L’art en Égypte ancienne

1. Égypte antique ou Égypte ancienne ? Les deux termes sont apparemment utilisés comme interchangeables. J’ai une petite préférence pour l’Égypte ancienne. Dans notre culture, le terme « antique » est plus en rapport avec les mondes grec et romain, alors que pour parler des Mayas, par exemple, on évoque bien une civilisation ancienne. C’est étrange puisqu’« antique » devrait être plus lointain qu’ « ancien »… Bref, l’art de l’Égypte ancienne recouvre une vaste période. Et dans nos esprits, cet art semble assez stable, comme s’il n’avait pas évolué. Sans doute parce que nous avons en tête quelques images symboliques, datant toutes de la même période (la culture générale se focalise souvent sur la 18ème Dynastie). Il suffit pourtant de faire un tour dans le département d’Archéologie égyptienne du Louvre pour se rendre compte qu’aucun art ne peut rester totalement stable durant un si long laps de temps. Une autre source de l’illusion de statu quo est le fait que l’art de l’Égypte ancienne est principalement, voire intégralement à vocation religieuse ou funéraire. Les dieux sont immortels, donc leur apparence ne change pas énormément…

2. Il y a d’abord l’art dit de Nagada, du nom d’un site de Haute-Égypte. On le divise habituellement en trois périodes, allant de 3800 à 3000 avant notre ère. L’art se cantonne alors principalement à la production de céramiques, sachant bien que pour des périodes aussi reculées nous ne pouvons pas avoir de certitudes, les études ne se basent que sur les objets qui ont survécu au temps. L’autre matériau le plus commun pour l’artisanat était la pierre. Il faut une longue évolution pour qu’une civilisation manie la métallurgie et là encore, le temps peut nous tromper, puisque les objets en métal peuvent être fondus à mesure que les techniques, les goûts et les besoins évoluent. La palette de Narmer est sans doute le vestige le plus célèbre de cette époque. Elle date de la troisième période de Nagada et a été retrouvée à Hiérakonpolis. Sur un côté, le roi Narmer porte la couronne blanche de Haute-Égypte et sur l’autre, la couronne rouge de Basse-Égypte. Les deux réunies ont symbolisé, durant toute la période pharaonique, la réunion des deux terres et donc le royaume égyptien tout entier.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
OLYMPUS DIGITAL CAMERA

3. Entre 3100 et 2700 avant notre ère, l’art thinite est celui des premières dynasties, après l’union des deux terres. Il ne reste que peu de vestiges architecturaux de cette période, du fait de l’utilisation des briques en terre crue, de lin, de roseaux et de bois. Il ne subsiste pas non plus de temples à proprement parler. Comme partout dans le monde, les lieux sacrés seront réutilisés tout au long de la civilisation. Ce qui implique la destruction des bâtiments anciens pour édifier des lieux de cultes toujours plus majestueux. Bien entendu, lorsqu’un édifice sacré est détruit, il ne disparaît pas totalement, on en laisse en général des vestiges sur place, pour ne pas risquer de fâcher les divinités. Chaque roi possède alors deux tombes, dont un cénotaphe (tombeau élevé à la mémoire du mort, mais qui ne contient pas le corps). Une à Abydos, l’autre à Saqqarah, pour marquer la domination sur les deux terres ! Chaque tombe était marquée par une stèle, comme celle du roi Djet.

Stèle du roi Djet

4. L’art de l’Ancien Empire s’étend de la IIIème à la VIème Dynastie. Les tombeaux royaux sont encore des mastabas en briques. C’est sous le roi Djoser et grâce à son architecte Imhotep que deux innovations capitales apparaissent : l’utilisation de la pierre et la construction des pyramides. Imhotep avait sans doute dans l’intention de ne construire qu’un mastaba, dans un matériau plus résistant. Puis il a ajouté des étages, créant la pyramide à degrés. Le complexe funéraire du roi Djoser était assez impressionnant et la motivation de la construction pyramidale était certainement de faire en sorte que l’édifice soit visible immédiatement et supérieur aux autres. Commence alors l’aventure de la construction des pyramides, dont il reste quelques tentatives échouées : à Meidoum, la pyramide effondrée ou à Dahchour la pyramide rhomboïdale. Ils n’ont pas réussi les merveilles du monde de Gizeh du premier coup ! Le problème venait principalement des salles creusées à l’intérieur des pyramides, fragilisant l’ensemble de l’édifice. La solution ? Des voûtes en chevron, pour répartir le poids à supporter. Les pyramides les plus célèbres, elles, datent de la IVème Dynastie.

