Largillierre, Nicolas de

Charles Le Brun,

vers 1683, Musée du Louvre.

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1. Cette œuvre est un excellent prétexte pour parler des Académies de peinture et de sculpture. Il faut distinguer l’Académie avec une majuscule, qui désigne une assemblée constituée et une école d’enseignement. Ce qui est différent de l’académie avec une minuscule qui, en Histoire de l’Art, désigne l’exercice pratiqué dans les Académies, le corps du modèle représenté. Il existe aussi les Académies libres, des écoles artistiques issues d’une initiative privée. Ces dernières se développent dès la Renaissance. Enfin, il y a l’académisme, désignant l’ensemble des attitudes et des principes enseignés dans les Académies.

2. Charles Le Brun (1619-1690) a été le premier peintre de Louis XIV, le directeur de l’Académie royale de peinture et de sculpture ainsi que le directeur de la Manufacture royale des Gobelins. Il est surtout connu pour avoir réalisé les décorations picturales du château de Versailles, principalement de la galerie des Glaces. Notons que pour son portrait, le peintre prend soin d’effacer toute référence à l’aspect manuel de son métier. Il n’est plus artisan, mais artiste. Il est « perruqué » et habillé pour la cour du Roi Soleil. Il pose, non seulement devant une de ses œuvres, mais entouré par des sculptures faisant référence aux plus célèbres vestiges de l’Antiquité. Pour la suite, notons également, à droite, la présence d’un dessin, base de l’apprentissage et du travail du peintre.

640px-Image-Hermes_Pio-Clementino_Inv907_n3Antinoüs du Belvédère

3. Les Académies adoptent le goût de chaque époque, ce qui signifie que l’académisme n’est pas un mouvement historique. Selon la légende, Acadêmos, vivant à Athènes durant l’époque grecque classique, aurait fondé une maison dans laquelle se réunissaient des philosophes, comme Platon. En réalité, c’est à partir de 1460 que nous avons la trace de la création d’une association philosophique portant le nom d’Académie. À partir de là, ces petits cercles indépendants se multiplient. Ils réunissent les intellectuels en dehors des institutions. On constate donc qu’au départ, il n’est pas question d’art.

4. Nicolas de Largillierre (1656-1746) ne s’est pas contenté d’un seul genre pictural. Il peignait aussi bien des natures mortes, que des tableaux historiques, des paysages ou des portraits. Retenons par exemple La belle Strasbourgeoise, que je cite pour flatter mes propres origines ! On le découvre également dans son Autoportrait, de 1711. Notons qu’il peindra d’autres autoportraits, mais nous aborderons ce sujet en profondeur à l’occasion de la découverte d’autres œuvres et d’autres artistes. Nicolas est admis à l’Académie royale en 1686 et en devient le directeur en 1736. Sa longue vie lui a permis d’être parmi les peintres de portraits les plus prisés pendant le règne de Louis XIV et durant la Régence.

Nicolas_de_Largillière_-_La_Belle_Strasbourgeoise_-_WGA12469La belle Strasbourgeoise

0358-0317_selbstbildnisAutoportrait, 1711.

5. À la fin du quinzième siècle, les Académies sont synonymes de liberté d’esprit et d’audace. Ce n’est que plus tard qu’elles se doteront de règles précises et détaillées, d’une hiérarchie et d’objectifs. Il faut attendre l’époque du Maniérisme pour voir naître les Académies d’art. La problématique tourne toujours autour du statut de l’artiste. Au Moyen-Âge, les peintres et sculpteurs sont des artisans, qui exercent des métiers manuels. À la Renaissance, il y a la volonté d’intégrer ces deux disciplines aux arts libéraux.

Léonard de Vinci : « La peinture est chose mentale. »

Michel-Ange : « On peint avec l’esprit et non avec la main. »

Parmigianino_-_Madonna_dal_collo_lungo_-_Google_Art_ProjectUn exemple de peinture maniériste : La Madone au long cou de Parmigianino.

6. Le 13 janvier 1563, Cosme de Médicis fonde l’Accademia del disegno, sous la direction de Giorgio Vasari. Il a la volonté d’établir une société rassemblant les meilleurs artistes sous l’autorité d’un prince et d’organiser la formation des futurs artistes. Le nom de l’Académie suggère que la formation est un enseignement fondé sur le dessin. Tous les éléments de l’Académie sont là : l’organisation de conférences, des professeurs corrigeant les travaux des élèves, l’exercice d’après le modèle vivant. Il n’y a pas de rupture avec le passé, on y enseigne la tradition classique, avec une succession de principes rationnels. Une fois sa formation achevée, l’élève peut devenir membre de la Compagnie, après présentation d’un dessin.

7. L’Accademia di San Luca est fondée en 1593, à Rome. Son président est Federico Zuccari. La grande innovation est l’accent mis sur l’aspect pratique. Pour entrer, il faut une lettre de recommandation d’un maître. On y apprend l’alphabet du corps, le dessin d’après la bosse, l’anatomie, la géométrie et enfin le dessin d’après le modèle vivant. L’enseignement est centré sur la représentation du corps humain. Le dessin reste la base de la pédagogie. On se questionne sur les meilleurs moyens de rendre les mouvements du corps humain. Et surtout, une interrogation naît, qui ne cessera jamais : qui est supérieur de la peinture ou de la sculpture ?