Rubens, Pierre Paul

Autoportrait

1623

Royal Collection, Angleterre.

Rubens 1623

1. Pierre Paul Rubens (1577-1640) est né près de Cologne. Mais c’est à Anvers qu’il reçoit une éducation humaniste avant de commencer à étudier la peinture. Il a alors quinze ans. Une fois son apprentissage terminé, il se rend en Italie, sous la protection du duc de Mantoue. Il réalise de nombreuses copies d’après les maîtres anciens. Dans ses dessins, il semble donner vie à la sculpture, par des traits fermes et de subtils jeux d’ombres et de lumière. Dans son Adam et Ève de 1599, dont la source est une œuvre de Raphaël, la campagne italienne devient un bosquet luxuriant. Lorsqu’il copie, il donne toujours une interprétation personnelle.

Raphael Adam et EveAdam et Eve Raphaël, Vatican.

Ruben Adam et EveAdam et Eve, Rubens.

2. Rubens a beaucoup copié les portraits de Tintoret et de Véronèse. Il est surtout marqué par Titien, qu’il découvre en Espagne en 1603, lors d’une mission diplomatique auprès de Charles Quint. Il réalise des copies fidèles du maître, comme : Diane découvrant la grossesse de Callisto, en 1630. À Rome, la contre-Réforme bat son plein durant le séjour de Rubens. Il copie beaucoup Raphaël, mais aussi les fresques de la chapelle Sixtine.

Titian.Diana.and.Callisto01Diane et Callisto, Titien.

diana-and-callistoDiane et Callisto, Rubens.

3. Toujours à Rome, il côtoie Caravage. À cette époque, le renouveau est caractérisé par l’école des Carrache : une fusion entre les maîtres de la Renaissance et le coloris vénitien. Caravage, de son côté, impose un réalisme nouveau. Il proclame la nature comme seul modèle. Rubens fera acheter par son protecteur La mort de la Vierge, une œuvre de Caravage commandée par l’église mais finalement refusée.

Caravaggio_-_La_Morte_della_Vergine

4. L’autoportrait est l’occasion, pour l’artiste, de jouir d’une certaine liberté. Il peut s’idéaliser, pour léguer à la postérité l’image qu’il veut laisser en héritage. Ou au contraire, il peut profiter de l’autoportrait pour peindre les détails au plus proche de la vérité. Comme pour les portraits, il ne faut pas baser son jugement sur une simple question de ressemblance. Plusieurs artistes et critiques d’art insisteront sur le fait que le portrait doit aller au-delà de la représentation du visible afin d’être digne de considération. Léonard de Vinci semble avoir appliqué ce principe. C’est un portrait qui est le tableau le plus célèbre de l’Histoire.

Mona_Lisa,_by_Leonardo_da_Vinci,_from_C2RMF_retouched

5. La première commande que Rubens reçoit à Rome est celle d’un triptyque pour l’église Sainte-Croix-de-Jérusalem. Dans cette dernière, une chapelle est dédiée à Sainte Hélène. Y reposent de nombreuses reliques, dont un os du doigt de Saint Thomas… Au centre, une Hélène en extase et pour les panneaux : une guérison du Christ et une érection de Croix (ce dernier panneau est perdu). Les figures sont monumentales, mais la composition est chargée et confuse. Vincent de Gonzague, qui fait construire une église jésuite pour son duché, commande trois toiles à Rubens : l’adoration de la Trinité par la famille Gonzague, le Baptême du Christ et la Transfiguration.

T28452Sainte Hélène

A7422La famille Gonzague adorant la Trinité

6. Pourquoi les peintres réalisent-ils leur propre portrait ? Il y a d’abord, c’est évident, une raison pratique. Le modèle qui se reflète dans le miroir est toujours disponible et gratuit. Pour honorer les commandes de portraits, il faut se plier au bon vouloir des clients qui ne peuvent souvent pas consacrer une journée entière à tenir la pose. Le peintre n’est donc pas libre de choisir le meilleur moment pour créer, celui où son inspiration est à son maximum. Et puis, il est difficile pour un modèle de ne pas bouger pendant plusieurs heures. Si le modèle souhaite souvent être immortalisé dans une position grandiloquente, il arrive rarement à la tenir plus d’une ou deux heures.

7. Il faut aussi penser à la gratuité du modèle lorsque le peintre se peint lui-même. Et ceci parce que le peintre ne fait pas que répondre à des commandes. Pour se perfectionner il doit sans cesse s’entraîner, expérimenter de nouvelles techniques, affiner son regard et son art. Pour ce faire il a besoin de modèles qui ne veulent pas accrocher le résultat de la pose dans leur salon, mais qui acceptent de rester des heures dans l’atelier du peintre simplement pour que celui-ci puisse former ou améliorer sa main. À l’Académie Royale, des modèles posaient, cela faisant partie du cycle de formation. Mais tous ceux qui n’y étaient pas acceptés devaient payer des modèles pour pouvoir maîtriser l’anatomie humaine sans quoi le peintre était obligé de se cantonner à la peinture de paysage ou aux natures mortes.