Masaccio

La Résurrection du fils de Théophile et saint Pierre en chaire

Vers 1427, église du Carmine, Florence

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1. À droite de cette œuvre, les historiens de l’art reconnaissent quatre grandes figures de la Renaissance italienne avec, de gauche à droite : Masolino, Masaccio, Alberti et Brunelleschi.

Masaccio_Artists_Faces_SPeter_Enthroned_BRLes identifications ne sont pas certaines, il s’agit simplement de l’attribution généralement acceptée. Nous allons nous intéresser plus particulièrement à Alberti et à son ouvrage : De Pictura. Il y développe la théorie selon laquelle il faut appliquer aux arts visuels les théories antiques sur la littérature. Toute œuvre doit avoir deux objectifs : le plaisir du spectateur et son instruction.

2. Leon Battista Alberti (1404-1472), dans son De Pictura, divise la peinture en trois parties. D’abord la composition : il faut organiser la narration de manière logique. Ensuite le dessin, qui permet l’organisation de l’ensemble grâce à la perspective linéaire. Enfin la couleur, qui n’est que l’ajout final. Le but de l’artiste doit être de convaincre l’œil du spectateur. L’Académie enseigne principalement le dessin et la composition. Nous sommes à une époque où certes les Académies se multiplient, mais la formation en atelier se maintient et reste primordiale.

Alberti : « Les peintres se présentent comme guides. »

3. Alberti développe sa vision de la naissance de la Peinture. Pour lui, tout a commencé lorsque Narcisse est tombé en pâmoison devant son reflet sur les eaux d’un lac. Narcisse donne naissance à la peinture en appréciant et admirant un chef-d’œuvre de la nature. Et c’est bien la nature que les peintres veulent figer sur leur toile. Qu’une œuvre peinte imite fidèlement le réel ou qu’elle l’idéalise, le but est toujours de s’attirer l’approbation du public. En ramenant la naissance de la Peinture au mythe de Narcisse, Alberti nous invite donc à penser que tout a commencé par un autoportrait !

4. Alberti, dans De Pictura : « Le but du peintre et d’obtenir par son ouvrage la gloire, la reconnaissance, et la bienveillance plutôt que de s’enrichir. Je désire que le peintre, afin de parvenir parfaitement à tout cela, soit avant tout un homme de bien et qu’il soit instruit dans les arts libéraux. »

Selon le discours d’Alberti, il n’est pas nécessaire de faire partie d’une Académie pour être peintre. Pourtant, l’Histoire ne se souvient pratiquement que des académiciens ! Jusque dans les années 1600, les Académies sont un phénomène italien, avant d’émerger dans les Pays-Bas. Les artistes du Nord voyagent en Italie et y découvrent que la condition sociale des artistes y est bien meilleure. En 1583, une Académie est fondée à Haarlem. Les artistes s’y réunissent pour dessiner d’après nature.

5. La mort d’Urbain VIII, en 1644, marque le début de la passation de pouvoir entre Rome et Paris. En effet, l’essor de la France, dans le domaine de l’art, est lié au déclin du mécénat à Rome. Versailles est un projet qui sera entièrement réalisé par des artistes français. La monarchie absolue veut assurer le triomphe du Royaume en Europe. Toutes les ressources seront mises au service de cette politique. Pour Louis XIV, l’art est un instrument de gouvernement. Les artistes doivent obéir et servir l’État. Il faut les soumettre et les contrôler. Il faut les empêcher de prendre trop de libertés. Voilà les conditions posées pour la naissance de l’Académie royale de peinture et de sculpture ! Un thème que nous continuerons à aborder grâce à d’autres œuvres.

6. Quelques citations extraites du livre de Vasari, à propos de Masaccio :

« À Masaccio appartient l’honneur d’avoir ramené l’art de la peinture dans la bonne voie. Cherchant la gloire et considérant que la peinture n’est autre chose qu’une contrefaçon de tout ce que la nature présente de vivant, simplement à l’aide du dessin et des couleurs, il comprit que celui qui s’en approche le plus peut se dire maître excellent. »

« Il fut enterré dans l’église del Carmine, l’an 1443, et comme, pendant sa vie, ses concitoyens l’avaient peu apprécié, on ne prit pas soin alors de rappeler sa mémoire par quelque inscription sur son tombeau. »

Alberti, De Pictura : « L’office de peintre consiste à circonscrire et à peindre, avec des lignes et des couleurs, tout corps qui se présente sous une superficie quelconque, à une certaine distance et suivant une position déterminée du rayon central, de sorte que tout ce qui sera représenté apparaisse comme en relief et très semblable aux objets visibles.

Le but de la peinture est d’atteindre la gloire et de mériter la reconnaissance et l’estime plutôt que de chercher les richesses. Le peintre obtiendra ce résultat d’autant que sa peinture captivera, touchera les yeux et l’esprit des spectateurs. »

7. Outre le De Pictura, dans lequel Alberti donne la première étude scientifique de la perspective, il consacrera également un ouvrage à la sculpture : De Statua. Il est également l’auteur d’une pièce de théâtre, d’un roman, mais était aussi réputé être l’un des meilleurs organistes de l’époque. On le surnomme comme « père de la cryptographie occidentale ». On lui attribue l’invention de la substitution polyalphabétique et l’invention du code de chiffrement (voir l’ouvrage de David Kahn, La guerre des codes secrets). En tant qu’architecte, nous pouvons noter la réalisation du temple Malatesta, qui est en quelque sorte un manifeste du classicisme de la Renaissance.

