Les 7 merveilles du monde


AncientlibraryalexEvocation de la bibliothèque d’Alexandrie, 19ème siècle.

1. L’origine de la première liste des 7 merveilles du monde, la plus connue, est assez difficile à déterminer et les historiens s’interrogent encore sur sa paternité réelle. Ce que l’on peut constater c’est que toutes ces merveilles sont comprises dans les territoires conquis par Alexandre le Grand et la plupart des ouvrages ont été édifiés près de la mer. La liste a donc été constituée à partir de récits de voyageurs érudits ayant eu la volonté de donner un compte-rendu des merveilles les ayant enthousiasmés. Parmi cette liste, il ne subsiste que la pyramide de Khéops, les autres ayant été détruites, parfois par la main de l’homme ! Parmi les auteurs ayant popularisé cette liste, il faut mentionner Philon de Byzance et Callimaque de Cyrène. Le Philon mentionné ne correspondrait pas à l’ingénieur grec. Nous conservons un texte de sa main, entièrement consacré aux Sept merveilles. Callimaque, quant à lui, était un poète grec officiant à la Bibliothèque d’Alexandrie. Son rôle était donc de conserver, commenter et diffuser les trésors de cette bibliothèque. Il était le plus à même de nous donner des indications concernant l’origine de la liste, malheureusement nous ne conservons que des fragments de ses textes.

La nouvelle liste n’est pas l’œuvre d’érudits, plutôt de la volonté d’un homme : Bernard Weber, réalisateur et aviateur canadien. 177 monuments ont été sélectionnés, avant d’être soumis au vote des internautes ayant le choix parmi 21 sites, dont la tour Eiffel. La pyramide de Khéops faisait aussi partie des merveilles sélectionnées, avant d’être retirée… Nous sommes donc loin de l’idée de la première liste, étant donné que le vote impliquait forcément la volonté de chaque pays à vouloir qu’un de ses monuments figure dans le classement définitif. Une telle liste a-t-elle encore un sens ? Seule l’Histoire nous dira quels monuments marqueront les esprits à jamais. Nous verrons que grâce à la première liste, certaines merveilles subsistent dans l’imaginaire collectif malgré leur disparition.

Nous allons évoquer les monuments de chacune des listes, évidemment tous d’une grande valeur historique et artistique.

2. Liste antique : la pyramide de Khéops. Édifié il y a plus de 4 500 ans, sans doute pour être la dernière demeure du pharaon Khéops, le plus haut monument construit par les Égyptiens était au cœur d’un gigantesque complexe funéraire. Seul monument de la liste des 7 merveilles du monde parvenu jusqu’à nous, il est aussi le plus ancien. Cette construction humaine a, pendant longtemps, dominé tous les records de hauteur et de volume. Conçue par l’architecte Hémiounou, elle rend hommage à toutes les techniques architecturales mises au point depuis la pyramide à degrés du pharaon Djoser et de son architecte Imhotep. Un point culminant du savoir égyptien qui laisse toujours en suspens de nombreuses énigmes, puisque certains ont du mal à croire que cet édifice soit de la main de l’homme… Elle a perdu beaucoup de sa majesté, n’étant plus entourée que par le désert, son parement en calcaire ayant été entièrement dégradé et bien évidemment, du fait qu’il manque son pyramidion recouvert d’or. Il n’en reste pas moins que les travaux nécessaires pour son édification nous stupéfient encore : sans doute des millions de blocs de pierre taillée culminant à une hauteur originelle de 146 mètres !

Gizeh

3. Liste moderne : la Grande muraille de Chine. Dans cette nouvelle liste, nous sommes encore fascinés par une construction en pierre, sans doute parce que nous avons du mal à imaginer la somme de travail nécessaire et qu’aujourd’hui, ce genre de construction ne serait peut-être plus réalisable. Quel pays est assez riche et puissant pour réaliser de tels ouvrages ? Nous n’avons évidemment plus affaire à un monument funéraire mais à une autre motivation ayant poussé à la construction des plus majestueux édifices du passé : la guerre ! L’édification de la muraille s’est faite en plusieurs « campagnes », traversant de nombreuses dynasties de l’Empire chinois. La longueur totale est estimée à 6 259 kilomètres et sa hauteur moyenne est de 7 mètres. Elle est ponctuée de tours de guet et de bastions. Composée de pierre, de ciment, de terre et de briques d’argile il a été découvert que les architectes avaient incorporé 3% de riz gluant au mortier pour en renforcer la solidité. Contrairement à la légende, aucun élément osseux humain n’a été découvert, il s’agissait de l’une des explications pour la solidité et la blancheur de l’édifice. Le monument ne serait pas non plus visible à l’œil nu depuis l’espace (je n’ai pas vérifié).

