vif, a fait asseoir Gérard, vêtu de l’habit noir du Tiers-Etat, devant le chevalet où repose sa dernière œuvre, et tous deux la scrutent avec la même attention. Derrière eux, Carle Vernet, très cavalier dans sa redingote gris verdâtre, et Lethière, très Romain dans le manteau où il se drape […]. Au fond sont placés Taunay, Drolling, Swebach, Demarne, Corbet, Bourgeois aux beaux yeux remplis de douceur, Hoffmann, le critique des Débats, figure anguleuse et maigre sous un chapeau noir. À droite, Girodet regarde le spectateur d’un œil fixe, Van Daël s’appuie sur la table où Redouté s’accoude d’un air fin à côté de Meynier ; et derrière celui-ci, Talma, aussi peu naturel que possible, prend une pose à la Chateaubriand. Boilly au contraire s’efface et laisse le premier plan à son ami Chenard, auquel il met la main sur l’épaule.

Duplessis-Bertaux, qui grava les scènes de la Révolution, et Méhul, qui orchestra ses hymnes, sont placés avec Thibaut et Percier au centre, sous l’œil aveugle de Minerve. À l’extrême droite, Serangeli, Bidault, Blot et Lemot entourent Chaudet assis près d’une guitare. »

  1. Ce n’est pas une scène à la gloire du peintre, de sa famille et de son art, mais bien à Isabey homme des Lumières. Le cadre architectural est tout aussi important que la galerie de portraits, car il représente l’idéal de décoration de l’époque. La question est de savoir quel était l’objectif ou quels étaient les objectifs d’une telle œuvre, dont le Salon n’avait pas l’habitude ? Était-ce promouvoir le métier d’artiste en en montrant une partie de l’intimité ? Était-ce pour augmenter le prestige de Boilly ? Ou était-ce simplement une galerie des artistes admirés par Boilly ?

Louis Léopold Boilly réalisera plusieurs autoportraits, chacun d’un style très différent. Il y a bien sûr son propre portrait dans L’atelier d’Isabey (Fig. 79). Nous le retrouvons avec plus de familiarité dans son Autoportrait avec des lunettes. Il réalisera aussi de nombreux autoportraits après la période qui nous intéresse, au début des années 1800.

Boilly autoLouis Léopold Boilly, Réunion d’artistes dans l’atelier d’Isabey, autoportrait.

Boilly auto lunettesLouis Léopold Boilly, Autoportrait avec des lunettes.

  1. Les personnages présents dans l’œuvre, par ordre alphabétique :

Jean-Baptiste jacques Augustin : peintre en miniatures.

Nicolas Anselme, dit Baptiste aîné : comédien.

Jean Joseph Xavier Bidauld : peintre de paysage.

Maurice Blot : graveur.

Louis Léopold Boilly : peintre de genre.

Charles Guillaume Alexandre Bourgeois : peontre en miniatures.

Antoine Denis Chaudet : sculpteur.

Simon Chenard : chanteur.

Charles Louis Corbet : sculpteur.

Jean Louis Demarne : peintre de paysage.

Michel Martin Drolling : peintre de genre.

Jean Duplessi-Bertaux : graveur de batailles.

Pierre François Léonard Fontaine : architecte.

François Gérard : peintre d’histoire..

Anne-Louis Girodet : peintre d’histoire.

François Benoît Hoffmann : compositeur et critique dramatique.

Jean-Baptiste Isabey : peintre et miniaturiste.

François Frédéric Lemot : sculpteur.

Guillaume Guillon, dit Lethière : peintre d’histoire.

Etienne Nicolas Méhul : compositeur.

Charles Meynier : peintre d’histoire.

Charles Percier : architecte

Pierre Paul Prud’hon : peintre d’histoire.

Pierre Joseph Redouté : peintre de fleurs.

Gioacchino Serangeli : peintre d’histoire.

Jacques François Joseph Swebach : peintre de batailles.

François Joseph Talma : tragédien.

Nicolas Antoine Taunay : peintre de paysages.

Jean Thomas Thibaut : peintre et architecte.

Jan Frans Van Dael : peintre de fleurs.

Carle Vernet : peintre de batailles.

  1. Il arrive que le peintre apparaisse dans certaines mises en scènes prestigieuses, comme le fera Jacques-Louis David, présent dans Le sacre de Napoléon en 1804, où il s’est placé dans la tribune, derrière Madame la mère de Napoléon. Il ne s’agit plus ici pour l’artiste de se fondre dans une foule. Nous sommes loin de l’époque où Botticelli et ses contemporains n’osaient pas ou ne voulaient pas se prendre comme seuls sujets de la toile. Ici, c’est bien un peintre célèbre et confirmé, Jacques-Louis David, qui décide d’apparaître dans une œuvre de propagande impériale.

David, le sacreJacques-Louis David, Le sacre de Napoléon, 1806.

  1. Dans un autre registre, Jean-Marc Nattier se représente dans son atelier. La toile mentionne :

« Tableau de l’atelier de M. Jean-Marc Nattier, trésorier de l’Académie Royale de peinture et de sculpture. Commencé en 1730 et fini par ledit en 1762. »

Représentation atypique, le peintre n’est pas devant sa toile. Palette et pinceaux à la main, il regarde le spectateur en se frottant le menton, signe de réflexion. Il est en retrait par rapport à sa femme, qui a interrompu ses exercices de piano, le temps de poser. Et dans le coin gauche, quatre enfants sont réunis autour d’un livre.

NattierJean-Marc Nattier, L’artiste et sa famille, 1730.

  1. Un autre élément atteste que les autoportraits ont vite été considérés comme des œuvres d’art à part entière. Dès le XVIe siècle, ils sont entrés dans les collections privées, à la suite de commandes ou de dons d’artistes. La galerie Médicis à Florence possédait déjà un certain nombre de ces images et cette collection a continué à s’enrichir au cours du XVIIIe siècle. Pascal Bonafoux note que : « Le seul Musée des Offices où est conservée la collection […] des portraits des peintres célèbres par eux-mêmes que commença au milieu du XVIIe siècle le cardinal Léopold de Médicis, compte plus de mille de ces portraits. »