Botticelli, Sandro

Minerve et le Centaure

Vers 1482, Galerie des Offices, Florence

Botticelli

1. Le Centaure désignait d’abord un peuple grossier et barbare originaire de Thessalie. Puis on retrouve les Centaures, comme être fabuleux mi-hommes mi-chevaux, dans différentes traditions mythologiques. Descendants d’Ixion (prince de Thessalie) et d’une nuée (Néphélé), les Centaures n’ont d’autres règles que celles que leur dictent leurs instincts primitifs. Deux épisodes ont joui d’une popularité particulière : l’enlèvement de Déjanire par Nessus et le combat des Centaures et des Lapithes aux noces de Pirithoos. Parmi les Centaures, il y a aussi des bons et des civilisés : Chiron et Pholos. Même si, le plus souvent, les Centaures symbolisent la menace contre la civilisation… la barbarie ! Plus rarement, nous trouvons des représentations de Centauresses. Elles aussi sont assimilées aux vices tels que l’orgueil, la luxure et la cupidité.

2. Le Centaure de Botticelli est armé d’un arc et de flèches. Habituellement, pour souligner leur barbarie, ils sont munis de roches et de branches, leur servant à semer la terreur. Les hommes de la Renaissance voyaient dans la partie animale du Centaure la symbolique de ces individus qui succombent à leurs instincts charnels. Minerve porte ses deux attributs principaux. La lance, même si ici elle est remplacée par une hallebarde. Et l’olivier, dont les rameaux ornent sa robe et couronnent sa chevelure. Minerve incarne la sagesse, la raison et la chasteté. Essayant de raisonner le Centaure, elle triomphe de l’ignorance, de la bestialité et de la luxure. Le Centaure semble souffrir, prendre conscience de ses péchés. Cette œuvre est une allégorie du combat intérieur que l’on doit livrer pour parvenir à la maîtrise de soi, de ses instincts.

3. Pierre-Paul Rubens, dans une œuvre de 1636, a représenté le Combat des Lapithes et des Centaures. Invités aux noces de Pirithoos, les Centaures, parents des Lapithes, s’enivrent et perturbent la fête. En arrière-plan, en haut à droite de l’œuvre, il semblerait que nous puissions reconnaître Hercule, tenant une massue. Thésée, lui, s’interpose pour éviter que la jeune femme ne soit enlevée par les Centaures. L’action est magnifiquement rendue, contrastant avec la figure de la mère de la fiancée, projetée sur le sol et représentée en raccourci, au premier plan. La scène se lit comme une frise antique, un procédé qui sera souvent repris, jusqu’au dix-huitième siècle.

2-M120-L1-1636 (267934) 'Der Raub der Deidamia' Rubens, Peter Paul; 1577-1640. 'Der Raub der Deidamia', um 1636/38. (Kampf der Lapithen und Kenthauren bei der Hochzeit von Perithous und Hippoda- mia). Öl auf Leinwand, 182 x 290 cm. Aus der Serie der für König Philipp IV. gemalten Bilder für den Jagdsitz Torre de la Pa- rada bei El Pardo. Cat.1658 Madrid, Museo del Prado. E: P.P.Rubens, The Rape of Deidamia Rubens, Peter Paul; Flemish painter, 1577 - 1640. 'The Rape of Deidamia', ca.1636/38. (The battle of Lapiths and Centhaurs at the wedding of Perithous and Hippodamia) . Oil on canvas, 182 x 290cm. From a series of paintings for King Philipp IV of Spain's hunting lodge Torre de la Parada, near El Pardo, Spain. Cat.1658 Madrid, Museo del Prado. F: 'Combat des Lapithes et des Centaures' Rubens, Peter Paul ; 1577-1640. 'Combat des Lapithes et des Centaures', vers 1636-38. Huile sur toile, H. 1,82 ; L. 2,90. D'une série de tableaux pour le pavillon de chasse du roi Philippe IV. Cat.1658 Madrid, Museo del Prado. ORIGINAL: The Rape of Deidamia.One of the paintings for King Philip IVth hunting lodge Torre de la Parada in El Pardo.Theseus wrenches Deidamia from the arms of the Centaur. 1636-38. Canvas, 182 x 290 cm Cat.1658 Museo del Prado, Madrid, Spain

4. Chiron était l’éducateur d’Achille. Giuseppe Crespi représente Le Centaure Chiron enseigne le tir à l’arc au jeune Achille dans une œuvre de 1700. L’image proposée ne rend pas hommage au jeu de clair-obscur utilisé par l’artiste. L’arrière-plan est sombre, neutre, pour que les personnages principaux ressortent mieux, dans une monochromie subtile de nuances de brun. La jeunesse d’Achille contraste avec l’imposante musculature du Centaure en train de lui enseigner la bonne posture pour tirer à l’arc. Chiron porte un regard presque paternel sur son élève. On prêtait de grandes connaissances à Chiron, qui savait le secret des plantes, de la médecine, de la chasse et de la musique.

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5. Le Centaure reste un thème important pour plusieurs siècles. Théodore Géricault représente le Centaure enlevant une nymphe dans un dessin de 1816. Sans doute un référence à l’épisode de l’enlèvement de Déjanire par Nessus. L’artiste a voulu donner à son œuvre un effet de bas-relief, comme s’il copiait une scène gravée dans le marbre. Le combat représenté a des accents de sensualité, même si la nymphe semble se défendre, en tirant l’oreille du Centaure. Géricault reviendra à plusieurs reprises sur ce thème.

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6. En 1898, Arnold Böcklin peint Nessus et Déjanire. Alors que le Centaure devait permettre à Déjanire de traverser un fleuve, il s’éprend d’elle et tente de l’enlever. Dans cette œuvre, le Centaure est velu, massif, sans doute pour insister sur son côté bestial. À droite, Hercule est difficilement reconnaissable. Il ne porte pas son habituelle peau de lion et ne se bat pas avec un arc. L’artiste a préféré le munir d’une lance pour tenter de blesser mortellement le Centaure.

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7. Le Centaure Chiron portant Achille enfant : les connaissances prodigieuses de Chiron conduiront les chrétiens à l’associer à la figure du Christ guérisseur. Mais ce Centaure est comme les autres, principalement un chasseur, en atteste le lièvre suspendu à une branche. La mythologie grecque fait de Chiron l’enfant de Cronos et de Philyra, une fille d’Océan. Pour séduire la jeune femme, Cronos avait pris la forme d’un cheval, ce qui explique sa double nature, bien mise en évidence ici. Il possède des jambes humaines et est revêtu d’une draperie, comme les « hommes civilisés » mais son corps est prolongé par celui d’un cheval. Il porte dans sa main le jeune Achille, dont il a soigné la cheville brûlée.

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Source : Monstres, merveilles et créatures fantastiques, sous la direction de Martial Guédron, collection Guide des Arts.