Muraille

4. Liste antique : les Jardins suspendus de Babylone. Leur description apparaît dans plusieurs écrits d’auteurs grecs et romains s’inspirant tous de sources plus anciennes. Dont principalement les écrits du prêtre babylonien Béros détaillant la construction des jardins par Nabuchodonosor II souhaitant rappeler à son épouse les montagnes boisées de son pays natal. Si les archéologues ont retrouvé des vestiges de la Tour de Babel ou des palais royaux, aucune trace ne vient attester de l’existence des jardins. Soit ils étaient situés dans une autre ville, soit il s’agit là de divagations d’auteurs à partir des jardins qui émaillaient la ville de Babylone. Les descriptions qui en sont faites ne sont d’ailleurs pas toujours concordantes. Il s’agirait de jardins élevés, l’ensemble étant composé de plusieurs terrasses. Les auteurs ont été particulièrement intéressés par le complexe réseau de canaux acheminant l’eau jusqu’à ces jardins. La plupart des descriptions évoquent d’ailleurs les points techniques de la merveille, même si c’est l’image féerique, voire fantasmagorique qui subsiste, dont la description de Philon : « Le jardin qu’on appelle suspendu, parce qu’il est planté au-dessus du sol, est cultivé en l’air ; et les racines des arbres font comme un toit, tout en haut, au-dessus de la terre ».

Babylon

5. Liste moderne : Pétra. Nous connaissons mal l’origine du site, ses premiers habitants ayant été des nomades, ne laissant par définition que peu d’architecture faite pour durer. À l’autre extrémité, le site est abandonné pendant la période byzantine et nous n’avons que peu d’écrits le concernant. Il faudra attendre 1812 pour que la ville soit redécouverte et alors, les archéologues et les historiens partiront à la recherche des textes de l’Antiquité en faisant mention. Le site est avant tout un centre de commerce important atteignant son apogée vers l’an 50. Ensuite, cette route commerciale connaîtra une lente désertion, les Romains préférant les routes maritimes. L’architecture de la ville, dominée par la présence de la montagne, est aussi influencée par les différents courants religieux qui ont traversé ce secteur. Les Nabatéens, par exemple, signalaient la présence d’un dieu en plaçant des pierres levées, les « demeures divines ». L’ensemble est assez bien conservé, grâce aux villages voisins qui assuraient le maintien de la cité jusqu’aux environs du 19ème siècle.

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6. Liste antique : la statue chryséléphantine de Zeus. Le terme « chryséléphantin » signifie simplement que la statue était faite entièrement d’ivoire et d’or. Elle aurait été l’œuvre du sculpteur athénien Phidias, vers l’an 436 avant notre ère. Zeus était assis sur un trône, couronné d’un rameau d’olivier, tenant de la main droite une statuette de Niké, la personnification de la victoire. Dans la main gauche, il tenait un sceptre sur lequel était posé un aigle. Le trône était incrusté de décorations peintes mais aussi de pierres précieuses. L’or et l’ivoire étaient posés sur une armature en bois. Le métal servait à magnifier les cheveux, la barbe, les sandales et la draperie tandis que le corps était évidemment représenté par l’ivoire. La statue mesurait douze mètres de haut. La statue sera enlevée du temple pour être emmenée à Constantinople où elle aurait disparu dans un incendie. Malgré sa célébrité, nous ne conservons aucune représentation en marbre ou en bronze, mais elle serait représentée sur certaines pièces de monnaie romaines.

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7. Liste moderne : le Christ Rédempteur. L’emblème, reconnu internationalement, domine la ville de Rio de Janeiro. À une altitude de 710 mètres, la sculpture mesure 30 mètres de haut (plus huit pour le piédestal). Même si l’idée d’un tel monument remonte au dix-neuvième siècle, il faudra attendre 1921 pour sa mise en œuvre, à l’occasion du centenaire de l’Indépendance du Brésil. L’armature est en béton armé alors que le revêtement est en stéatite, une roche tendre et résistante. Selon moi, il ne s’agit pas réellement d’une merveille du monde. Surtout face aux œuvres sélectionnées dans l’Antiquité, elle fait assez pâle figure, je ne sais pas ce que vous en pensez… D’autres merveilles, dans la liste moderne, qui n’ont pas été sélectionnées, auraient mérité d’être mises en avant (comme la basilique Sainte-Sophie à Istanbul, autrement plus complexe). La crédibilité de la nouvelle liste, comme dit en introduction, devra passer le test de l’Histoire !

