Baptistère Saint-Jean de Florence

 

À partir du IVème siècle

Florence

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1. Comme beaucoup d’édifices religieux, le baptistère de Florence a été construit sur d’anciennes constructions romaines. On suppose qu’à l’origine se dressait là un temple dédié au dieu Mars. De plan octogonal, le baptistère est revêtu de marbres blanc, vert et rose. Le sol, les parois et le plafond pyramidal sont recouverts de mosaïques. Il ne reste plus beaucoup d’éléments architecturaux à l’intérieur de l’édifice, mis à part les fonts baptismaux et le tombeau de l’antipape Jean XXIII. Le baptistère est un des éléments architecturaux composant la cathédrale Santa Maria del Fiore, célèbre pour son dôme gigantesque réalisé par Brunelleschi. Pendant des siècles, le baptistère restera un édifice distinct de la cathédrale, pour appuyer la signification du rite de passage : il faut être baptisé pour entrer dans un lieu consacré !

2. Le rôle de baptistère est officialisé en 1128. Si le baptistère est distinct de la cathédrale, c’est aussi parce qu’à une époque, l’Église réalisait un grand nombre de conversions. Soit par immersion, dans une piscine baptismale, soit plus simplement au-dessus d’une cuve baptismale, ce que nous pratiquons encore aujourd’hui. Au commencement, seul l’évêque était autorisé à baptiser les catéchumènes, ceux qui ne sont pas encore baptisés mais suivent les enseignements religieux nécessaires pour entrer dans la communauté chrétienne. Alors qu’au début, ce sont surtout les adultes qui étaient baptisés, par la suite le rite se concentrait sur les enfants. Il était risqué de les immerger dans l’eau froide de la piscine baptismale, c’est la raison pour laquelle, vers l’époque de Charlemagne, on se contente d’une simple aspersion.

3. Le baptistère perd de son intérêt lorsqu’il suffit d’une cuve baptismale pour procéder au rite de passage. Les édifices construits pour la cérémonie reçoivent alors d’autres attributions, on y célèbre certains offices religieux. À notre époque, le baptême par immersion connaît un renouveau. On construit même des édifices spécifiques, pour accueillir la piscine baptismale, en Allemagne, en Italie ou en Russie. Bien souvent, il y a deux ou trois marches pour descendre dans le fond du bassin, ou pour monter jusqu’à la cuve, toujours au nom de la symbolique du passage. Généralement, une colombe est suspendue au-dessus de la cuve ou du bassin, pour signifier que l’Esprit Saint descend sur celui ou celle qui accepte d’entrer dans la communauté catholique.

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4. Sur le plafond, les mosaïques représentent des épisodes de l’Ancien et du Nouveau Testament, ainsi que des événements de la vie de Jean le Baptiste. Personnage central des Évangiles, il est considéré comme le prophète ayant annoncé la venue de Jésus-Christ, qu’il aurait désigné comme l’agneau de Dieu. Installé au bord du Jourdain, il pratiquait le baptême par repentance, par immersion dans l’eau. Il avait de nombreux disciples à qui il ne cessait d’annoncer la venue du Messie : « Moi, je vous baptise avec de l’eau, pour vous amener à la repentance, mais vient celui plus fort que moi, et je ne suis pas digne de porter ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit saint et le feu » (Matthieu). Il baptisera Jésus qui à ce moment précis voit « l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui ».

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5. Hérode fait emprisonner Jean le Baptiste qui n’a de cesse de critiquer son union avec Hérodiade, l’épouse du demi-frère d’Hérode. Cette dernière veut faire exécuter le prophète, protégé par Hérode lui-même. Lors d’un banquet, la fille d’Hérodiade entame une danse envoûtante, qui plait plus que tout. Hérode lui demande alors de formuler un souhait, qu’il promet de réaliser. Elle demande la tête de Jean le Baptiste sur un plateau ! Pour cet épisode, la tradition retient le nom de Salomé, pour désigner la fille d’Hérodiade. Sans doute que Jean le Baptiste a simplement été exécuté par Hérode, craignant la trop grande influence que le prophète commençait à avoir sur ses suiveurs. Il s’était aussi attiré les foudres de l’ordre établi, puisqu’il préconisait de remplacer les sacrifices rituels par le baptême…

6. Les portes en bronze ont fait la réputation du baptistère. Au sud, elles ont été réalisées par Andrea Pisano. Lorenzo Ghiberti réalisera les autres, mais ce sont celles de l’Est qui feront sa renommée. En 1401, Ghiberti remporte le concours organisé par l’Arte di Calimala. Inconnu, il supplante ses rivaux, dont Brunelleschi qui se serait retiré en voyant le projet de Ghiberti. L’artiste consacrera plus de 25 ans à la réalisation de ces portes en bronze. Son œuvre constitue l’un des points de départ de la Renaissance italienne. S’il commence par suivre le style gothique des premières portes, il laissera libre cours à son génie pour celles que Michel-Ange a désignées comme « les portes du Paradis ». Son utilisation du relief et d’un certain réalisme en a fait une référence pour de nombreux artistes.

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7. L’Arte di Calimala était une riche corporation marchande de Florence, spécialisée dans l’importation de laine. Achetant la matière première en Angleterre, la corporation a fait en sorte de créer des draps d’une finesse incomparable, dont la réputation envahira bientôt toute l’Europe. D’ailleurs, le nom de la corporation viendrait de la rue où se trouvait la première manufacture. La richesse de cette corporation est telle que ses membres fondent la première banque commerciale, au Moyen-Âge. Comme toutes les corporations influentes de l’époque, l’Arte di Calimala jouera un rôle important pour l’essor des arts, se faisant mécènes de plusieurs grandes réalisations, dont les portes du Paradis du baptistère de Florence…