Beaufort, Jacques-Antoine

La mort de Bayard

r173-face-rect1781, Musée des Beaux-Arts de Marseille.

1. Cette photographie vous montre l’état actuel de la toile. Je cite cette œuvre dans mes romans, mais j’étais dans l’impossibilité d’en trouver une reproduction. Je remercie monsieur Fabre, du Musée des Beaux-Arts de Marseille, qui a pris le temps de répondre à ma requête en m’envoyant ce document. Malheureusement, la restauration de cette toile n’est pas prévue pour le moment.

2. Le chevalier Bayard meurt au combat le 30 avril 1524, sous le coup de l’armée adverse, à Rovasenda, dans l’actuelle région du Piémont. Nous sommes à l’époque de François Ier et Pierre Terrail de Bayard est honoré comme un héros militaire, autant par la France que par ses ennemis. De nombreuses œuvres d’art lui sont consacrées, principalement des sculptures et des monuments. Depuis 1822, ses cendres sont conservées dans un mausolée, à l’intérieur de la Collégiale Saint-André de Grenoble.

3. Jacques-Antoine Beaufort est un peintre du XVIIIème siècle (1721-1784). Ses débuts sont très mal connus, nous savons simplement qu’il a étudié à l’Académie de peinture et de sculpture de Marseille. Il connaît un certain succès, expose régulièrement au Salon et reçoit plusieurs commandes royales. Parmi ses autres œuvres nous pouvons citer Le serment de Brutus de venger Lucrèce, Le duc de Guise et le Président de Harley ou la Charité romaine, conservée au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux.

serment-de-brutusLe serment de Brutus de venger Lucrèce, 1771

charite-romaineLa charité romaine.

4. Le mort du chevalier Bayard est une huile sur toile exposée au Salon des artistes français de 1781. Il s’agit d’une commande du comte d’Angiviller (alors directeur général des Bâtiments, Arts, Jardins et Manufactures de France). L’œuvre devait servir de modèle pour la création d’une tapisserie à la manufacture des Gobelins. Le projet ne verra jamais le jour, le jury ayant refusé la composition, le sujet étant considéré comme inadmissible. L’œuvre ne passe devant ce jury qu’après la Révolution et de nombreux projets seront refusés, sans doute par manque de cohésion avec l’esprit du temps. En réalité, le jury de la manufacture des Gobelins ne tiendra pas longtemps et d’autres projets refusés seront finalement repris comme modèles pour les tapisseries.

5. Au XVIIIème siècle, les artistes voulaient la reconnaissance de leur statut social, quitter le domaine des arts mécaniques pour celui des arts libéraux. Pour ce faire, ils devaient se démarquer des hommes de lettres et des scientifiques dont le prestige social n’était plus à contester. Les peintres avaient simplement le droit de corporation, leur conférant une reconnaissance technique et les différenciant des ouvriers non qualifiés. Or, cela ne leur suffisait plus.

6. L’ambition de ceux que l’on ne nomme pas encore artistes se cristallise avec la création des Académies d’art. L’Académie Royale de peinture et de sculpture est créée en 1648. Au commencement, il était avant tout question, pour les peintres du Roi, de garder leurs privilèges face à l’augmentation du nombre de peintres dans le Royaume. Mais avant tout, la tâche des fondateurs de l’Académie Royale était d’instaurer des règles et de donner une structure à des disciplines (peinture, sculpture, gravure) jugées moins nobles que les belles lettres.

7. Pour Le serment de Brutus de venger Lucrèce, Jacques-Antoine Beaufort s’inspire autant de gravures sur le sujet que de peintures, dont une de Gavin Hamilton. Cette toile aurait été une des sources d’inspiration pour l’œuvre beaucoup plus célèbre de Jacques-Louis David : le Serment des Horaces. Diderot est l’un des rares à critiquer la toile de Beaufort qu’il juge « de conception faible » avec des « figures raides et forcées ». Pourtant, avec ces artistes, nous entrons dans la période dite du néo-classicisme que l’on pourrait définir, en peinture, par une simplicité du décor architectural, une tension gestuelle des personnages et l’expression marquée de leurs visages.

19HoraceLe serment des Horaces, 1784.