Meidoum03

GD-EG-Saqqara004

5. Toujours durant la période qui a vu l’édification des pyramides, la statuaire évolue également. Les statues des rois sont de plus en plus grandes. Certains canons seront mis en place et ne bougeront pas durant les dynasties à venir : le roi, assis sur son trône. La plus grande statue parvenue jusqu’à nous est évidemment le Sphinx, qui représenterait tout simplement Khéops. Il ne faut pas oublier que les statues sont alors peintes avec quelques couleurs conventionnelles : le brun pour l’homme, l’ocre clair pour la femme et le noir pour les cheveux. Des rites funéraires il ne reste guère que les sarcophages, principalement en pierre. Les défunts royaux devaient être enterrés avec de la nourriture, des vêtements et du mobilier. Heureusement, prévoyants, les Égyptiens avaient aussi gravé ces éléments sur les murs des tombes, pour s’assurer que le défunt ne manquerait de rien, même après plusieurs siècles. C’est grâce à ces représentations, plus que par les vestiges, que nous connaissons le contenu des tombes.

6. L’art du Moyen Empire (2033-1710) s’étend de la XIème à la XIIIème Dynastie. Les pyramides sont peu à peu abandonnées, pour des tombes construites dans la roche des montagnes. À part pour les Sésostris, qui se font élever des pyramides bien moins grandes que leurs prédécesseurs. C’est durant cette période que se développe le sarcophage emboitable, constitué de plusieurs sarcophages. Se développent aussi les ouchebtis, ces statuettes censées permettre à pharaon d’avoir une armée de serviteurs dans l’au-delà. Leurs fonctions sont bien différenciées, pour reproduire les métiers utiles durant l’existence. La maîtrise de la faïence s’affine également, nous avons par exemple en tête la représentation d’hippopotames dans ce matériau. Un animal dangereux pour les pêcheurs et les chasseurs, qui était donc associé au mal. Plusieurs styles vont se succéder dans le domaine de la statuaire, avec des représentations plus ou moins raffinées. Des modifications et des évolutions intrinsèquement liées à l’évolution des cultes et de la divinité dominante pour chaque époque, ville, pharaon. Nous conservons de cette époque des statuettes en bois, qui étaient peut-être déjà répandues durant les périodes précédentes, le matériau ne se conservant évidemment pas aussi bien que la pierre.

Menphis_-_Egypte_-_500before_JC_-_Troop_of_funerary_servant_figures_shabtis_in_the_name_of_Neferibreheb

7. Nous avons réalisé un petit tour d’horizon de l’évolution de l’art en Égypte, à la fois marqué par l’utilisation de matériaux différents, par les rituels funéraires et bien entendu les hommages rendus aux divinités. Les touristes reviennent souvent d’Égypte avec des petites figurines représentant un scarabée, animal vénéré en Égypte ancienne. Pour une raison pratique, puisque l’animal permettait de rendre les rives du Nil encore plus fertiles en dégradant et en enfouissant les bouses des bovins. Le scarabée était associé au dieu Khépri, le soleil levant. Ceci parce que la croyance voulait que Khépri roule le soleil devant lui, comme les scarabées les boules d’excréments… Oui, les Égyptiens étaient de fins observateurs et trouvaient une équivalence divine à tous les phénomènes de la nature. Et ce culte nous fascine encore. À Louxor, un scarabée ancien a dû être suspendu en hauteur pour que les visiteurs cessent de frotter et donc de dégrader l’objet !

Scarab550bc