Ingres, Jean-Auguste-Dominique

La Source

1856, Musée d’Orsay

1. Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) est le fils d’un peintre et sculpteur, ce qui a certainement favorisé ses penchants artistiques. En 1791 il est admis à l’Académie de Toulouse avant de se rendre à Paris, cinq ans plus tard, où il aura pour maître le célèbre Jacques-Louis David. Son mentor est le chantre du néo-classicisme, dont Ingres s’éloigne pour chercher un idéal de beauté qui lui est propre. Il réalise de nombreux portraits d’amis avant de remporter le prix de Rome en 1801 avec Les ambassadeurs d’Agamemnon. À Rome il est marqué par les œuvres de Raphaël et se montre très prolixe. Durant cette période, ses toiles ne plaisent pas au public français, ce qui le pousse à prolonger son séjour italien. Il devient ainsi directeur de l’Académie de France à Rome de 1835 à 1840.

Les ambassadeurs d’Agamemnon

2. Il attache une grande importance au dessin, déclarant : « Une chose bien dessinée est toujours assez bien peinte ». La galerie de portraits qu’il laisse derrière lui constitue un miroir de la bourgeoisie de son temps, des mœurs de la classe à laquelle il appartient. Il s’intéresse plus particulièrement à la texture et aux couleurs des vêtements qu’il tente de rendre avec méticulosité. Pour ce qui est de l’anatomie, il n’hésite pas à « tricher » pour atteindre son idéal de beauté. La Grande Odalisque a par exemple quelques vertèbres en plus, pour selon le peintre créer une certaine harmonie.

La Grande Odalisque, 1814

3. La Source est commencée en 1820 pour être achevée en 1856, avec l’aide de deux élèves d’Ingres, notamment pour le décor et la jarre. Exposé à titre privé dans l’atelier de l’artiste, le tableau sera acheté par le comte Duchâtel pour finalement être légué au Louvre où il sera exposé avant de rejoindre les collections du musée d’Orsay, en 1986.

4. Ingres reprend ici un thème allégorique de la mythologie gréco-romaine, la source étant généralement évoquée par une naïade ayant pour attributs des plantes aquatiques, une cruche ou une coquille. Dans cette composition la pose du modèle lui donne l’immobilité du marbre rappelant les cariatides. C’est ce corps dont émane la lumière tandis que la jarre rompt l’uniformité en formant la seule diagonale de la scène.

Autoportrait, 1814

5. Les rochers donnent une impression de décor de théâtre, même si (ou peut-être justement) les deux fleurs, l’iris jaune et la marguerite qui sont sur les côtés, au pied de la jeune fille, ont l’air très réel. La vigne grimpante et le feuillage derrière sa tête sont aussi des éléments d’une certaine réalité, seul le rocher semble de convention pure. Les couleurs douces et chaudes du corps, de la chevelure et de la cruche contrastent avec celles froides du fond qui les mettent en relief comme une statue.

6. L’eau coule de cette jarre et ne ressemble pas vraiment à de l’eau, bien qu’elle en ait toutes les caractéristiques. La rousseur de la chevelure répandue aussi sous la cruche de cette même couleur est sans équivoque possible, cette eau c’est une chevelure transparente et cette main sur l’embouchure de la cruche c’est une main dans une chevelure. Il y a donc une confusion entre l’eau et la chevelure. Cette eau tombe sur une surface immobile plus proche du miroir que de l’eau. Les pieds du modèle s’y reflètent.

Le bain turc, 1862

7. Les critiques de l’époque furent particulièrement frappés par l’impression de vie de ce corps pudique, de proportions idéales, mais bien réel.

Source : http://mieux-se-connaitre.com/2011/03/la-source-de-jean-auguste-dominique-ingres/