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8. Liste antique : le Mausolée d’Halicarnasse. Tombeau de Mausole, mort en 353 avant notre ère, le mausolée se situerait aujourd’hui au sud-ouest de la Turquie. C’est bien entendu de cette merveille que nous vient le terme de « mausolée » pour désigner un tombeau de grande dimension, souvent richement décoré. Le Mausolée d’Halicarnasse était haut de 45 mètres et orné de sculptures, œuvres d’artistes grecs. Nous ne savons pas si le monument a été commencé du vivant de Mausole ou si c’est sa sœur et veuve qui a voulu lui rendre hommage. D’après les textes il est entretenu jusque vers le douzième siècle où, abandonné, il tombe lentement en ruine. Ses pierres seront ensuite réutilisées dans certains édifices et les fortifications de la ville. Son emplacement et quelques fragments sont retrouvés en 1857 grâce à l’étude des textes laissés par Vitruve et Pline l’Ancien.

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9. Liste moderne : Le Machu Picchu. Les deux listes n’évoquent évidemment pas la même aire géographique. L’ancienne liste des 7 merveilles se cantonne au monde connu par les Grecs puis les Romains. La liste plus récente s’établit par rapport au monde entier, puisque nous connaissons pratiquement tous les espaces de notre Terre. Le Machu Picchu est situé entre les Andes et la forêt amazonienne, dans le domaine sacré de Cuzco. Le site est d’abord occupé par des agriculteurs avant de connaître une forte croissance démographique. La cité a été reconstruite à plusieurs reprises, soit après des catastrophes naturelles ou suite à des guerres. À la grande époque, le lieu était loin d’être perdu et inaccessible. Il sera laissé à l’abandon lors de l’ouverture d’une route commerciale plus sûre et plus large. La guerre civile inca et l’arrivée des Espagnols peu après mettent fin à la grandeur de la cité, qui est entièrement vidée de la majeure partie de ses habitants pour redevenir une terre agricole. En 1865, un naturaliste italien passe au pied des ruines sans les voir. Il faudra attendre 1880 pour que l’on prenne conscience de l’ancienne grandeur du lieu. À cette hauteur, le monument le plus important était sans surprise le Temple du Soleil.

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10. Liste antique : Le temple d’Artémis. Comme cela se pratique quasiment à chaque fois, un édifice religieux majestueux est construit à l’emplacement d’anciens lieux de culte. Un premier temple est bâti vers 560 avant notre ère, il est alors d’une dimension exceptionnelle et richement décoré. Cet édifice sera d’abord pillé par les Ostrogoths puis brûlé par les chrétiens. Un type de destruction qui rappelle malheureusement un fanatisme beaucoup plus récent ! À Éphèse, lieu sacré s’il en est, le temple d’Artémis est construit entièrement en marbre, avec une double rangée de colonnes. Artémis est, dans la mythologie grecque, la déesse de la chasse, mais aussi de la Lune, alors que son frère Apollon est associé au Soleil. Ses attributs sont la biche, l’arc en or, le carquois et les flèches. Elle est également associée aux morts subites et au mal qui emporte les femmes en couche. Elle peut faire naître les épidémies mais aussi les stopper. Protectrice des chemins et des ports, des enfants et des bébés animaux, on comprend l’importance du culte qui lui était rendu.

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11. Liste moderne : Chichén Itzá. Il y aurait beaucoup à dire sur ce site. Notons que la liste moderne ne se concentre pas réellement sur des monuments exceptionnels, plutôt sur des ensembles architecturaux, c’est le second que nous rencontrons. Le site a été choisi par les Mayas à cause de la présence de deux puits naturels, l’eau étant considérée comme le plus grand des trésors ! Le nom de Chichén se décompose d’ailleurs en « bouche » et « puits ». Itzá se traduirait « sorcier de l’eau ». Il reste de nombreuses zones d’ombre concernant l’origine de la cité, ses premiers occupants et ses premiers bâtisseurs. Le site attire toujours de nombreux visiteurs admirant l’observatoire, le terrain de jeu de balle et El Castillo (nom donné par les conquistadors) : une pyramide au sommet de laquelle se trouve un temple en bon état de conservation, où est encore présent un trône en forme de jaguar.

