Francesca, Piero della

Le Baptême du Christ

1450, National Gallery, Londres.

Francesca, Baptême

1. Qu’est-ce que la composition en peinture ? Il s’agit de la méthode utilisée par l’artiste pour organiser le sujet, décider de ce qu’il faut montrer et de ce qu’il faut laisser de côté pour que l’œuvre atteigne sa pleine signification. Étudier la composition d’une œuvre, c’est comprendre ce que l’artiste a voulu nous communiquer. La première étape est le dessin, ou plutôt les dessins, permettant de trouver la juste position de chaque part de la composition. Ceci permet aussi de définir quel type de matériel sera utilisé et surtout la taille de la toile. Parfois, les dimensions sont imposées par la destination de l’œuvre (pour une église ou un hôtel particulier). Mais le choix de la dimension et de la forme (carré, rectangle, ovale, rond) ne sont pas anodins et déterminent une grande partie de la façon dont nous allons percevoir l’œuvre.

2. La forme du Baptême du Christ de Piero della Francesca nous surprend, aujourd’hui. En fait, à l’origine, il s’agissait de la pièce centrale d’un triptyque. La composition est ici assez claire : des lignes verticales marquées (le corps du Christ aligné avec la Colombe, ainsi que l’arbre au premier plan) et les lignes horizontales focalisent également notre attention sur le sujet principal (les ailes de la colombe et l’horizontale marquée par les mains du groupe de gauche, le bassin du Christ et la main gauche de Saint Jean-Baptiste). Piero della Francesca utilise la règle du nombre d’or. Le peintre était aussi mathématicien. En 1480, il publiera ses théories sur la perspective et l’optique dans De Prospectiva Pigenda. Pourtant, dans cette composition, tout n’est pas mathématique. Le Christ esquisse un contrapposto, les anges à droite brouillent les lignes et l’homme qui se prépare à être baptisé, au second plan, casse la verticalité. La composition d’un tableau est un processus visuel. Tout ne doit pas être strict, il faut une certaine tension pour que le sujet nous touche.

3. L’origine du nombre d’or est difficile à déterminer. Le premier à poser la théorie est Euclide, dans Les Éléments, vers l’an 300 avant notre ère. Mais on pourrait dater la première utilisation de cette proportion avec la construction de la pyramide de Khéops. À la Renaissance, Luca Pacioli rédige La divine proportion, illustré par Léonard de Vinci. Il y développe l’aspect mathématique du nombre d’or mais introduit aussi et surtout une dimension mystique : les propriétés du nombre d’or « concordent avec les attributs qui appartiennent à Dieu ». Il écrit : « De même que Dieu ne peut se définir en termes propres et que les paroles ne peuvent nous le faire comprendre, ainsi notre proportion ne se peut jamais déterminer par un nombre que l’on puisse connaître, ni exprimer par quelque quantité rationnelle, mais est toujours mystérieuse et secrète, et qualifiée par les mathématiciens d’irrationnelle. » Léonard de Vinci résume la grandeur du nombre d’or en dessinant L’homme de Vitruve.

1024px-Da_Vinci_Vitruve_Luc_ViatourL’homme de Vitruve.

4. « L’invention » du contrapposto est traditionnellement attribuée à Polyclète. En fait, il apparaît dès la fin du sixième siècle avant notre ère et marque la transition entre l’art grec archaïque et le premier classicisme. Le contrapposto, dans la sculpture : la jambe libre est rejetée en arrière, le talon relevé et la pointe du pied touche seule le sol. L’attitude permet d’introduire du dynamisme dans la composition, tout en soulignant la cohérence du corps et le lien des différents muscles entre eux. La musculature du torse met en évidence les deux mouvements : le côté de la jambe d’appui est comprimé et l’autre relâché. Plus on avance dans le temps, plus les artistes accentueront le déséquilibre, pour montrer leur capacité à représenter les mouvements et tensions du corps.

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Athlète se couronnant, Polyclète.

5. Piero della Francesca (1412/20-1492), né en Toscan, est aujourd’hui surtout connu en tant que peintre. À son époque, il était réputé en tant que géomètre et mathématicien, maître de la perspective et de la géométrie euclidienne. Sa peinture, imprégnée de son goût pour la géométrie, aborde des sujets théologiques, philosophiques aussi bien que de l’actualité de son temps. Sa production est considérée comme une recherche rigoureuse de la perspective, de la monumentalité plastique des personnages et de l’utilisation expressive de la lumière. Nous ignorons pourquoi, à la fin de sa vie, il se faisait appeler « della Francesca » alors que son nom était « di Benedetto ».

6. À la fin de sa vie, Piero della Francesca revient dans sa ville de naissance pour exécuter une fresque de la Vierge commandée par la confrérie de la Miséricorde. Lui-même prendra la tête de la confrérie de San Bartolomeo entre 1480 et 1482. Il finira sa vie, aveugle, dans la ville qui l’a vu naître. Pour ordonner ses compositions, il utilise certes la perspective, mais il n’est pas sans céder aux effets du trompe-l’œil. Même s’il a été principalement influencé par ses pairs italiens, il connaissait également les œuvres flamandes acquises par son protecteur : Lionel d’Este. Il sait aussi aller au-delà des codes. Par exemple, pour la décoration du chœur de l’église San Francesco d’Arezzo et le cycle de fresques évoquant l’Histoire de la Vraie Croix, il renonce à une répartition chronologique des scènes pour adopter un rapprochement symétrique et analogique.

7. Quelques œuvres de Piero della Francesca :

Sforza

Ritratto di Battista Sforza et Federico de Montefeltro.

Saba

L’adoration de l’arbre sacré par la reine de Saba et la rencontre entre Salomon et la rein de Saba.

Francsca auto

Autoportrait supposé dans la Résurrection.