Raphaël

La Dame à la licorne

1505-1506, Galerie Borghèse, Rome

Dame à la licorne

1. Il a fallu attendre une restauration, au début du vingtième siècle, pour attribuer avec certitude la toile à Raphaël. En effet, il y avait de nombreux ajouts à l’iconographie initiale. On avait peint une roue dentée et une palme, pour faire penser à une représentation de sainte Catherine. Même les mains et le manteau avaient été modifiés. La licorne, elle, était totalement cachée. D’ailleurs, une radiographie montre qu’à l’origine la dame tenait bien un chien, symbole de fidélité !

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2. La femme, sur le portrait, a été identifiée comme étant Maddalena Strozzi, épouse d’un riche marchand florentin. Elle est habillée à la mode de son époque : un habit décolleté aux grandes manches. Contrairement à d’autres artistes, dans ses portraits, Raphaël minimise les traits psychologiques de ses modèles. La femme est immobile, aussi bien physiquement que mentalement. Le bijou suspendu à son cou comporte un rubis, symbole de charité féminine et de générosité d’âme. La perle, elle, est un symbole de vertu. Tous ces éléments combinés nous font dire qu’il s’agit certainement d’un portrait nuptial.

3. La licorne est le symbole de la chasteté. Selon la mythologie, seules les vierges pouvaient approcher cet animal chimérique. Cette figure mythique remonte à l’Antiquité et la croyance en son existence a persisté jusqu’au dix-neuvième siècle. Les premiers témoignages remontent à l’historien grec Ctésias (quatrième siècle avant notre ère) qui mentionne cet animal dans ses écrits sur l’Inde. Il fait sans doute référence au rhinocéros indien, même si cette créature « exotique » enflamme rapidement l’imaginaire collectif pour devenir la licorne.

4. La corne de la licorne est réputée pour avoir des propriétés thérapeutiques. Même la chrétienté lui associe des vertus, à commencer par la capacité à détecter et neutraliser les poisons. Pour attraper une licorne, il faut laisser une vierge s’en approcher. Réconfortée, la licorne s’endort et c’est à ce moment qu’il est possible de la saisir. On retrouve ce thème dans plusieurs œuvres, notamment les tapisseries de La Dame à la Licorne, au Musée de Cluny.

5. Raffaello Sanzio (1483-1520) est le fils d’un peintre et poète de la cour du duc d’Urbin, Frédéric III de Montefeltro, un grand mécène pour les arts. Dans l’atelier de son père il apprend les techniques de base de la peinture avant d’entrer dans l’atelier du Pérugin. À 21 ans, il s’installe à Florence, où Michel-Ange et Léonard de Vinci sont en activité. Ce dernier le reçoit même dans son atelier. C’est durant cette période qu’il peint ses séries de Vierges et de Madones. Rapidement, il sera appelé à Rome, par le pape Jules II.

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6. À Rome, Raphaël est en charge des décorations du palais de Jules II : ce sont les fameuses Chambres de Raphaël. À la mort du pape, et sous le pontificat de Léon X, l’artiste connaît une influence grandissante. Il se voit confier la poursuite du chantier de la basilique Saint-Pierre, puisque son principal architecte, Bramante, vient de mourir. Nous sommes en 1514. Six ans plus tard, à seulement 37 ans, il succombe à la malaria et à de multiples infections. Des funérailles majestueuses sont organisées, pour le mener jusqu’à sa dernière demeure : le Panthéon de Rome ! Giorgio Vasari écrit : « Quand Raphaël mourut, la peinture disparut avec lui. Quand il ferma les yeux, elle devint aveugle. »

7. De son vivant déjà Raphaël a été considéré comme le plus grand artiste ayant jamais existé. Son décès prématuré amplifiera ce sentiment. Giorgio Vasari n’est pas étranger au mythe de cet artiste, puisque dans ses Vies il écrit à son sujet : « On vit clairement dans la personne, non moins excellente que gracieuse, de Raphaël à quel point le Ciel peut parfois se montrer généreux et bienveillant, en mettant – ou pour mieux dire – en déposant et accumulant en un seul individu les richesses infinies ou les trésors de ses innombrables grâces, qui sont de rares dons qu’Il ne distribue cependant que de temps à autre, et encore à des personnes différentes. »