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12. Liste antique : le Colosse de Rhodes. Une statue dédiée à Hélios, le dieu Soleil, coulée dans le bronze, en souvenir d’une victoire. La statue n’a malheureusement pas résisté à un tremblement de terre. Il n’en reste aujourd’hui plus une seule trace. La structure était entièrement en bois, une ossature par la suite recouverte de plaques de bronze. Nous avons la vision de la merveille trônant à l’embouchure d’un port. En réalité, nous ne connaissons pas son emplacement exact. Sa place parmi les merveilles est principalement due à la prouesse technique. Nous, modernes, nous n’avons pas voulu retenir la statue de la Liberté, par exemple. Comme si la prouesse n’était pas aussi estimable. Comme si nous considérions cela comme un exploit pour l’Antiquité alors qu’aujourd’hui il s’agirait juste de l’ingéniosité d’un seul homme. Nous voyons ici l’absurdité d’une liste limitée à 7 merveilles, puisque ce monde en compte heureusement beaucoup plus…

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13. Liste moderne : Le Colisée. Le plus grand amphithéâtre de l’Empire romain a été édifié entre 70 et 72 de notre ère, sous l’empereur Vespasien. Il a été utilisé pour des combats d’animaux, de gladiateurs, des exécutions de condamnés à mort, des reconstitutions de batailles célèbres. Il a été inauguré par la présentation d’une naumachie, une bataille navale. Il faut donc imaginer le Colisée transformé en immense bassin ! Aujourd’hui en ruine à cause de tremblements de terre et de la réutilisation des pierres, il garde toute sa grandeur. Chaque Vendredi saint, le pape mène une procession sur le chemin de croix qui aboutit à l’édifice. Il n’est pas innocent de constater que nous, modernes, désignons comme une merveille du monde ce que nous nommerions aujourd’hui un stade. Sans vouloir nier la prouesse architecturale il s’agit quand même d’un édifice portant à son paroxysme la volonté d’amuser le peuple. Comme quoi, de tout temps, lorsque le pouvoir vacille, que le peuple risque de gronder, on lui propose des jeux pour détourner son attention et le calmer…

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14. Liste antique : le phare d’Alexandrie. Est-ce un mauvais présage que toutes les merveilles du monde antique, sauf une, aient aujourd’hui totalement disparu ? La date de sa construction n’est pas réellement connue, elle se situerait aux alentours de 280 avant notre ère. Il s’élevait sur la pointe de l’île de Pharos ou non loin de là. Encore une fois ce sont des tremblements de terre qui ont ébranlé la merveille avant qu’elle ne disparaisse totalement en 1303. Les spécialistes pensent aujourd’hui que les statues qui ornaient le phare étaient à la gloire de Ptolémée Ier, sous le règne duquel la construction avait commencé. Un édifice conçu pour protéger les marins de la côte d’Alexandrie, c’est aussi une en accord avec la ville démesurée qui l’entourait. Encore une fois, c’est grâce à cette merveille que nous avons, dans notre vocabulaire, le mot de « phare ». L’édifice conserve tous ses mystères. Nous ne savons par exemple pas quelle statue ornait son sommet : Zeus ? Poséidon ? Hélios ?

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15. Liste moderne : le Taj Mahal. « Le palais de la couronne », en persan, est un mausolée en marbre blanc construit en mémoire de l’épouse d’un empereur moghol, décédée en 1631. Son époux sera inhumé auprès d’elle. Nous notons quand même de fortes similitudes entre la liste antique et la moderne : le mausolée, la statue, le temple, le rempart contre les ennemis… Comme quoi, même des siècles plus tard, nous sommes influencés par les anciens. Il n’y a pourtant pas de compétition entre le passé et le présent, puisque mis à par le Christ Rédempteur nous avons fini par avouer que les merveilles faisaient partie du passé commun de l’Histoire de l’humanité. Il faudrait sans doute établir une liste des merveilles de notre époque, puisque c’est bien là l’esprit de la plus célèbre des listes des 7 merveilles du monde : des érudits léguant au futur le souvenir des merveilles de leur temps ! Des érudits aujourd’hui ? Des merveilles architecturales à notre époque ?

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