Giordano, Luca

L’astronome

1655, Musée de Chambéry.

l-astronome

1. Luca Giordano (1634-1705) : son père, artiste lui-même, lui enseigne les rudiments du métier dès son plus jeune âge. Selon la légende, il serait parvenu à peindre un chérubin d’une telle précision qu’il fut placé en apprentissage auprès de José de Ribera. C’est à l’occasion d’un voyage à Rome qu’il découvre les œuvres de Michel-Ange, Raphaël ou du Caravage. C’est ainsi que commence souvent le véritable apprentissage : en reproduisant les plus belles toiles des maîtres du passé. Il est voué à peindre principalement des fresques, pour décorer les nombreuses basiliques et églises qui sont érigées dans les grandes villes italiennes. Il faudra du temps pour qu’il adopte un style plus personnel, qui fera sa réputation.

2. En 1687, invité à Madrid par Charles II d’Espagne, il restera pour près de dix ans en Espagne, réalisant des fresques pour le monastère de l’Escorial ou le palais royal de Madrid. Il fut si populaire que le roi lui attribua le titre de chevalier. De 1703 jusqu’à sa mort il travaillera aux fresques du plafond de la salle du Trésor de la chartreuse San Martino de Naples. Comme tout artiste jouissant d’une grande notoriété, Luca Giordano a dû créer un atelier dans lequel les élèves devaient réaliser les œuvres à partir des dessins du maître, lui se limitant souvent à finaliser les peintures. Parfois d’un simple coup de pinceau.

3. L’artiste se situe dans la période de l’art baroque. Le Concile de Trente (1545-1563) est une grande remise en question de l’Église catholique face à la Réforme. L’Église décide alors d’encourager la création artistique comme support de dévotion mais aussi outil d’enseignement. Les œuvres doivent évoquer les textes lus durant les messes, pour faciliter la « mémorisation » des dogmes par les fidèles. L’art baroque se concentre ainsi sur les saints, la Vierge et les épisodes les plus célèbres de la Bible. La peinture religieuse, la peinture d’histoire, les allégories et les portraits sont considérés comme des sujets nobles. Il ne faut pourtant pas négliger les paysages et les scènes de genre, peut-être encore plus répandus, même si ces peintures étaient moins estimées.

4. La peinture de la Renaissance se focalise habituellement sur le moment précédant un événement important. Les artistes baroques préfèrent quant à eux représenter le point le plus dramatique, l’instant où l’action se déroule à son paroxysme. Là où l’art de la Renaissance cherche la rationalité et le calme, l’art baroque est dans l’émotion et la passion. L’art baroque se caractérise également par l’usage de couleurs chaudes et vives, avec de forts contrastes ainsi que des jeux d’ombres et de lumière. Ce procédé doit permettre d’attirer le regard du spectateur sur certaines zones de l’œuvre.

David et GoliathCaravage, David et Goliath, 1606.

5. Dans l’art baroque, les visages sont très expressifs et doivent faire passer les sentiments éprouvés lors de l’action représentée. Les lignes principales ne sont plus seulement horizontales ou verticales, mais aussi obliques et courbes, dans l’intention de donner une impression de mouvement. Un mouvement souvent souligné par les vêtements, comme agités par le vent. Des vêtements principalement inspirés de l’antiquité, en étoffes lourdes, ceci permettant une théâtralisation de la scène. L’art baroque est une rupture par rapport aux représentations de la Renaissance. Les artistes veulent faire souffler le changement, jouer sur l’instabilité des personnages. Les thèmes, eux, restent majoritairement tirés de la mythologie ou de la Bible.

6. Luca Giordano est également imprégné par l’école napolitaine, Naples étant sa ville d’origine. Une école marquée par l’art de Giotto, mais également des influences françaises et siennoises.

Saint Barthélemy

José de Ribera, Saint Barthélemy, 1751.

Sabbat de sorcières

Salvator Rosa, Sabbat de sorcières, 1635-1654.

7. Luca Giordano a peint une série de philosophes, au début de sa carrière. Le personnage tient contre lui un globe terrestre sur lequel il reporte la position des étoiles qu’il observe. L’astronome en question pourrait être Archimède ou Ptolémée, même s’il ne faut sans doute pas y voir un personnage historique mais plutôt une allégorie. La vue en contre-plongée donne une certaine majesté au personnage, que souligne le traitement des ombres et de la lumière. Les tons sombres sont rehaussés par quelques éclats lumineux. L’artiste représente certains détails avec un grand réalisme comme les rides ou les ongles sales. Il y a aussi une insistance sur le côté « ermite » de l’astronome, dont le vêtement est visiblement déchiré. Pendant longtemps, cette œuvre était attribuée à un autre grand artiste déjà cité : Ribera.

 

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