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Trinité

Fresque, vers 1425, Santa Maria Novella, Florence

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1. La fresque est une commande des Dominicains, à qui appartenait la basilique Santa Maria Novella à l’époque où Masaccio a réalisé son œuvre. Le terme de fresque vient de l’italien a fresco signifiant littéralement « dans le frais ». La technique, assez particulière, réclame une grande dextérité de la part de l’artiste. Elle ne peut se réaliser qu’à la suite de nombreux dessins, détaillant exactement l’œuvre à reproduire, puisqu’il s’agit d’une sorte de course contre la montre. L’artiste applique d’abord un enduit appelé intonaco sur lequel il faut appliquer la couleur avant que l’enduit ne sèche. Ceci pour que les pigments pénètrent dans l’enduit et que les couleurs soient fixées pour une longue durée. La fresque est bien plus pérenne que la peinture sur bois ou sur toile. Par contre, il n’y a pas de repentir possible. Une fois l’enduit sec, l’artiste ne peut pas retoucher ce qu’il a peint.

2. Pour cette œuvre, Masaccio a fait preuve d’une grande maîtrise de la perspective, théorisée par Brunelleschi. Afin de donner de la profondeur à la scène, il utilise la perspective de la voûte. Les caissons sont de plus en plus petits à mesure que l’on approche du point de fuite, ce qui donne cette illusion de profondeur. Malgré l’admiration de Vasari pour cette œuvre, la fresque sera recouverte, pendant plusieurs siècles, par une toile représentant La Vierge au Rosaire peinte par Vasari lui-même ! Il faudra attendre 1861 pour qu’elle soit redécouverte et déplacée dans une autre partie de la basilique. Elle ne retrouvera son emplacement d’origine qu’en 1952, au-dessus du sarcophage d’Adam.

3. La Trinité représente Dieu le Père soutenant la croix de son fils Jésus-Christ tandis que le Saint-Esprit, symbolisé par une colombe, interfère entre les deux. De chaque côté de la Croix, nous retrouvons les deux personnages traditionnels de l’iconographie chrétienne : Marie et saint Jean. À gauche et à droite sont représentés les commanditaires, ou les donateurs, souhaitant être immortalisés dans une action de foi. Au pied de la Croix, Masaccio a représenté le sarcophage d’Adam. Habituellement, le premier homme n’est symbolisé que par un crâne. Ici, l’artiste a peint le squelette entier.

4. La composition symbolise le chemin spirituel que doivent accomplir les fidèles. Adam rappelle le péché originel. C’est par la prière que l’on tente de se racheter de ce péché. Et comme les donateurs, c’est grâce à l’intercession des saints que l’on espère pouvoir accéder au Paradis. Ensuite, la composition devient pyramidale. À la base, Marie et saint Jean pleurent la crucifixion de Jésus qui est l’intercesseur entre le monde des mortels et le divin. L’iconographie n’est pas totalement conforme à ce dont nous avons l’habitude. La Crucifixion n’est pas représentée sur le mont Golgotha mais dans le cadre d’une architecture très précise : des colonnes d’ordre ionique au niveau de la voûte. Des pilastres et des chapiteaux d’ordre corinthien sur les flancs.

5. La basilique Santa Maria Novella est construite à partir de 1246, par l’ordre des Dominicains. Le terme de basilique désigne une église privilégiée. Il s’agit d’un titre honorifique donné par le pape à une église où de nombreux fidèles viennent en pèlerinage pour honorer Jésus-Christ, la Vierge Marie ou des reliques de saints. À Santa Maria Novella, il y a de nombreuses fresques d’autres artistes célèbres : Giotto, Brunelleschi, Ghiberti. La façade en marbres blanc et noir est terminée par Alberti en 1470. Il y aurait évidemment de nombreux éléments architecturaux à décrire, pour cet édifice dans le pur style renaissance. Nous nous y concentrerons à l’occasion d’autres articles.

6. Masaccio (1401-1428) a été une référence pour les artistes, de son vivant et bien après. Plusieurs de ses fresques ont été perdues. En effet, s’il est possible, techniquement, de déplacer une fresque (il y en a de Botticelli au Louvre) il arrive souvent que ces dernières soient détruites lors du remaniement des édifices. Masaccio est reconnu pour son réalisme. Personne avant lui n’avait été aussi loin dans la représentation fidèle des expressions et postures des personnages, la précision des décors, des paysages ou des rues florentines. La Trinité est considérée comme une étape majeure de l’Histoire de l’art, du fait de l’application de la perspective découverte par Brunelleschi. Certains prétendent même que c’est ce dernier qui aurait réalisé les dessins préparatoires de la voûte à caissons.

7. Voici quelques images pour mieux comprendre la perspective utilisée la fresque, ainsi que les détails de la Vierge Marie et de saint Jean.

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